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Poésie

Archive for 14 août 2018

L’amoureux comblé (Oscar Mandel)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

Illustration: Anita Burnaz
    
L’amoureux comblé

Quand méprisé je gémissais,
que de poèmes pleuvaient!
Tu m’as ouvert la porte.
Ma plume est morte.

***

No more poems

While i wept Ah woe is me
I sobbed a bucket-full of poetry.
But now, unbarred her door,
drop, dumb pen, drop to the floor.

(Oscar Mandel)

 

Recueil: Cette guêpe me regarde de travers
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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L’amoureux inquiet (Oscar Mandel)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018




    
L’amoureux inquiet

Trois jours d’absence, et dans cette cuillerée d’heures
Mugit un océan de peurs.

***

The journey

For three days, good-bye,
anf in that thimble of time
oceans of apprehension lie.

(Oscar Mandel)

 

Recueil: Cette guêpe me regarde de travers
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Julius Bissier jouait du violoncelle (Emmanuel Moses)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Julius Bissier jouait du violoncelle

Dans son journal, le peintre allemand Julius Bissier écrit :
« Comme une araignée nous surprend dans le rêve et le sommeil,
l’angoisse me saisit à la gorge » (13 novembre 1943)
et le 16 janvier 1944 :
« Il faut une force énorme pour attendre la renaissance de la vie. »

Prise à la même époque, une photographie le montre
jouant du violoncelle
attentif semble-t-il autant aux sons tirés de l’instrument
qu’aux résonances intérieures
le visage partagé entre l’ombre et la clarté

chaque jour il lance un appel à l’infiniment lointain
qui lui répond en toute intimité

(Emmanuel Moses)

 

Recueil: Figure rose
Traduction:
Editions: Flammarion

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Le nuage dans le couchant (Emmanuel Moses)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
le nuage dans le couchant n’est pas le nuage dans le couchant
l’étang noir n’est pas l’étang noir
celui que je suis n’est pas celui que je suis
ainsi nous accédons tous trois au néant
qui est le non-néant

(Emmanuel Moses)

 

Recueil: Figure rose
Traduction:
Editions: Flammarion

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Je me rappelle — instant de grâce (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018




    
Je me rappelle — instant de grâce :
Quand tu parus à mes côtés,
Je fus saisis, — vision fugace
Du pur génie de la beauté.

Dans la langueur désespérante,
Dans le fracas des vanités,
Longtemps vibra ta voix pressante,
Longtemps, tes traits m’ont habité.

Les ans passèrent. Dans l’orage
Mes rêves furent emportés,
Et j’ai perdu ta douce image,
Ta voix pressante m’a quitté.

Claustrés au fond d’un lourd silence,
Paisiblement passaient mes jours,
Sans poésie, sans transcendance,
Sans vie, sans larmes, sans amour.

Mais l’âme a retrouvé la grâce,
Tu reparais à mes côtés,
Divinité, vision fugace
Du pur génie de la beauté.

Et, de nouveau, la renaissance,
Et la lumière est de retour —
La poésie, la transcendance,
La vie, les larmes et l’amour.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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Que dit ton souffle, vent de nuit? (Fiodor Tiouttchev)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Illustration: Oskar Kokoschka  
    
Que dit ton souffle, vent de nuit?
Que veut ta rage intempestive?
Ta voix étrange me poursuit,
Sonore ou sourdement plaintive.
Tu parles, dans ta langue à toi,
D’une souffrance sans paroles
Qui creuse et fait jaillir parfois
De l’âme des tempêtes folles.

Ne chante pas les chants enfouis
Du vieux chaos, de l’origine !
L’être de l’âme dans la nuit
Les sent si proches, les devine!
Il brûle, il cherche à fuir le corps,
Il veut se fondre au sans-limite…
Laisse étouffer ce feu qui dort,
C’est le chaos qu’il ressuscite!…

(Fiodor Tiouttchev)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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LE BOUQUET (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

parquets

LE BOUQUET

Sur la rosace éclose au centre du parquet
Pose ton pied léger, écoute et sois furtive;
La solitude parle à celle qui arrive;
N’as-tu pas entendu le marbre qui craquait?

La harpe tremble et vibre à ton pas indiscret,
Le lustre se balance et son cristal s’avive;
De ce qui semble mort crois-tu que rien ne vive?
La glace a son fantôme et tout a son secret.

Le temps passe; tout fuit; les choses sont fidèles,
L’invisible silence évente de ses ailes
La poussière pensive et l’ombre transparente;

Et, sur la table nue où le marbre veiné
A quelque chair ancienne et pâle s’apparente,
Effeuille le bouquet que l’Amour t’a donné.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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Si vite (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Si vite que s’échappe ta vie avec la mienne,
et plus vite ta pensée,
absente dans les mots, le monde, les remords,
plus vite encore mon angoisse me retranche.

Présence égale et palpable, patiente et respirante,
plus fidèle que la mort,
il faudra donc mourir sans t’avoir rencontrée !

A toi seul j’appartiens, vertige qui me sépare,
tourbillonnante démence de solitude
où tout se défait avant d’exister.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Odilon Redon 

 

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NUIT (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



NUIT

Seule dans le silence
Mais avec ce coeur sourd où bat le sang du monde
Tu gis les doigts rejoints et les jambes serrées.
Rien ne vit que ce dur battement de tonnerre,
Ce bruit de pas et de canons dans ma poitrine.
Je guette un souffle au loin dans la nuit qui me cerne,
Un souffle de soleil sur les rives d’enfance.
Bouche pleine d’une eau de l’ombre, mes appels
Se taisent engloutis sous l’inerte marée
Où seule je vous noue à moi.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Liliana Sanches 

 

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La fillette dans le bois (Eliséo Diego)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Petit_Chaperon_Rouge [800x600]

La fillette dans le bois

Chaperon de mon âme, il se tient dans le bois
le loup, là ou jamais
tu ne t’en douterais
et il te regarde
depuis sa roche de misère,
sa solitude, sa faim énorme.

Toi, tu lui demandes : pourquoi tu as
ces yeux ronds?
Et lui répond
aveugle, c’est pour mieux
te voir, en pleurant
Et aussitôt

tu reviens à la charge : pourquoi donc ces grandes oreilles ?
Et lui,
pour t’écouter, ô musique
de l’univers, oui seulement
pour t’écouter
Et là-dessus
le reste est l’ombre indéchiffrable

(Eliséo Diego)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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