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Poésie

Archive for 17 août 2018

LE DIALOGUE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



Dorina Costras o4_500 [800x600]

LE DIALOGUE

C’était dans l’intervalle rayonnant où ils s’épousèrent
en flèche — proies l’un de l’autre.
— Un même chemin nous relie, mais je n’entends pas
ta voix. Tes mots seraient-ils bulles d’ombre ?
— Ma voix part des extrémités du silence, mes mots
brûlent de flamme sourde.
— Où es-tu qui me parles pourtant dans la chambre déserte ?
— Je suis là où tu me souhaites, je suis là où tu m’éprouves.
— Es-tu l’amour ?
Elle était l’Écharde. Il était le Tison.

(Jules Tordjman)

Illustration: Dorina Costras 

 

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Cythère (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



 

Lauri Blank -   (5) [1280x768]

Cythère

Un pavillon à claires-voies
Abrite doucement nos joies
Qu’éventent des rosiers amis ;

L’odeur des roses, faible, grâce
Au vent léger d’été qui passe,
Se mêle aux parfums qu’elle a mis ;

Comme ses yeux l’avaient promis,
Son courage est grand et sa lèvre
Communique une exquise fièvre ;

Et l’Amour comblant tout, hormis
La faim, sorbets et confitures
Nous préservent des courbatures.

(Paul Verlaine)

Illustration: Lauri Blank

 

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Hôpital, médecine B (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



Hôpital, médecine B

Marche vaille que vaille
Et geint à qui mieux mieux,
Le vieux vient voir sa vieille
Ou la vieille son vieux.

Vue basse, dur d’oreille
Et les genoux cagneux,
Le vieux vient voir sa vieille
Ou la vieille son vieux.
Ainsi, à qui vieux vieille
Ou à qui vieille vieux,
La braise de la veille
Tiédit à petit feu.

Jusqu’au jour… « non Monsieur… »
On l’arrête à la porte,
«c’est fini… courageux…
dans la nuit… elle est morte… »

Jusqu’au jour… « non Madame…
attendez… corridor…
il vient de rendre l’âme…
nous préparons le corps… »

(Bernard Lorraine)

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N’importe quoi (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



N’importe quoi
sur ce qui est dit d’encouragements
de migrations, de départs à demi prononcés
Quelqu’un prend le temps d’hésiter
d’accueillir un silence
le temps : de tout prendre
La terre : d’être un lieu-dit
Une consolation pour quelques jours de plus.

(Georges Drano)

 

 

 

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Tir na n’og (Anthony Lhéritier)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



Tir na n’og

Et je m’en vais tout seul, ma chanson à la main
Fatigué d’avoir soixante ans
D’avoir si peu de temps
D’avoir fait si peu de chemin
Pourtant, je me souviens :

Il y a bien longtemps
C’était en l’an…
Quand je partais pour ce voyage
Dont je ne suis pas revenu
Et qui ne finira jamais
(Je le savais)

Je le savais, je ne sais plus
Ni cet élan que j’ai perdu
Que je prenais pour du courage.

Seigneur, prends pitié
O Christ, prends pitié.

(Anthony Lhéritier)

Illustration: Tina Palmer

 

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Je suis debout sur la falaise nue (Friedrich Nietsche)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018


Je suis debout sur la falaise nue,
Enveloppé d’un manteau de nuit.
Depuis ces hauteurs désolées mon regard
Descend jusqu’à un pays couvert de fleurs.
Je vois s’envoler un aigle
Qui avec le courage de la jeunesse
S’élance à la poursuite des rayons dorés,
Et montant s’enfonce dans le brasier éternel.

(Friedrich Nietsche)

Illustration: Caspar David Friedrich

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LA FILLE CONTRE LE MUR (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018




LA FILLE CONTRE LE MUR

La fille regardait les reprises à ses bas
le bruit des métiers se perdait,
les roseaux se frôlaient ;
le teint mat et les genoux croisés
elle rassemblait ses os.
Ciel qui fut bleu à tuer tous les courages
ciel appris, ciel vivant,
le premier dépliement de ses doigts se fit
quand monta la faible musique de derrière le mur
pétri d’argile mêlée à la paille hachée ;
ce mur avait séché au temps des guerres
les soldats avaient alors posé la main sur lui,
l’un au large pouce l’autre à l’index long;
depuis le mur avait fleuri,
l’éclat d’un jupon blanc le rendait roide et merveilleux
sous un ciel qu’une cloche ébranla.

(Jean Follain)

Illustration: Leon Levinstein

 

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NAVARRENX (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



 

Navarrenx [1280x768]

NAVARRENX

Le coeur s’est refermé
Les mains se sont éteintes
Sous le toit défleuri
La misère qui tinte
Mais les oiseaux sauvés
La dernière clé d’or allumée sur la porte
Et les chiens d’aube qui rapportent
Quelques lambeaux d’été
Des plumes de lumière
Les cloches réveillées au fond de la rivière
Tout le ciel de côté

Chacun reprend courage
Et la route est partie sous l’aile de l’orage
L’homme sur sa chanson
Que le plus clair de nous éclaire ton visage

(René Guy Cadou)

Illustration: Navarrenx

 

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La jeune châtelaine (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



 

Alexandr Sulimov -    (3)

La jeune châtelaine

« Je vous défends, châtelaine,
De courir seule au grand bois.  »
M’y voici, tout hors d’haleine,
Et pour la seconde fois.
J’aurais manqué de courage
Dans ce long sentier perdu ;
Mais que j’en aime l’ombrage !
Mon seigneur l’a défendu.

« Je vous défends, belle mie.
Ce rondeau vif et moqueur.  »
Je n’étais pas endormie
Que je le savais par coeur.
Depuis ce jour je le chante ;
Pas un refrain n’est perdu :
Dieu ! que ce rondeau m’enchante !
Mon seigneur l’a défendu.

« Je vous défends sur mon page
De jamais lever les yeux. »
Et voilà que son image
Me suit, m’obsède en tous lieux.
Je l’entends qui, par mégarde,
Au bois s’est aussi perdu :
D’où vient que je le regarde ?
Mon seigneur l’a défendu.

Mon seigneur défend encore
Au pauvre enfant de parler ;
Et sa voix douce et sonore
Ne dit plus rien sans trembler.
Qu’il doit souffrir de se taire !
Pour causer quel temps perdu !
Mais, mon page, comment faire ?
Mon seigneur l’a défendu.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Sulimov

 

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NOSTALGIE BIENHEUREUSE (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



 

Igor Morski 1960 -  @ [1280x768]

NOSTALGIE BIENHEUREUSE

Ne le dites à personne, sinon aux sages
Car la foule se moque tout de suite :
Je veux célébrer le Vivant
Qui aspire à la mort par la flamme.

Dans la fraîche sérénité des nuits d’amour
Qui t’engendra, où tu engendras,
Te gagne une étrange contagion
Quand brille la bougie silencieuse.

Tu ne restes plus prisonnier
Dans l’ombre des ténèbres,
Et un désir neuf t’arrache
Vers une plus haute union.

Nulle distance ne peut te décourager,
Tu arrives en volant, fasciné,
Et enfin, amoureux de la lumière,
Tu es, papillon, consumé.

Et tant que tu ne détiens pas
Ce : Meurs et deviens !
Tu n’es qu’un hôte obscur
Sur cette terre ténébreuse.

***

SELIGE SEHNSUCHT

Sagt es niemand, nur den Weisen
Weil die Menge gleich verhöhnet :
Das Leben’ge will ich preisen,
Das nach Flammentod sich sehnet.

In der Liebesnächte Külhung,
Die dich zeugte, wo du zeugstest,
Ueberfällt dich fremde Fühlung,
Wenn die stille Kerze leuchtet.

Nicht mehr bleibest du umfangen,
In der Finsternis Beschattung,
Und dich reisset neu Verlangen
Auf zu höherer Begattung.

Keine Ferne macht dich schwierig,
Kommst geflogen und gebannt,
Und zuletzt, des Lichts begierig,
Bist du, Schmetterling, verbrannt.

Und so lang’ du das nicht hast,
Dieses : Stirb und werde !
Bist du nur ein trüber Gast
Auf der dunklen Erde.

(Goethe)

Illustration: Igor Morski

 

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