Arbrealettres

Poésie

Archive for 18 août 2018

Litanies de mon triste cœur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



Litanies de mon triste cœur

Mon coeur repu de tout est un vieux corbillard
Que traînent au néant des chevaux de brouillard.

Prométhée et vautour, châtiment et blasphème,
Mon coeur est un cancer qui se ronge lui-même.

Mon coeur est un bourdon qui tinte chaque jour
Le glas d’un dernier rêve en allé sans retour.

Mon coeur est un gourmet blasé par l’espérance
Qui trouve tout hélas! plus fade qu’un lait rance.

Mon coeur est un noyé vidé d’âme et d’espoirs
Qu’étreint la pieuvre Spleen en ses mille suçoirs.

Mon coeur est une horloge oubliée à demeure
Qui bien que je sois mort s’obstine à sonner l’heure.

Mon coeur est un ivrogne altéré bien que saoûl
De ce vin noir qu’on nomme universel dégoût.

Mon coeur est un terreau tiède, gras, et fétide
Où poussent des fleurs d’or malsaines et splendides!

Mon coeur est un cercueil où j’ai couché mes morts…
Taisez-vous, airs jadis chantés, lointains accords!

Mon cœur est un tyran morne et puissant d’Asie,
Qui de rêves sanglants en vain se rassasie.

Mon coeur est un infâme et louche lupanar
Que hantent nuit et jour d’obscènes cauchemars.

C’est un feu d’artifice enfin qu’avant la fête
Ont à jamais trempé l’averse et la tempête.

Mon coeur…. Ah! pourquoi donc ai-je un coeur? Ah! pourquoi
Ma vie et l’Univers? la Nature et la Loi ?

(Jules Laforgue)


Illustration: Pierre Paul Rubens

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sur les fleurs tressées du cercueil (Naitô Meisetsu)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



Sur les fleurs tressées
du cercueil –
un papillon

(Naitô Meisetsu)

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

CERCUEIL (Jean-Louis Rambour)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



CERCUEIL

Pas de secousses, ni parfums, ni peurs.

La terre tambourinait pourtant à ma porte.

(Jean-Louis Rambour)

Illustration: René Magritte

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le plafond s’envole (Nurith Zarchi)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



Le plafond s’envole

La fillette dans la maison en pierre regardait vers le haut et
voyait le plafond s’éloigner chaque jour un peu plus.
C’est une erreur a dit la mère.
Mais le plafond s’envole.
Pourquoi es-tu venu ? A demandé la fillette au ciel rentré à
l’intérieur avec ses rebords tigrés pour l’éternité.
Retire-toi de la lumière, ont dit les barreaux du ciel, à cause de
toi on a fait tomber une maille dans le vêtement de solitude.
Ils ont poussé la fillette dans le trou du néant.
Vous avez peut-être vu ici un plafond ? A demandé la fillette
aux chevaux galopant les narines crachant de l’écume.
Retire-toi de la ligne, tu nous empêches de défaire les distances.
Et ils l’ont poussée dans la source de pluie, là se trouvait le plafond.
Que fais-tu ici. C’était une erreur de ta part de t’envoler a dit la fillette.
L’horizontal, c’est faire bonne figure, a dit le plafond
Erreur de ta part de croire que tu as une figure, a dit la fillette.
Erreur aussi qu’une fillette puisse voir un plafond s’envoler.
Pour celui qui aime faire bonne figure, je ne suis pas une enfant
a dit la fillette et a poussé le plafond vers le bas.
A la maison la mère a dit — recouvre le plafond, je lui ai tricoté un chandail.
Se trompe celui qui pense que l’on peut recouvrir la plaie de la solitude.

(Nurith Zarchi)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ABRI (René Guyomard)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



L’ABRI

Les mouettes sont ivres
De mer folle d’hiver neigeux

Et de cet alcool où les fenêtres s’allument

Aux vitres du bout du temps
Frappe une écume apeurée

C’est l’heure
Où la Dame de Trèfle écarte les abîmes
Où le noyé de solitude
Dénoue ses algues profondes
Remonte à travers sa nuit
Vers de tremblantes transparences
Qui lui sont comme un sourire.

(René Guyomard)

Illustration: ArbreaPhotos

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tu captes les départs immobiles (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



 

 Brendan Monroe Observer__before_sleep_

Tu captes les départs immobiles
au fond d’un rêve où tu laves tes sensations

Tu emplis la rue de ta solitude tendue
et les femmes qui auraient pu t’arrêter
ont déjà emprisonné leurs corps

Tu épuises dans des rencontres sans attente
les biceps que tu allonges dans les stades
et les murs tendres de ta prison
— tu tends des velours pour masquer les pièces —
ne cassent pas souvent ta tête
quand tu la jettes
dans des départs qui ne seront pas réalisés

C’est bien — on le sait que tu as des élans
mais tu retombes assis dans ton aventure assise
enfant
qui par sursaut t’aperçois
que les grains de ta vie tombent tombent
et que se vide ta puissance
et que s’alourdit la moitié basse de ton sablier

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Brendan Monroe

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ASCÈSE VERS L’INVISIBLE (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



 

Remedios Varo Uranga_Création de l’artiste suivant les vibrations du violon de son cœur [1280x768]

ASCÈSE VERS L’INVISIBLE

Voyageur immobile autour de l’écritoire
j’entrevois un sage — silhouette voûtée —
en marche pas à pas vers son aire sacrée
il sait qu’il s’effondrera avant de l’atteindre
portant il continue de pousser son corps
entre appel du gouffre et cognements des artères

Il rêve du compagnonnage d’un disciple
sur l’épaule duquel il pourrait s’appuyer
aux moindres défaillances du coeur ou des muscles
qui saurait lire la graphie des chemins
et décrypter la connivence des étoiles

Mais il va seul vers une improbable rencontre
ses forces s’épuisent sa vue baisse il ne sait
qui il est qui l’attend le surveille invisible
lui adresse des signes qu’il ne voit pas
dans la solitude qui précède la mort

Sur sa dépouille vont s’acharner les rapaces

(Jean-Claude Xuereb)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Loin du monde (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018


 

Aat Verhoog (12)

Loin du monde

Entrez, mes souvenirs, ouvrez ma solitude !
Le monde m’a troublée ; elle aussi me fait peur.
Que d’orages encore et que d’inquiétude
Avant que son silence assoupisse mon coeur !

Je suis comme l’enfant qui cherche après sa mère,
Qui crie, et qui s’arrête effrayé de sa voix.
J’ai de plus que l’enfant une mémoire amère :
Dans son premier chagrin, lui, n’a pas d’autrefois.

Entrez, mes souvenirs, quand vous seriez en larmes,
Car vous êtes mon père, et ma mère, et mes cieux !
Vos tristesses jamais ne reviennent sans charmes ;
Je vous souris toujours en essuyant mes yeux.

Revenez ! Vous aussi, rendez-moi vos sourires,
Vos longs soleils, votre ombre, et vos vertes fraîcheurs,
Où les anges riaient dans nos vierges délires,
Où nos fronts s’allumaient sous de chastes rougeurs.

Dans vos flots ramenés quand mon coeur se replonge,
Ô mes amours d’enfance ! ô mes jeunes amours !
Je vous revois couler comme l’eau dans un songe,
Ô vous, dont les miroirs se ressemblent toujours !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Aat Verhoog

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans une fuite heureuse (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



Dans une fuite heureuse les mots s’échappaient de toi.
Le poème que tu n’écriras pas, la secrète source du poème ouvert sur la mer
où seule je glisse parmi la solitude des souvenirs,
coulait intaris sable, eau de l’âme, secrets changeants, passés défaits.

Les vagues, les feuilles, les anciennes amours, tremblaient dans la chambre.
Mon sommeil t’écoutait à travers toi. Je t’entendais, prisonnier sous mes paupières.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :