Arbrealettres

Poésie

Archive for 21 août 2018

Lui dire à demain ne le concerne plus (Georges-L. Godeau)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018


 

Au fond du jardin,
à l’hôpital,
les chambres mortuaires.
Sur une porte, le nom de mon père.
Tout le monde peut le voir une dernière fois.
Bien rasé, buste haut, il pavane
comme un général sur un chariot tout blanc.
Autour, des chaises pour s’asseoir avec lui.
Quand on se lève pour partir,
il ne fait plus rien pour vous retenir.
Lui dire à demain ne le concerne plus.

(Georges-L. Godeau)

Illustration

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Fine poussière (Sôma Senshi)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018


 

Fine poussière dans le soleil d’hiver
Tel je voudrais partir

(Sôma Senshi)

 

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Si tu ne me laisses pas tomber (Pierre Delanoë)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

Hamidi Hadi  Berbahang

Si tu ne me laisses pas tomber

(Refrain)
Il disait, tu vois ce ciel
C’est un bout de toile grise
Il y a moins de soleil
Que dans le chœur d’une église

Il disait, je vais partir
Où le vent m’emportera
Ailleurs ne peut être pir’
Viens je t’emmène avec moi.

A la porte d’Italie
On commence le voyage
Un camion et une nuit
Et ce sont les lointains rivag’s
Nous ne sommes pas des manchots
On s’engag’ra sur des bateaux
On aura le monde entier
Si tu n’me laisses pas tomber
D’accord, on ne sait rien fair’
Mais à deux on peut tout faire
On arrive juste à point
Pour leur donner un coup de main
Des balayeurs aux présidents
Ils sont paumés les pauvres gens
On aura le monde entier
Si tu n’me laisses pas tomber.

(Refrain)
Il disait, tu vois ce ciel
C’est un bout de toile grise
Il y a moins de soleil
Que dans le chœur d’une église

Et puis le temps a passé
L’autre jour je l’ai croisé
Le regard au ras du sol
Il avait raté son envol
La fille qui tenait son bras
Ne venait pas de Canberra
Les espoirs de nos auror’s
N’avaient pas dépassé Saint-Maur
Moi je vois tous les pays
Dans les yeux de mes amours
Et ma foi s’en va la nuit
Parfois plus loin que Singapour
Je veux chanter pour tous les gens
Des balayeurs aux présidents
Pour tous ceux du monde entier
Si vous n’me laissez pas tomber.

Pour moi, le ciel n’est pas gris
Dans les yeux de mes amours
Chaque fleur de cette vie
Mérite qu’on fasse un détour
Et si je chante c’est pour toi,
Toi que je ne connais pas
Et que je rencontrerai
Si tu n’me laisses pas tomber

(Pierre Delanoë)

Illustration: Hamidi Hadi  Berbahang

 

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La terre est demeurée dans l’ombre (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

Jean-Marie Moll Nuage_rouge

La terre est demeurée dans l’ombre ;
écarlates, les nuages flambaient ;
et moi je pensais à la mort,
qui nous séparera un jour.

***

La tierra se quedó en sombra;
granas, las nubes ardían;
y yo pensaba en la muerte,
que ha de partirnos un día.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Jean-Marie Moll

 

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Le coeur dur (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Je n’aurais jamais voulu revoir ton triste visage
Tes joues creuses et tes cheveux au vent
Je suis parti à travers champs
Sous les bois humides
Jour et nuit
Sous le soleil et sous la pluie
Sous mes pieds craquaient les feuilles mortes
Parfois la lune brillait

Nous nous sommes retrouvés face à face
Nous regardant sans rien nous dire
Et je n’avais plus assez de place pour repartir

Je suis resté longtemps attaché contre un arbre
Avec ton amour terrible devant moi
Plus angoissé que dans un cauchemar

Quelqu’un plus grand que toi enfin m’a délivré
Tous les regards éplorés me poursuivent
Et cette faiblesse contre laquelle on ne peut pas lutter
Je fuis rapidement vers la méchanceté
Vers la force qui dresse ses poings comme des armes

Sur le monstre qui m’a tiré de ta douceur avec ses griffes
Loin de l’étreinte molle et douce de tes bras
Je m’en vais respirant à pleins poumons
A travers champs à travers bois
Vers la ville miraculeuse où mon coeur bat

(Pierre Reverdy)


Illustration

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Je rappelle (Halina Poswiatowska)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

Akitaka Ito -medium

Je rappelle
si tu meurs
je ne mettrai pas une robe lilas
je n’achèterai pas de couronnes multicolores
avec le vent qui chuchote dans les rubans
rien de cela
rien
le corbillard arrivera – il arrivera
le corbillard repartira – il repartira
je me tiendrai à la fenêtre – je regarderai
je ferai signe de la main
j’agiterai un foulard
je ferai mes adieux
toute seule à cette fenêtre
et l’été
quand mai sera en folie
je m’étendrai sur l’herbe
sur l’herbe chaude
et de mes mains toucherai tes cheveux
et de mes lèvres toucherai la fourrure de l’abeille
mordante et belle
comme ton sourire
comme le crépuscule
et puis ce sera
argent – or
peut-être or et seulement rouge
car ce crépuscule
ce vent qui souffle instamment aux herbes
amour – amour
ne me laissera pas me lever
et m’en aller
comme d’ordinaire
à la maison maudite vide

(Halina Poswiatowska)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Akitaka Ito

 

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Réconfort (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Réconfort

J’habite un pays serein
D’où le chemin s’éloigne
Interminable et raide
Vers un endroit de douleur
Les soirs sont tièdes
Je me protège de moi-même
Dans l’espoir de durer
Jusqu’à l’aube de partir

Je m’enflamme
À une lumière sacrée
Pour découvrir
Qu’on m’a mortifié
Je m’inflige au coeur et à la chair
D’éternelles brûlures
Pour justifier sans détours
Ma brûlante existence

Avec sa blouse de labeur
Je revêts le chemin
Et j’entends dans le lointain
Battre des mains de femme
Dans ta chaumière la chanson
Monte derrière la vitre
Les vaches te donnent leur lait
Pour le beurre du matin

Avec sa gorge jeune
Ton corps m’a troublé
J’espère que tu n’iras pas
Te confesser dimanche

Sur le toit de chaume
S’accrochent la chair du jour
Et des lambeaux d’étoiles
Arrachés à l’espace.

(Jean-Baptiste Besnard)

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PASSAGES D’OISEAUX (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

Léopold Survage 6

PASSAGES D’OISEAUX

La nuit plus rien que la fascination immense
De tous les feux perdus mais toujours allumés
Ailleurs et maintenant ce sont comme des lampes
Ses larmes qu’il suspend sur ce qu’il a aimé
On lui prend le soleil qu’il avait amassé

Rien les cendres qui volent ce sont les abattis
Noircis du bel oiseau qui fut un incendie
Le phénix est éteint peut-être pour toujours
Il n’y a plus qu’oiseaux de nuit des oiseaux lourds

Je renaîtrai je renaîtrai l’amour me fera brûler
Rien ce bruit c’est la nuit battante sur la porte
Faisant jaillir le sang et la lumière folle
De la coquecigrue offerte à la huaille
Hibou livré aux clous pour être épouvantail

Je partirai je volerai avec mes ailes déchirées

Rien cette obscurité toutes couleurs perdues
L’oiseau de la couleur nécessaire à la vue
N’est plus beau tout oiseau disparaît avec lui
Invisibles oiseaux sans pouvoirs dans la nuit

Tu me verras tu me verras bientôt l’amour me parera

(Ernest Delève)

Illustration: Léopold Survage

 

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A la recherche de l’oiseau (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Quand un poème t’arrive,
Tu ne sais d’où ni pourquoi,

C’est comme si un oiseau
Venait se poser dans ta main,

Et tu te penches,
Tu te réchauffes à son corps.

On peut aussi partir
A la recherche de l’oiseau.

(Guillevic)

Illustration

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L’incantation à prononcer (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

Anthony Ackrill   (16)

L’incantation à prononcer
Est aussi longue que ta vie
Tu ne pourras signer le pacte
Ton âme te sera laissée
Cette âme partout refusée

Le trésor à découvrir
Est enfoui dans ta tombe
Un autre creusera pour toi
Le trésor te sera laissé
Le trésor pour t’enterrer

L’énigme à déchiffrer
Ton dernier souffle le plus faible
Soulèvera la poussière qui la couvre
Tu ne seras pas dévoré
Tu peux ronger ton coeur toi-même

Tu ne sais plus rien
Les supplices ne te feront rien dire
Tu ne seras pas condamné
Tu peux te torturer toi-même

Tout est détruit tu n’as plus rien
Tes souvenirs sont dangereux
Comme un labyrinthe éboulé
Ta place te sera laissée
Ta place pour ne plus bouger

Et c’est pourtant d’ici qu’il faut partir
L’amour à signer pour toujours
Tout l’amour à découvrir
L’inconnue à rendre heureuse

L’amour te fera parler

(Ernest Delève)

Illustration: Anthony Ackrill

 

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