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Poésie

Archive for 28 août 2018

Déchirure (Bernard Mazo)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



Déchirure

Si tout se délite
par l’aveuglement des hommes
combien serons-nous à la fin

Sur cette terre démembrée
fissurée saccagée

Combien serons-nous à survivre
à l’éclat soudain meurtrier du soleil

(Bernard Mazo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Gao Xingjian

 

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La Tentation (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



La Tentation

La parole
va-t-elle trembler
au bord du ciel?

et la bouche apprêtée
à la louange,
à la prière,

versant soudain
dans un repli
de la mémoire,

baiser dans l’ombre
le sein rose
de l’orante?

Ardente déchirure,
fente basse du soir sur les collines

(Jean Joubert)


Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole

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Alors passe, in-attendu, l’ange (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018


Plume

 

Non corps à corps
Mais âme à âme

N’annulant nullement chair et sang
N’évacuant ni source ni flamme

Laissant cependant circuler l’air
La brume, la vapeur, éclair et tonnerre

Bourrasque et averse, ardente déchirure…

De la vallée du manque montent à présent
Les choses par l’azur aspirées

La lumière envahit tout l’intervalle
Propageant haleine d’embruns et saveurs d’algues

Le lointain est l’envol des pétales
Eperdus de vent

Et le proche l’écho d’une louange
Au nid éclaté

Alors souffle le juste Vide médian
Alors passe, in-attendu, l’ange

(François Cheng)

 

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Consolation (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



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Consolation

Viennent les heures,
Là de vieilles blessures,
Depuis longtemps oubliées,
Menacent de déchirure.

Viennent les jours,
Là aucun risque
De la vie, des souffrances
Ne peut se décider.

Les heures s’enfuient,
Les jours passent,
Il en reste un fruit :
L’existence seule.

***

Trost

Es kommen die Stunden,
Da alte Wunden,
Die ingst vergessen,
Drohn zu zerfressen.

Es kommen die Tage,
Da keine Waage
Des Lebens, der Leiden
Sich kann entscheiden.

Die Stunden verrinnen,
Die Tage vergehen.
Es bleibt ein Gewinnen:
Das bloße Bestehen.

(Hannah Arendt)

 

 

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La poésie est sève pure (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



La poésie est sève pure,
le poème, déchirure

(Henri Thomas)


Illustration: Vladimir Kush

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Poésie, tu t’éloignes… (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018


Musicien

Poésie, tu t’éloignes sans apparence de douleur,
cela fait longtemps déjà.

Mais les arbres et les routes sont toujours là,
Les maisons résistent, les matins réapparaissent

Avec la liberté sans déchirure des vents,
La suave pluie, les baisers de rencontre,

Et nul n’ignore que le passé est un brouillard,
Une ville aux portes toutes fermées,

Ainsi les voix que nous aimions sont à jamais
Glacées, captives de l’ombre et de l’opacité,

Sauf un enfant peut-être qui aura perdu le sommeil
Et qui regarde
l’éblouissante nuit.

(Lionel Ray)

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Lumière fut le feu (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



Lumière fut le feu, pain la rancoeur lunaire,
l’étoile du jasmin redoubla son secret,
par les douces mains pures de l’amour terrible
ce fut paix pour mes yeux et soleil pour mes sens.

Oh mon amour, comment, soudain, des déchirures
as-tu fait la maison de douce fermeté,
vaincu la jalousie, la malice des ongles
pour que nous ne soyons qu’une vie face au monde.

Ce fut, c’est, ce sera ainsi jusqu’au moment,
sauvage et doux amour, Mathilde bien-aimée,
On le temps marquera du jour la fleur finale.

Sans toi, sans moi, sans lumière plus ne serons :
alors bien au-delà de la terre et de l’ombre
notre amour brillera aux couleurs de la vie.

***

Fue luz el fuego y pan la luna rencorosa,
el jazmín duplicó su estrellado secreto,
y del terrible amor las suaves manos puras
dieron paz a mis ojos y sol a mis sentidos.

Oh amor, cómo de pronto, de las desgarraduras
hiciste el edificio de la dulce firmeza,
derrotaste las uñas malignas y celosas
y hoy frente al mundo somos como una sola vida.

Así fue, así es y así será hasta cuando,
salvaje y dulce amor, bienamada Matilde,
el tiempo nos señale la flor finaldel día.

Sin ti, sinmi,sin luz ya no seremos :
entonces más allá de la tierra y la sombra
el resplandor de nuestro amor seguirá vivo.

(Pablo Neruda)

 

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Dans mon rêve parfois je te vois revenir (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



 

Bogdan Prystrom 00

Dans mon rêve parfois je te vois revenir
pour prendre auprès de moi ta place ;
je ne veux pas savoir qui t‘a dit de partir
ou quel amant soudain te lasse

Dans la paix revenue, les déchirures du Temps
n’offrent plus d’évasions à nos inconséquences
mon amour et ma vie retrouvent leur printemps
pour enfin refleurir délivrés des outrances

Mon corps las se réveille et renie son déclin
pour saisir à nouveau ce passé qui l’escorte,
ma voix tremble d’amour mais près de l’âtre éteint
Maraudeuse ! Ton ombre est morte !

(Pierre Béarn)

Illustration: Bogdan Prystrom

 

 

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LES MAINS (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



Nos deux mains
Se serraient bien
Dans ma poche de manteau

Nos deux paumes
S’aimaient bien
Le dessus de chaque main
Ressentait la laine

Que nos mains se connaissaient bien
Dans la nuit de ma poche
Bien ensemble à l’abri
Avec de petites farces

Les passants se doutaient bien
Que nos mains s’aimaient bien
Se cachaient se touchaient
Et eux rien

Ils voyaient à nos yeux à nos nez
Ce que faisaient nos mains
Et nos mains s’enroulaient
S’endormaient
Et nos corps marchaient

On se touchait
Tout à fait
Et c’était parfait
Nos mains nous suffisaient
On pouvait s’y retirer
S’y savoir s’abreuver
L’essentiel c’est se toucher

Quand nos corps se promenaient
Nos deux mains se tenaient
Nos deux corps séparés
Par nos mains se touchaient

(Pierre Morhange)

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Sans gourde ni bâton (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018




    
Sans gourde ni bâton
sans prêche ni cantique
nous demeurons pèlerins

Sans autel au bout de la route
sans luminaire liturgique
des clartés en nous cheminent
qui nous font acheminer
vers nos secrètes dévotions

N’est pas de nous l’itinéraire
le noir nous l’a donné
nous marchons sans nommer
ces gouttes de lumière
qui perlent
sur les parois de l’angoisse
pour nous mener en pèlerinage
aux lieux saints
de nous-mêmes

En nous
prend racine une pensée
que nous n’avons pas semée
Nous la voyons grandir
malgré nous
Qui donc l’a jetée
clandestine
en l’un de nos sillons
pour qu’elle se nourrisse
de nous?

Et qui la déracinera
puisqu’elle s’est faite
par nous?
Un jour elle jaillira
nous
serons ce qu’elle sera

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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