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Poésie

Archive for 30 août 2018

L’épine d’une passion (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



épine au coeur

l’épine d’une passion;
un jour j’ai pu me l’arracher :
je ne sens plus mon coeur.

Et toute la campagne un instant
demeure, muette et sombre,
pour méditer. Le vent retentit
dans les peupliers de la rivière.

Mais le soir s’obscurcit encore;
et le chemin qui tourne, tourne,
et blanchit doucement,
se trouble et disparaît.

Mon chant recommence à pleurer :
«Épine pointue et dorée,
ah! si je pouvais te sentir
dedans mon coeur clouée.»

(Antonio Machado)

 

 

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Il brûle dans tes yeux un mystère (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Il brûle dans tes yeux un mystère, vierge
farouche, ma compagne.

Haine ou amour — le sais-je? — la lumière inépuisable
de ton noir carquois.

Tu seras près de moi, tant que mon corps projettera
de l’ombre et qu’à mes sandales s’attachera le sable.
— Es-tu la soif ou l’eau sur mon chemin?
Dis-moi,vierge farouche, ma compagne.

(Antonio Machado)

Illustration: Dorina Costras 

 

 

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SOUVENIR D’ENFANCE (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



 

SOUVENIR D’ENFANCE

Une après-midi grise et froide
d’hiver. Les collégiens
étudient. Monotonie
de la pluie derrière les vitres.

C’est la classe. Sur une image
on voit Caïn
qui fuit, et Abel mort,
près d’une tache de carmin.

D’une voix sonore et creuse
le maître tonitrue, un vieillard
mal vêtu, maigre et sec,
qui tient un livre à la main.

Et tout un choeur d’enfants
va chantant la leçon :
« mille fois cent, cent mille;
mille fois mille, un million. »

Une après-midi grise et froide
d’hiver. Les collégiens
étudient. Monotonie
de la pluie sur les vitres.

(Antonio Machado)

Illustration: Robert Doisneau

 

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Dans l’atmosphère de l’après-midi (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018




    
Dans l’atmosphère de l’après-midi
flotte cet arôme d’absence
qui dit à l’âme lumineuse : jamais,
et au coeur : attends.
Cet arôme qui évoque les fantômes
des fragrances vierges et mortes.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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Ce fut un clair après-midi (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018




    
Ce fut un clair après-midi, triste et songeur
après-midi d’été. Le lierre grimpait
sur le mur du parc, noir et poussiéreux…
La fontaine bruissait.

Ma clé grinça dans la vieille grille;
avec un bruit aigre s’ouvrit la porte
de fer moisi et, en se refermant, frappa
lourdement le silence de l’après-midi mort.

Dans le parc solitaire, la sonore
copia bouillonnante de l’eau chantante
me guida vers la fontaine. La fontaine versait
sur le marbre blanc sa monotonie.

La fontaine chantait : Frère, mon chant présent
te rappelle-t-il un songe lointain?
Ce fut un lent après-midi du lent été.
Je répondis à la fontaine :

Je ne me souviens pas, ma soeur.
mais je sais que ta chanson présente est lointaine.

— C’était ce même après-midi : mon cristal versait
comme aujourd’hui sur le marbre sa monotonie.
Te souviens-tu, frère?… Les myrtes traînants
que tu vois, assombrissaient les claires chansons
que tu écoutes. De la blonde couleur de la flamme
le fruit mûr pendait sur la branche,
comme maintenant. Te souviens-tu, frère?
C’était ce même lent après-midi d’été.

— Je ne sais point ce que me dit ton chant riant
des songes lointains, fontaine ma soeur.

Je sais que ton clair cristal d’allégresse
a connu déjà le fruit vermeil de l’arbre;
je sais que lointaine est mon amertume
qui songe en ce vieil après-midi d’été.

Je sais que tes beaux miroirs chantants
ont reflété d’anciens délires d’amour;
mais conte-moi, fontaine à la langue enchantée,
conte-moi ma joyeuse légende oubliée.

— Je ne sais les légendes d’anciennes allégresses,
mais de vieilles histoires de mélancolie.

Ce fut un clair après-midi du lent été…
Tu venais seul avec ta peine, frère;
tes lèvres se posèrent sur mon onde sereine
et dans le clair après-midi dirent ta peine.

Tes lèvres qui brûlaient dirent ta peine,
elles avaient alors la même soif que maintenant.

— Adieu pour toujours, fontaine sonore,
éternelfe chanteuse du parc endormi.
Adieu pour toujours; ta monotonie,
fontaine, est plus amère que ma peine.

Ma clé grinça dans la vieille grille;
avec un bruit aigre s’ouvrit la porte
de fer moisi et, en se refermant, résonna
lourdement dans le silence de l’après-midi mort.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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A L’ENTERREMENT D’UN AMI (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018




    
A L’ENTERREMENT D’UN AMI

On l’enterra par une horrible après-midi
de juillet, sous un soleil de feu.

A un pas de la tombe ouverte
il y avait des roses aux pétales pourris,
entre des géraniums à l’âcre parfum
et aux fleurs rouges. Le ciel
pur et bleu. Il soufflait
un vent fort et sec.

Suspendu à de grosses cordes,
lourdement, le cercueil fut descendu
au fond de la fosse
par les deux croque-morts…

Quand il se posa, un grand bruit résonna,
solennellement, dans le silence.

Le bruit d’un cercueil sur la terre est quelque chose
de tout à fait sérieux.

Sur le noir cercueil se brisaient
les lourdes mottes poussiéreuses…

Le vent emportait
le souffle blanc de la fosse profonde.

.— Et toi, sans ombre désormais, dors et repose,
longue paix à tes ossements…

Définitivement,
dans un sommeil paisible et véritable.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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La place et les orangers flamboyants (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



    

La place et les orangers flamboyants
avec leurs fruits ronds et rieurs.

Tumulte de petits collégiens
qui sortent de l’école, en désordre,
emplissant l’air de la place ombragée
du tintamarre de leurs voix neuves.

Allégresse enfantine dans les recoins
des villes mortes!…

Et une part de nous, d’hier,
que nous voyons errer encore
dans ces vieilles rues!

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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J’ai connu beaucoup de chemins (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Illustration: Louis-Philippe Kamm
    

J’ai connu beaucoup de chemins,
j’ai tracé beaucoup de sentiers,
navigué sur cent océans,
et accosté à cent rivages.

Partout j’ai vu
des caravanes de tristesse,
de fiers et mélancoliques
ivrognes à l’ombre noire

et des cuistres, dans les coulisses,
qui regardent, se taisent et se croient
savants, car ils ne boivent pas
le vin des tavernes.

Sale engeance qui va cheminant
et empeste la terre…

Et partout j’ai vu
des gens qui dansent ou qui jouent,
quand ils le peuvent, et qui labourent
leurs quatre empans de terre.

Arrivent-ils quelque part,
jamais ne demandent où ils sont.
Quand ils vont cheminant, ils vont
sur le dos d’une vieille mule;

ils ne connaissent point la hâte,
pas même quand c’est jour de fête.
S’il y a du vin, ils en boivent,
sinon ils boivent de l’eau fraîche.

Ce sont de braves gens qui vivent,
qui travaillent, passent et rêvent,
et qui un jour comme tant d’autres
reposent sous la terre.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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Vos yeux (William Shakespeare)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Illustration: Konstantin Yegorovich Makovsky
    
Vos yeux sont des étoiles polaires ;
et le doux son de votre voix
est plus harmonieux
que ne l’est pour le berger
le chant de l’alouette.

(William Shakespeare)

 

Recueil: Le Songe d’une nuit d’Été
Traduction:
Editions:

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L’enfer est vide (William Shakespeare)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Illustration: Bernard Buffet
    
L’enfer est vide,
tous les démons sont ici.

(William Shakespeare)

 

Recueil: La tempête
Traduction:
Editions:

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