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Poésie

Archive for 10 septembre 2018

La plaidoirie de la brûlure (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018


Matteo-Voyageur-de-I-Infini-45686

Je me couche dans la poussière, les yeux fermés
La nuit sera totale, tant que l’aube
Et le grand jour de ta chair
Ne passeront pas au-dessus de moi
Comme un vol de soleils.

(Alain Borne)

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JOURS FERMES (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



JOURS FERMES

Il y a quelqu’un d’hésitant en soi
une face qui hésite en face de soi
et ne disparaît pas aux angles
une histoire d’avant
en haut, au-dessus, une histoire appelée hier et encore

une terre organique près de soi
un voyage contre la surface de soi
contre le réseau
une réduction par le dedans
un parler dans le sillage de soi
et en avant
il y a l’action toute prête en soi et qui n’a pas lieu
l’histoire sans histoire d’être venu et de parler.

(Georges Drano)

 

 

 

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Ordonnez-moi (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



Ordonnez-moi
de ne plus quitter ma terre,
de ne plus vivre à l’écart,
dans des vallées d’asile,
dans des cités en exil.

Commandez-moi
de ne plus me dénouer de ce pays
qui me baptisa,
me refusa,
mais qui sera mon dernier lit.

Donnez-moi
de l’accepter tel quel :
à demi mangé,
à demi bouilli.
Je m’y sens bien
sans reconnaissable raison.

Je ne fréquenterai plus
les grandes villes
où m’attirait le quartier des gares
et me fascinaient les embarcadères.
J’ai oublié si j’épargnais
en vue d’un billet de départ
ou d’une prostituée qui avait
un peu de mon visage
et sûrement le double de mon âge.

J’ai perdu le regret
des lointains voyages,
ne m’enivre plus l’odeur
qui flotte dans les aérogares
et cette fragile lenteur
des passagers en proie
à une demi-peur.
Je ne vais plus aujourd’hui
que de Quimper à Quimperlé,
à Brest ou à Morlaix.

J’ai perdu aussi le regret
des grandes amours de chair,
me contentant de qui je contente
et si j’aime encore
ce n’est plus que le pays
dont les frontières pour le moment
s’enroulent en moi en pelote,
si j’aime encore
ce n’est plus que la Bretagne qui me porte.

(Gérard Le Gouic)

 

 

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PENDANT QUE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



 

Alex Alemany_alexalemanyadolescente02

PENDANT QUE

Pendant que les bateaux
Font l’amour et la guerre
Avec l’eau qui les broie
Pendant que les ruisseaux
Dans les secrets des bois
Deviennent des rivières

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime

Pendant que le soleil
Plus haut que les nuages
Fait ses nuits et ses jours
Pendant que ses pareils
Continuent des voyages
Chargés de leurs amours

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime

Pendant que les grands vents
Imaginent des ailes
Aux coins secrets de l’air
Pendant qu’un soleil blanc
Aux sables des déserts
Dessine des margelles

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime

Pendant que les châteaux
En toutes nos Espagnes
Se font et ne sont plus
Pendant que les chevaux
Aux cavaliers perdus
Traversent des montagnes

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime
Pendant qu’un peu de temps
Habite un peu d’espace
En forme de deux coeurs
Pendant que sous l’étang
La mémoire des fleurs
Dort sous son toit de glace

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime

(Gilles Vigneault)

Illustration: Alex Alemany

 

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Si peu semblable à moi-même (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



Si peu semblable à moi-même
Quand je me vois à distance
Dans l’eau morte d’un poème
Qui fut beau fleuve vivant
Ou bien lorsque m’apparaît
Le jeune homme qui rêvait
Dans le soir triste des villes
D’appareillages et d’îles ;
Si peu semblable, ô destin,
Routes de songes, exils,
Ferveurs, tant de paysages,
Tant de ciels, tant de visages
Et le même voyageur
Mais qui ne reconnaît pas
Toujours le bruit de son pas
Et s’égare en trébuchant
Par les longs chemins du Temps
Eboulés dans sa mémoire,
Si peu semblable, ô miroir
Innombrable du poème !
Et pourtant cet homme-là,
C’est le même homme, le même.
Surtout, ne le cherchez pas.

(Paul-Alexis Robic)

Illustration

 

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L’accouplement des ombres (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



L’accouplement
des ombres
parmi la multitude

(Werner Lambersy)


Illustration

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PAYSAGE DE L’EXIL (Michel Manoll)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



 

PAYSAGE DE L’EXIL

Pour la face inconnue, le visage indicible,
Pépite insaisissable en les mailles du crible ;

Pour les matins, hampe brisée, où l’oriflamme
Laisse suinter la lie au travers de sa trame ;

Pour la gerbe de feu dans l’aube moissonnée
Et qui s’est obscurcie, en l’ombre abandonnée ;

Pour l’églantier, paraphe des matins vogueurs,
Sauf-conduit des saisons, aux mains du voyageur ;

Pour la source glanée, ce qu’il en reste alors
Que le fanal du temps s’éteint, sur l’autre bord ;

Pour la vague hauturière à l’oiseleur offerte,
Bourgeon d’écume ardente et floconneuse mouette ;

Pour la harpe tendue à la proue de l’espace,
Aux cordes lacérées par des couteaux de glace ;

Pour les pas effacés sur la pierre du seuil
Et les astres déchus, brisés par les écueils ;

Pour l’éphémère pain pétri par le silence
Et ce poids d’ailes, de duvet, sur la balance.

(Michel Manoll)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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JE REVIENDRAI (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



JE REVIENDRAI

Un jour, voyageur — homme ou femme —,
plus tard, quand je ne vivrai plus,
cherche ici, cherche-moi
parmi la pierre et l’océan,
la tempétueuse clarté
de l’écume.
Cherche ici, cherche-moi
car je reviendrai ici sans rien dire,
sans voix, sans bouche, pur,
je reviendrai ici être le mouvement
de l’eau, de son
coeur sauvageon,
et je serai ici perdu et retrouvé :
ici peut-être je serai pierre et silence.

(Pablo Neruda)

Illustration: ArbreaPhotos

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Rêverie (Auguste Lacaussade)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



 

Erika Hopper -

Rêverie

Dis-moi, mobile étoile aux ailes de lumière,
Qui poursuis dans l’azur ton vol mystérieux,
Où va ta course ? est-il un but à ta carrière ?
Cloras-tu quelque part tes ailes dans les cieux ?

Dis-moi, lune pensive, ô pâle voyageuse !
Cheminant aux déserts du firmament lacté,
Dans quelle profondeur obscure ou lumineuse,
O lune ! cherches-tu le repos souhaité ?

Dis-moi, vent fatigué qui vas à l’aventure,
Comme un déshérité sans foyer ni repos,
Est-il un nid secret au fond de la nature,
Est-il un nid pour toi dans l’arbre ou sur les flots ?

Dis-moi, mer tourmentée au murmure sauvage,
Qui te plains à la nuit, qui te plains au soleil,
Par delà l’horizon est-il quelque rivage
Où tu doives trouver ton lit et le sommeil ?

Et toi, cœur inquiet, plus agité que l’onde,
Plus errant que la brise et qu’un rien fait gémir,
Est-il un lieu béni, dans l’un ou l’autre monde,
Où tu puisses, mon cœur, oublier et dormir ?

(Auguste Lacaussade)

Illustration: Erica Hopper

 

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Le complot (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



aimer

 

Accours de tous tes membres
aux fenêtres du large

Reçois à face ouverte
le sel après les nuits

Dans le goulot des villes
invente les marées

Derrière chaque prunelle
dépiste le voyage

Ecarte les portes rêches
escorte celui qui sombre

Dénonce les mots de plomb
Bouleverse les guêpiers

Epèle dans l’argile
les syllabes du rêve

Partout
brise le complot

C’est Aimer
qui importe!

(Andrée Chedid)

Illustration: Salvador Dali

 

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