Arbrealettres

Poésie

À la mémoire d’une chatte naine que j’avais (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



À la mémoire d’une chatte naine que j’avais

Ô mon beau chat frileux, quand l’automne morose
Faisait glapir plus fort les mômes dans les cours,
Combien passâmes-nous de ces spleeniques jours
À rêver face à face en ma chambre bien close.

Lissant ton poil soyeux de ta langue âpre et rose
Trop grave pour les jeux d’autrefois et les tours,
Lentement tu venais de ton pas de velours
Devant moi t’allonger en quelque noble pose.

Et je songeais, perdu dans tes prunelles d’or
— Il ne soupçonne rien, non, du globe stupide
Qui l’emporte avec moi tout au travers du Vide,

Rien des Astres lointains, des Dieux ni de la Mort?
Pourtant!… quels yeux profonds !… parfois… il m’intimide
Saurait-il donc le mot? — Non, c’est le Sphinx encor.

(Jules Laforgue)

2 Réponses to “À la mémoire d’une chatte naine que j’avais (Jules Laforgue)”

  1. Lara said

    rare que l’on puisse lire le mot  » spleenique  » ! 🙂

    Hymne aux félins que nous aimons..

    • arbrealettres said

      « nous » aimons tant que je ne sais même pas combien j’en ai connus! 😉 … 3 à la maison! Chacun sa personnalité et un Bonheur d’être LEUR invité!!! 😉

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