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Poésie

Archive for 7 octobre 2018

Je voudrais que mes livres bourgeonnent après ma mort (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018




Je voudrais que mes livres bourgeonnent après ma mort,
que des amitiés me poussent un peu partout,
et qu’ils me tendent la main au travers de la page,
quand ils remarqueront : « Il avait tout de même quelquefois raison ! »
En même temps que mon cadavre se détendrait dans une nuit liquide,
les amis poussent tout vivants, eux, me prêtant vie, avec ma voix écrite.

(Luc Dietrich)

Illustration: Vladimir Kush

 

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Personne n’est à plaindre (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



Illustration: Jean-Siméon Chardin 
    
Personne n’est à plaindre
Des vivants ni des morts
A personne le privilège
De la douleur

Ne demander ici
Ni pitié
Ni compassion
Pas même un regard plus appuyé
Pas même un geste pour combler
La solitude

(on peut s’attendre simplement
au silence de l’amitié
posé comme l’eau
humble et fraîche
à l’angle le plus secret de la table
entre pénombre et soleil)

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

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Proverbes de l’Enfer (3) (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018




    
Proverbes de l’Enfer (3)

Les Prisons sont bâties avec les pierres de la Loi,
les Bordels, avec les briques de la Religion.

L’orgueil du paon est la gloire de Dieu.

La lubricité du bouc est la munificence de Dieu.

La colère du lion est la sagesse de Dieu.

La nudité de la femme est le travail de Dieu.

L’excès de douleur rit, l’excès de joie pleure.

Le rugissement des lions, le hurlement des loups,
les fureurs de la mer démontée sont des morceaux d’éternité
trop grands pour l’oeil de l’homme.

Le renard accuse la trappe et non lui-même.

Les joies fécondent. Les douleurs enfantent.

Que l’homme revête la peau du lion, la femme,
la toison de la brebis.

Le nid à l’oiseau, la toile à l’araignée, à l’homme l’amitié.

Le sot égoïste et souriant et le sot sombre et soucieux
seront l’un et l’autre tenus pour sages,
afin qu’ils puissent servir à notre punition.

Ce qui est maintenant prouvé, ne fut autrefois qu’imaginé.

Le rat, la souris, le renard, le lapin regardent les racines ;
le lion, le tigre, le cheval, l’éléphant regardent les fruits.

La citerne contient ; la fontaine déborde.

Une seule pensée emplit l’immensité.

Sois toujours prêt à dire ta pensée, l’homme servile t’évitera.

Tout ce qu’il est possible de croire est l’image de la vérité.

L’aigle jamais ne perdit plus de temps
qu’à suivre les leçons de la corneille.

***

Prisons are built with stones of Law, Brothels with bricks of Religion.
The pride of the peacock is the glory of God.
The lust of the goat is the bounty of God.
The wrath of the lion is the wisdom of God.
The nakedness of woman is the work of God.
Excess of sorrow laughs. Excess of joy weeps.
The roaring of lions, the howling of wolves, the raging of the stormy sea, and the destructive sword, are portions of eternity too great for the eye of man.
The fox condemns the trap, not himself.
Joys impregnate. Sorrows bring forth.
Let man wear the fell of the lion. woman the fleece of the sheep.
The bird a nest, the spider a web, man friendship.
The selfish smiling fool, & the sullen frowning fool shall be both thought wise, that they may be a rod.
What is now proved was once only imagin’d.
The rat, the mouse, the fox, the rabbet; watch the roots; the lion, the tyger, the horse, the elephant, watch the fruits.
The cistern contains: the fountain overflows.
One thought fills immensity.
Always be ready to speak your mind, and a base man will avoid you.
Every thing possible to be believ’d is an image of truth.
The eagle never lost so much time, as when he submitted to learn of the crow.

(William Blake)

 

Recueil: William Blake
Traduction: Georges Bataille
Editions: Fata Morgana

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A présent (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



Illustration: Nupur Choudhary 
    
A présent le souci de parler
sur tant d’évidences
pèse lourd
Le livre est à sa fin
sans plus de forces
Les formes aimables
le débordent

Et donc regarde-moi
C’est ma supplique
A la dérobée regarde-moi
Puis viens vers tous ces signes
noircis en juste perte
Accorde-leur l’amitié
d’un long regard

Que ta noblesse les anime

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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Comme horizon la neige (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018




    
Comme horizon la neige, n’avons-nous appris
qu’à nous résigner ? Ce mot qui veut conclure
nous appartient, mais le silence nous déborde
autant qu’il nous rassemble, l’amitié, la prière,
a-t-elle une autre fin, que nos dieux y renaissent ?

Nous ne respirons que pour eux,
sans les nommer, sans borner le chemin,
sans asservir l’élan farouche, et comme viatique
douleur, louanges égales, indivisibles.

(Pierre Dhainaut)

 

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La Carte du Royaume des Précieuses (Charles Sorel)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



La Carte du Royaume des Précieuses

On s’embarque sur la Rivière de Confidence
pour arriver au Port de Chuchoter.

De là on passe par Adorable, par Divine, et par Ma Chère,
qui sont trois villes sur le grand chemin de Façonnerie
qui est la capitale du Royaume.

A une lieue de cette ville est un château bien fortifié
qu’on appelle Galanterie.
Ce Château est très noble,
ayant pour dépendances plusieurs fiefs,
comme Feux cachés, Sentiments tendres et passionnés
et Amitiés amoureuses.

Il y a auprès deux grandes plaines de Coquetterie,
qui sont toutes couvertes d’un côté par les Montagnes de Minauderie
et de l’autre par celles de Pruderie.

Derrière tout cela est le lac d’Abandon,
qui est l’extrémité du Royaume.

(Charles Sorel)

voir ici: Carte DE Tendre (et pas « du ».. Tendre est un Pays.. un BEAU Pays!)  de Madeleine de Scudéry (15/11/1607  02/06/1701)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Carte_de_Tendre
http://www.miscellanees.com/t/tendre01.htm

 

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Amitié (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



Illustration
    
Amitié
À Yves Miramont,
à la mémoire de sa mère,

Poète, je t’écris en ce jour de malheur,
Je t’écris ma plus belle page
Pour te dire que je partage
Ta douleur.

Ma poésie, hélas ! n’a pas grande valeur.
Mais tu lui ouvriras ta porte,
Car d’un ami elle t’apporte
Le coeur.

Quand on est las, quand on est triste,
Il est doux,
Il est doux de savoir qu’il existe
Un vieil ami qui pense à vous.

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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Proverbes de l’Enfer (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018




    
Proverbes de l’Enfer

Dans le temps des semailles, apprends ;
dans le temps des moissons, enseigne ;
en hiver, jouis.

Conduis ton char et ta charrue
par-dessus les ossements des morts.

Le Chemin de l’excès
mène au palais de la Sagesse.

La Prudence est une riche et laide vieille fille
à qui l’incapacité fait la cour.

Le Désir non suivi d’action
engendre la pestilence.

Le ver que coupe la charrue,
lui pardonne.

Celui qui aime l’eau,
qu’on le plonge dans la rivière.

Un sage ne voit pas le même arbre
qu’un fou.

Celui dont le visage est sans rayons
ne deviendra jamais une étoile.

Des ouvrages du temps
l’Éternité reste amoureuse.

La diligente abeille
n’a pas de temps pour la tristesse.

Les heures de la folie sont mesurées par l’horloge,
mais celles de la sagesse, aucune horloge ne les peut mesurer.

Les seules nourritures salubres
sont celles que ne prend ni nasse ni trébuchet.

Livre de comptes, toise et balance ;
garde cela pour une année de disette.

L’oiseau ne vole jamais trop haut,
qui vole de ses propres ailes.

Un corps mort
ne venge pas d’une injure.

L’acte le plus sublime,
c’est de placer un autre avant soi.

Si le fou persévérait dans sa folie,
il rencontrerait la Sagesse.

Insanité,
masque du fourbe.

Pudeur,
masque de l’orgueil.

Les prisons sont bâties avec les pierres de la Loi,
et avec les briques de la religion, les bordels.

Orgueil du paon, gloire de Dieu ;
Lubricité du bouc, munificence de Dieu ;
Colère du lion, sapience de Dieu ;
Nudité de la femme, travail de Dieu.

L’excès de chagrin rit ;
l’excès de plaisir, pleure.

Le rugissement des lions, le hurlement des loups,
le soulèvement de la mer en furie et le glaive destructeur,
sont des morceaux d’éternité trop énormes pour l’œil des hommes.

Renard pris n’accuse que le piège.

La joie féconde, la douleur accouche.

Que l’homme vête la dépouille du lion ;
la femme, la toison de la brebis.

A l’oiseau le nid ;
à l’araignée la toile ;
à l’homme l’amitié.
Le fou égoïste et souriant, et le fou morne et renfrogné,
seront tenus tous deux pour sages, et serviront de verge et de fléau.

Évidence d’aujourd’hui,
imagination d’hier.

Le rat, la souris, le renard, le lapin, regardent vers les racines ;
le lion, le tigre, le cheval, l’éléphant regardent vers les fruits.

Citerne contient,
fontaine déborde.

Une pensée,
et l’immensité est emplie.

Sois toujours prêt à dire ton opinion,
et le lâche t’évitera.

Tout ce qu’il est possible de croire,
est un miroir de vérité.

L’aigle jamais n’a perdu plus de temps,
qu’en écoutant les leçons du corbeau.

Le renard se pourvoit,
Dieu pourvoit au lion.

Le matin, pense ;
à midi, agis ;
le soir mange ;
la nuit, dors.

Qui s’en est laissé imposer par toi,
te connaît.

La charrue ne suit pas plus les paroles
que la récompense de Dieu les prières

Les tigres de la colère sont plus sages
que les chevaux du savoir.

N’attends que du poison
des eaux stagnantes.

Celui-là seul connaît la suffisance,
qui d’abord a connu l’excès.

Souffrir les remontrances du fou :
privilège royal.

Yeux, de feu ;
narines, d’air ;
bouche, d’eau ;
barbe, de terre.

Pauvre en courage
est riche en ruse.

Le pommier pour pousser, ne prend point conseil du hêtre ;
ni le lion, ni le cheval pour se nourrir.

Aux reconnaissants,
les mains pleines.

C’est parce que d’autres ont été fous,
que nous, nous pouvons ne pas l’être.

L’âme du doux plaisir
ne peut être souillée.

Si plane un aigle, lève la tête ;
contemple une parcelle de génie.

De même que la chenille choisit,
pour y poser ses œufs,

Les feuilles les plus belles ;
ainsi le prêtre pose ses malédictions
sur nos plus belles joies.

Pour créer une petite fleur,
des siècles ont travaillé.

Adversité, raidit ;
félicité, relâche.

Le meilleur vin, c’est le plus vieux ;
la meilleure eau, c’est la plus neuve.

Prières, ne labourez pas !
Louanges, ne moissonnez pas !

Joies, ne riez pas !
Chagrins, ne pleurez pas !

Tête, le Sublime;
Cœur, le Pathos;
génitoires, la Beauté;
pieds et mains, la Proportion.

Tel l’air à l’oiseau,
ou la mer au poisson,
le mépris à qui le mérite.

Le corbeau voudrait que tout soit noir,
et le hibou que tout soit blanc.

Exubérance :
c’est Beauté.

Le lion serait rusé,
si conseillé par le renard.

La culture trace des chemins droits ;
mais les chemins tortueux sans profit
sont ceux là mêmes du génie.

Plutôt étouffer un enfant au berceau,
que de bercer d’insatisfaits désirs.

L’homme absent,
la nature est stérile.

La vérité, jamais ne peut être dite
de telle manière qu’elle soit comprise
et ne soit pas crue.

Même loi pour le lion et pour le bœuf,
c’est oppression.

En voilà assez!
en voilà trop.

(William Blake)

 

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La bouée (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018




    
La bouée

Je veux vous avouer ce soir, ma chère amie,
Que lorsque je m’ennuie et que j’ai peur de tout,
Lorsque je me sens seul, tout seul, je pense à vous ;
Car vous êtes, je crois, ma plus sincère amie.

Je pense à vous souvent, car souvent je m’ennuie ;
Et dès que je m’égare en un mauvais sentier,
Je fais appel à la merveilleuse amitié
Qui, depuis un grand jour, l’un à l’autre nous lie.

Si j’ai chanté pour vous ce soir ces quelques vers,
C’est que mon pauvre coeur malade s’est ouvert.
S’il vous parlait tout bas, voudriez-vous l’entendre ?

Si avec ses défauts, avec ses qualités,
Ses mauvais sentiments et sa naïveté,
Il se donnait à vous, voudriez-vous le prendre ?

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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Les amitiés (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



Les amitiés

Mes yeux sont fatigués de lire.
Mon cœur est triste et mon corps las.
J’attends quelqu’un qui ne vient pas…
J’aurais besoin d’un clair sourire.

J’écoute le vent froid bruire.
Une cloche sonne, là-bas.
Si j’entendais monter des pas !…
J’aurais tant de choses à dire !

Je pense aux chères amitiés,
Aux réconfortantes pitiés,
Aux regards, aux doux mots des femmes…

Elles seules savent guérir
Les langueurs des corps et des âmes,
Rien qu’à nous regarder souffrir…

(Albert Lozeau)

Illustration: Bernard Rolland

 

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