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Poésie

Archive for 9 octobre 2018

Irrésolu (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018



Illustration: Edward Hopper
    
Irrésolu j’écoute en me levant
le son clair de mes pas; puis j’hésite
devant les sinistres volets clos.
(Dans quelle merveilleuse atmosphère se glisse
la lumière immaculée ? Et avec tant de tristesse ?).
Incertain j’ouvre le balcon : le ciel imprime
un silence sidéral sur les champs.

Et… si nos sens avaient raison, puis au loin
un chaste autocar déflore à peine
le silence, du côté des contreforts désolés.
Et le vrombissement enchanteur se dissipe.
Et moi je suis toujours là, penché sur mes feuilles ?
Ah images désespérantes, ah certitude
de n’être rien d’autre qu’une apparition
à la lumière…

***

Sospeso allora ascolto dei miei passi
il fresco suono, alzandomi; ma indugio
aile squallide imposte suggellate.
(In quell’aria meravigliosa il vergine
lume trapela? e con tale tristezza?).
Apro incerto il balcone: il cielo imprime
un silenzio sidereo sopra i campi.

Poi… se i sensi non errano, è un remoto
casto autocarro che disfiora appena,
ai desolati margini, il silenzio.
E il rombo incantevole dilegua.
Ed io mi trovo ancora chino sui miei fogli?
Ah disperante immagine, ah certezza
di non essere altri che un apparso
alla luce…

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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Ah ce n’est pas pour moi cette beauté (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018




    
Ah ce n’est pas pour moi cette beauté
de cristal, ce printemps amer :
un cri, même de joie, et je serais vaincu.
(Je referme les volets et laisse le monde
seul, avec son ciel d’argent).

***

Ah non è più per me questa bellezza
di cristallo, quest’acre primavera:
un grido, anche di gioia, e sarei vinto.
(Avvicino i battenti e lascio solo
il mondo con l’argento dei suoi cieli).

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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Comme un naufragé (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018



    

Comme un naufragé indemne je me retourne
et je vois derrière moi, attendris
par le passé, des océans de rares
violettes, de primevères silencieuses.
Mais ce paysage de jeunes pousses azurées
que le clair Avril adoucissait
est déjà un songe plus lointain que le ciel.

Le temps se dissipe sans vague :
papillons aux vols pudiques,
fleurs violentes, paix hérissée…

Et saurais-je encore m’effrayer si
un son désaccordait la musique ténue
des champs ? Lever les yeux comme un enfant
angoissé par les gouffres célestes
que voile le cours paisible des nuages ?
Et si dans l’azur aride
l’irascible rossignol exhalait son chant diurne
je l’écouterais avec ferveur, mais sans espoir.
Je ne rêve pas, je ne veille pas…

***

Corne un naufrago incolume mi volgo
e vedo, inteneriti dal passato,
alle mie spale, oceani di rare
viole, di silenziose primule.
E già un sogno lontano più del cielo
il paesaggio di germogli azzurri
che il trasparente Aprile intiepidiva.

Il tempo è dileguato senza moto:
le farfalle che volano pudiche,
i fiori violenti, l’irta quiete…

E so ancora atterrirmi ad un accento
che disaccordi con la fioca musica
dei campi? Alzare il capo, puerilmente,
angosciato dai baratri celesti
tra i veli tranquilli delle nuvole?
Se l’iroso usignolo nell’azzurro
arido, esala i suoi canti diurni,
lo ascolto ardente, ma non ho speranza.
Io non sogno, non veglio…

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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Ma chambre a des charmes de palmier (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018




    
Ma chambre a des charmes de palmier.
Le lit blanc et pur, défait,
les innocents cahiers : la présence
en moi de cette joie physique
que donne la vie qui se vit en soi.

Puis des moineaux se dispersent comme
un vol confus de papillons; la terre, au soleil
passionnée et indifférente…

Et dans les vignes brûlées de soleil
et les maisons aux enduits incandescents,
un son de cloche obsédant.

***

La mia camera ha incanti di palmizio.
Il candido letto disordinato,
i quaderni innocenti: la presenza
in me di questa fisica allegrezza
che è la vita che si vive sola.

Poi passeri si sparpagliano corne
confuse farfalle; la terra, al sole,
appassionata e indifferente…

E tra le vigne roventi di sole
e gli intonachi accesi delle case,
un invasato suono di campana.

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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MORALE D’ÉTOILE (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018




    

MORALE D’ÉTOILE

Prédestinée à ton orbite,
Que t’importe, étoile, l’obscurité ?

Roule, bienheureuse, à travers ce temps !
La misère te paraît étrangère et lointaine !

Au monde le plus éloigné tu destines ta clarté ;
La pitié doit être péché pour toi !

Tu n’admets qu’une seule loi : sois pur !

(Frédéric Nietzsche)

 

Recueil: Le Gai Savoir
Traduction: Henri Albert
Editions: Gallica

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Venue du soleil (Michel Onfray)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Venue du soleil,
Descendue du ciel,
Où vivent les morts qui nous regardent,
La lumière rapporte leurs mots sans paroles.

Lire la pierre
C’est lire la lumière
Qui est la voix des morts sans corps.

(Michel Onfray)

 

Recueil: La Constellation de la baleine Le songe de Démocrite
Traduction:
Editions: Galilée

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ECCE HOMO (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018




    
ECCE HOMO

Oui, je sais bien d’où je viens !
Inassouvi, comme la flamme,
J’arde pour me consumer.
Ce que je tiens devient lumière,
Charbon ce que je délaisse :
Car je suis flamme assurément !

(Frédéric Nietzsche)

 

Recueil: Le Gai Savoir
Traduction: Henri Albert
Editions: Gallica

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