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Poésie

Archive for 20 octobre 2018

O Vierge noire (Pierre-Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



O Vierge noire

O Vierge noire dans un temple de vent clair
Étoile de la mer sur les lieux desséchés
Rire sous les piliers de marbre du coeur mort
Princesse du matin à la nuit désolée

Tu m’as connu à l’abandon sur un banc sombre
Ton fils et recevant ta tribulation
Pleurant, et depuis là les misères en nombre
M’ont retranché de la douceur de ton rayon.

O Vierge noire dans un temple de vent clair
Je te retrouve aux mains croisées de la mémoire
Chaque nuit je me trouve au banc comme une chair
Avant que le soleil ne soulève ses moires.

(Pierre-Jean Jouve)

 

 

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Les cheveux (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



 

Guy Baron_la_douce

Les cheveux

Simone, il y a un grand mystère
Dans la forêt de tes cheveux.

Tu sens le foin, tu sens la pierre
Où des bêtes se sont posées ;
Tu sens le cuir, tu sens le blé,
Quand il vient d’être vanné ;
Tu sens le bois, tu sens le pain
Qu’on apporte le matin ;
Tu sens les fleurs qui ont poussé
Le long d’un mur abandonné ;
Tu sens la ronce, tu sens le lierre
Qui a été lavé par la pluie ;
Tu sens le jonc et la fougère
Qu’on fauche à la tombée de la nuit ;
Tu sens la ronce, tu sens la mousse,
Tu sens l’herbe mourante et rousse
Qui s’égrène à l’ombre des haies ;
Tu sens l’ortie et le genêt,
Tu sens le trèfle, tu sens le lait ;
Tu sens le fenouil et l’anis ;
Tu sens les noix, tu sens les fruits
Qui sont bien mûrs et que l’on cueille ;
Tu sens le saule et le tilleul
Quand ils ont des fleurs plein les feuilles ;
Tu sens le miel, tu sens la vie
Qui se promène dans les prairies ;
Tu sens la terre et la rivière ;
Tu sens l’amour, tu sens le feu.

Simone, il y a un grand mystère
Dans la forêt de tes cheveux.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Guy Baron

 

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Dans la terre torride… (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



 

Diego Dayer blanc

Dans la terre torride, une plante exotique
Penchante, résignée : éclos hors de saison
Deux boutons fléchissaient, d’un air grave et mystique ;
La sève n’était plus pour elle qu’un poison.

Et je sentais pourtant de la fleur accablée
S’évaporer l’effluve âcre d’un parfum lourd,
Mes artères battaient, ma poitrine troublée
Haletait, mon regard se voilait, j’étais sourd.

Dans la chambre, autre fleur, une femme très pâle,
Les mains lasses, la tête appuyée aux coussins :
Elle s’abandonnait : un insensible râle
Soulevait tristement la langueur de ses seins.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Diego Dayer

 

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Au seuil du foyer (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



Au seuil du foyer
Par la ronde et haute fenêtre
Je te voyais branler,
Branche d’hiver décharnée,
Et ne pouvais ou ne voulais comprendre
Si c’était message ou menace.
Etait-ce le vent
Qui te secouait par moments ?
Etait-ce le mouvement
De la faux moissonneuse de la mort ?
D’une indicible angoisse
Je t’étais redevable :
Ne pas m’abandonner à la tiédeur
Provisoire du feu et percevoir le gel
De ce pauvre ciel.

Alors, il n’était pas clair ton message.
Maintenant, devenu sage, je sais
Maintenant je sais
Que tu me disais non.

***

Dalla soglia del focolare
Attraverso la tonda, alta finestra
Ti vedevo brandire,
Spoglio ramo invernale,
Né potevo o volevo capire
Cosa tu m’annunciassi o minacciassi.
Era il vento
Che ti scoteva a tratti ?
Era il movimento
Della falce fienaia della morte
Ma di un’invincibile angoscia
Io t’ero debitore,
Ché non m’abbandonassi al tepore
Provvisorio del fuoco, ché percepissi il gelo
Di quel povero cielo.

Pure, non m’era chiaro il tuo messaggio.
Ora so, the son saggio,
Ora so
Che mi dicevi di no.

(Tommaso Landolfi)

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Elle devait être contente de nous, car elle nous regardait avec bienveillance (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



heures louis 12-3 [800x600]

Hommage aux anges
[35]

Ainsi elle devait être contente de nous,
qui n’avions pas renoncé à notre héritage

au bord de la tombe ;
elle devait être contente

de ce groupe épars du pinceau et de la plume
qui n’avait pas nié les dons de sa naissance ;

elle devait être contente de nous,
car elle nous regardait avec bienveillance

sous le mouvement de ses voiles,
et elle tenait un livre.

[36]

Ah (dis-tu), c’est la Sagesse Sacrée,
Santa Sophia, le SS du Sanctus Spiritus,

ainsi, raisonnement simpliste, logique
le symbole incarné du Saint Esprit ;

ton Saint Esprit était un pommier
qui brûlait — ou plutôt bourgeonne à présent

de fleurs ; le fruit de l’Arbre ?
c’est la nouvelle Ève qui vient

pour rendre, pour récupérer
ce qu’elle a perdu pour la race,

abandonnée au péché, à la mort ;
elle apporte le Livre de la Vie, évidemment.

***

So she must have been pleased with us,
who did not forgo our heritage

at the grave-edge ;
she must have been pleased

with the straggling company of the brush and quill
who did not deny their birthright;

she must have been pleased with us,
for she looked so kindly at us

under her drift of veils,
and she carried a book.

Ah (you say), this is Holy Wisdom,
Santa Sophia, the SS of the Sanctus Spiritus,

so by facile reasoning, logically
the incarnate symbol of the Holy Ghost;

your Holy Ghost was an apple-tree
smouldering—or rather now bourgeoning

with flowers; the fruit of the Tree?
this is the new Eve who comes

clearly to return, to retrieve
what she lost the race,

given over to sin, to death;
she brings the Book of Life, obviously.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Ô le beau vêtement (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



 

La floraison du bâton

[ 1 ]

Ô le beau vêtement,
le bel accoutrement —

ne pense pas à Son visage
ni même à Ses mains,

n’imagine pas comment nous nous tiendrons
devant Lui ;

rappelle-toi la neige
sur Hermon ;

ne regarde pas en contrebas
où la gentiane bleue

renvoie un dessin géométrique
sur la glace flottante ;

ne te laisses pas duper
par la géométrie de la perfection

car en ce moment même,
la terrible bannière

assombrit la tête de pont ;
nous avons montré

que nous pouvions tenir ;
nous avons résisté

à la colère, à la frustration,
au feu amer de la destruction ;

laisse les villes qui brûlent en contrebas
(nous avons fait notre possible),

nous avons donné jusqu’à ne plus avoir à donner ;
hélas, c’était la pitié, et non l’amour que nous donnions

ayant tout donné, laissons tout ;
et surtout, abandonnons la pitié

et montons plus haut
jusqu’à l’amour — résurrection.

***

THE FLOWERING OF THE ROD

O the beautiful garment,
the beautiful raiment—

do not think of His face
or even His hands,

do not think how we will stand
before Him ;

remember the snow
on Hermon;

do not look below
where the blue gentian

reflects geometric pattern
in the ice-floe;

do not be beguiled
by the geometry of perfection

for even now,
the terrible banner

darkens the bridge-head;
we have shown

that we could stand;
we have withstood

the anger, frustration,
bitter fire of destruction ;

leave the smouldering cities below
(we have done all we could),

we have given until we have no more to give;
alas, it was pity, rather than love, we gave;

now having given all, let us leave all;
above all, let us leave pity

and mount higher
to love—resurrection.

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Marc Chagall

 

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