Arbrealettres

Poésie

DON JUAN – SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Alexander Maranov (6)

DON JUAN – SONNET

Au bord d’un étang bleu dont l’eau se ride
Sous le vent discret d’une nuit d’été,
Parmi les jasmins, foulant l’herbe humide
Avez-vous jamais, rêveur, écouté

La voix de la vierge émue et timide
Qui furtive, un soir, pour vous a quitté
Le foyer ami — depuis froid et vide —
Où, les parents morts, plus rien n’est resté?

Parfum de poison, volupté cruelle
D’avoir arraché du sol ce lys frêle
Et d’avoir hâté l’œuvre des tombeaux…

O destruction de quels âpres charmes
Es-tu donc parée?
Et, voilés de larmes,
Pourquoi les yeux clairs en sont-ils plus beaux?

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Maranov

 

2 Réponses vers “DON JUAN – SONNET (Charles Cros)”

  1. (1) Dragon d’azur et d’or
    ————————

    Un siècle au dragon ne fait pas de rides ;
    Il a connu dix mille nuits d’été,
    Mais quand il y songe, il a l’oeil humide,
    Tant de mots d’amour jadis écoutés !

    Pendant son enfance, il fut bien timide ;
    Et quand sa jeunesse un jour l’a quitté,
    Son coeur se sentit plus qu’à moitié vide.
    De sa séduction, plus rien n’est resté ;

    La vie, cependant, ne fut pas cruelle
    À ce monstre bleu, à ce dragon frêle
    Qui voit s’approcher l’ombre d’un tombeau.

    Ces années de vie ont eu bien des charmes,
    Il ne convient pas de verser des larmes,
    Sur un tel destin, qui fut assez beau.

    (2) Grandeur de la bécasse
    ————

    L’eau d’un vieil étang doucement se ride,
    La bécasse y boit pendant tout l’été ;
    Cet oiseau ne craint pas les lieux humides,
    L’ondin de la mare aime l’écouter.

    La bécasse au bois est un peu timide,
    Qui jamais ne veut cet endroit quitter ;
    Son coeur est serein mais il n’est pas vide,
    À son doux regard, comment résister ?

    Bécasse, prends garde aux bêtes cruelles
    Qui de leurs longs crocs mordaient ton corps frêle ;
    Ou qu’un vieux chasseur te mette au tombeau.

    Reste donc en vie, oiseau plein de charme,
    Nous écouterons ton rire et tes larmes ;
    Ne crains pas le loup ni le noir corbeau.

    • Fier hybride
      ——

      À nul de mes cousins je ne suis comparable,
      Mon esprit par chacune est jugé savoureux ;
      Chacune se sent bien dans mes bras vigoureux,
      Dans leur lit me trouvant à chacun préférable.

      Je sais éliminer des rivaux redoutables,
      N’ayant presque jamais d’indulgence pour eux ;
      Dès qu’elle n’entend plus leurs discours amoureux,
      La belle fait de moi son amant véritable.

      Cependant, j’aime aussi boire avec mes amis
      Dans un petit troquet de la rue Saint-Rémi ;
      Je pense qu’il s’agit d’un plaisir légitime.

      J’écris quelques sonnets, n’en soyez pas surpris,
      Bien que ce soit un art que je n’ai pas appris ;
      J’évite d’y mêler des choses trop intimes.

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