Arbrealettres

Poésie

Incompatibilité (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


esprit

Tout là-haut, tout là-haut, loin de la route sûre,
Des fermes, des vallons, par delà les coteaux,
Par delà les forêts, les tapis de verdure,
Loin des derniers gazons foulés par les troupeaux,

On rencontre un lac sombre encaissé dans l’abîme
Que forment quelques pics désolés et neigeux ;
L’eau, nuit et jour, y dort dans un repos sublime,
Et n’interrompt jamais son silence orageux.

Dans ce morne désert, à l’oreille incertaine
Arrivent par moments des bruits faibles et longs,
Et des échos plus morts que la cloche lointaine
D’une vache qui paît aux penchants des vallons.

Sur ces monts où le vent efface tout vestige,
Ces glaciers pailletés qu’allume le soleil,
Sur ces rochers altiers où guette le vertige,
Dans ce lac où le soir mire son teint vermeil,

Sous mes pieds, sur ma tête et partout, le silence,
Le silence qui fait qu’on voudrait se sauver,
Le silence éternel et la montagne immense,
Car l’air est immobile et tout semble rêver.

On dirait que le ciel, en cette solitude,
Se contemple dans l’onde, et que ces monts, là-bas,
Écoutent, recueillis, dans leur grave attitude,
Un mystère divin que l’homme n’entend pas.

Et lorsque par hasard une nuée errante
Assombrit dans son vol le lac silencieux,
On croirait voir la robe ou l’ombre transparente
D’un esprit qui voyage et passe dans les cieux.

(Baudelaire)

2 Réponses to “Incompatibilité (Baudelaire)”

  1. lara said

    Tu l’as mis en entier celui-ci !!
    Un poeme de jeunesse ( il avait 17 ans !) qui n’a pas le mordant baudelairien auquel on est habitué..Le poeme Elevation peut être rapproché de celui-ci

    Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
    Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
    Par delà le soleil, par delà les éthers,
    Par delà les confins des sphères étoilées,

    Mon esprit, tu te meus avec agilité,
    Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,
    Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde
    Avec une indicible et mâle volupté.

    Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides;
    Va te purifier dans l’air supérieur,
    Et bois, comme une pure et divine liqueur,
    Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

    (..)
    Voilà pour la petite histoire ..:-)

    • arbrealettres said

      oui je savais que c’tait une oeuvre de jeunesse, en fait je l’ai trouv sur le Net ce pome!

      il y a longtemps que j’ai prvu de lire Baudelaire je ne connais que les classiques je pense que a va me plaire (!) mais … toujours je reprends des livres dans les biblis que je dois rendre rapidement alors … peut-tre en vacances!!

      Merci pour … l’Elvation (((-:

      Christian 🙂

      ________________________________

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