Arbrealettres

Poésie

Le Mort Joyeux (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




Le Mort Joyeux

Dans une terre grasse et pleine d’escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde.

Je hais les testaments et je hais les tombeaux;
Plutôt que d’implorer une larme du monde,
Vivant, j’aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

O vers! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords,
Et dites-moi s’il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts!

(Charles Baudelaire)

Découvert ici: \ »Rouge Dessin\ »

3 Réponses to “Le Mort Joyeux (Charles Baudelaire)”

  1. Mireille Gaglio said

    Ce texte nous ferait presque oublier tout ce qui entoure la mort et nous la présente comme une période de repos pour « ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts ». Il remet le corps à sa juste place, l’enveloppe de l’âme, mais celle-ci est ailleurs et plus dans ce corps mort…

    Et ces pictogrammes sont une joyeuse illustration à ce texte qui a oublié d’être morbide!

    • arbrealettres said

      oui j’ai trouvé que c’était une bonne idée cette façon de « traduire » un poème… traduction universelle!
      merci de ton commentaire Mireille (-:

  2. (1) Léopard nonchalant
    ——————-

    C’est un vieux léopard, ce n’est pas un nigaud,
    Jamais il ne se perd en des pensées profondes ;
    Il s’offre quelquefois des tranches de gigot
    Avec un peu de vin qu’il propose à la ronde.

    Un sculpteur d’Italie veut orner son tombeau
    D’une belle statue de Sainte Cunégonde ;
    Mais lui préférerait le portrait d’un corbeau
    Ou bien, à la rigueur, d’une vestale blonde.

    Le cimetière est calme et serein sous les cieux,
    Béni chaque matin par un homme de Dieu,
    Un vénérable moine à la haute stature.

    Il veut faire la fête avant que d’être mort,
    Vider une bouteille et blaguer sans remords ;
    Telle est, du léopard, l’innocente nature.

    (2) Sire loup-coq
    ——————

    Le loup-coq, semble-t-il, se nourrit d’escargots,
    Et s’il n’en trouve aucun, que sa peine est profonde !
    Les plus gras sont cachés derrière les fagots,
    C’est, dit Pline l’Ancien, en ce lieu qu’ils abondent.

    Le loup-coq entreprend de bâtir son tombeau
    Qu’orneront, par milliers, des coquilles bien rondes,
    Les siennes, tout d’abord, puis celles des corbeaux
    Qui, pleins de bienveillance, à ses désirs répondent.

    Quand, sur ce monument, les freux ouvrent les yeux ,
    Ils ont un grand respect pour la beauté des lieux
    Dignes du fier loup-coq à la haute stature.

    Lui ne s’empresse point de rejoindre les morts,
    À tous ses compagnons, il survit sans remords,
    Vivre, plus que mourir, étant dans sa nature.

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