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Poésie

Archive for 5 décembre 2018

Si je pouvais tourner à mon doigt l’anneau brillant du temps (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018



Si je pouvais tourner à mon doigt
L’anneau brillant du temps,
Alors je rendrais présent
L’aujourd’hui d’autrefois.

***

If I could turn
Upon my finger the bright ring of time,
The now of then
I would bring back again.

(Kathleen Raine)

 

 

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Métamorphose marine (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018




Métamorphose marine :
Peu à peu l’amour enrobe
La graine du chagrin;
La douleur parfait sa perle
Toute une vie
Sous les vagues.

***

Sea-change:
The grain of pain
Love layer on layer enspheres;
Sorrow its gradual pearl
Perfects with life-long toil
Beneath the tides.

(Kathleen Raine)

 

 

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Plusieurs et un (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018




Plusieurs et un : dans la grande mémoire
Nous connaissons comme nous sommes connus,
Et toi et moi
Proches comme l’être à lui-même. Alors pourquoi,
Nous éveillant à un jour ignorant,
N’entendons-nous qu’en dormant
Ces douces voix d’îles qui nous font pleurer?

***

Many and one: in the great memory
We know as we are known,
And you and I
Near as being to itself Why then do we,
Waking to an ignorant day
Hear only in sleep
Sweet island voices that make us weep?

(Kathleen Raine)

 

 

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Il fut un temps (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018




Il fut un temps
Où chacun pour l’autre était un miroir,
Et moi en toi et toi en moi nous vîmes
Le Paradis perdu,
Chaque arbre, chaque oiseau si clair
Qu’il semblait retrouvé :
Nous ne devinions pas comme était loin
Du miroir du coeur l’astre réflété.

***

Time was
When each to other was a glass,
And I in you and you in me beheld
Lost Paradise,
With every tree and bird so clear
Regained it seemed:
We did not guess how far
From the heart’s mirror the reflected star.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Immense le domaine de l’amour (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018




Immense le domaine de l’amour :
Par delà ce que l’oeil saisit
De ma petite maison de vie
Les contrées de ton nouvel état m’entourent.

***

Great the domain of love:
Farther than eye can see
From my small house of life
Realms of your new state encompass me.

(Kathleen Raine)

Illustration: Jean Delville

 

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Oiseau étrange à travers mon ciel du soir (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018




Oiseau étrange à travers mon ciel du soir —
Qui te guide, âme qui passe,
Dans ce vol loin par delà
L’étoile évanescente de la terre?
Avec la certitude d’un désir sauvage
Tu suis ta route ailée sans trace
Au fond de la nuit sans rivage.

***

Strange bird across my evening sky —
Who, passing soul, your guide
On that far flight
Beyond earth’s dwindling star?
With certainty of strong desire
You wing your traceless way
Into harbourless night.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Anges oiseaux (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018




Anges oiseaux, véhicules célestes,
Ils meurent et renaissent — l’oiseau est poussière
Mais l’immortelle extase ailée poursuit sa route.

Voyageurs scintillants venus d’une autre dimension,
Dont le vol envoyé des cieux fait retour à la terre verte,
Quel filandre du désir se déroule pour guider
L’esprit qui monte et qui descend entre la tombe et le ciel ?

***

Bird angels, heavenly vehicles,
They die and are reborn — the bird is dust
But the deathless winged delight pursues its way.

Shining travellers from another dimension
Whose heaven-sent flight homes to the green earth,
What gossamer desire floats out to guide
Spirit ascending and descending between grave and sky ?

(Kathleen Raine)

Illustration: William Blake

 

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La présence (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018



La présence
(extrait)

Présente, éternellement présente présence,
Jamais tu n’as cessé d’être
Ici et maintenant en chaque maintenant et ici,
Et tu apportes encore
De ton trésor de couleur, de lumière,
De senteurs, de notes, le chant du merle dans le soir,
Si clair parmi les feuilles vertes et odorantes,
Comme au temps de l’enfance toujours nouveau, de nouveau.
Ma main qui écrit vieillit, mais moi aussi
Je répète uniquement et encore une fois
L’unique chant humain, du fond du souvenir
D’une joie, un mode
Que non moi mais la musique connaît
Qui nous forme, nous informe, fait entendre par nos voix
L’accord du ciel et de la terre, d’en haut et d’en bas, qui sont
Cette musique des sphères que Pythagore perçut.
Moi, vivante, comme le merle je fais entendre
Dans l’ignorance de ce qu’elle dit, la voix qui ne meurt pas.

(Kathleen Raine)

Illustration: Alexandre de Riquer

 

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Laisse entrer le vent (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018




Laisse entrer le vent
Laisse entrer la pluie
Laisse entrer la lande cette nuit,

L’orage bat contre ma vitre,
La nuit se dresse au pied de mon lit,
Laisse entrer la peur,
Laisse entrer la douleur,
Laisse entrer les arbres qui se tordent et gémissent,
Laisse entrer le nord cette nuit.

Laisse entrer la puissance sans nom et sans forme
Qui frappe à la porte,
Laisse entrer la glace, laisse entrer la neige,
La fée funeste qui hurle sur- la lande,
Le buisson de fougère sur la colline déserte,
Laisse entrer les morts cette nuit.

Le fantôme qui siffle derrière le muret de pierres,
Les morts qui pourrissent dans la fondrière,
Laisse entrer la foule des ancêtres,
Le désir inassouvi,
Laisse entrer le spectre du seigneur mort,
Laisse entrer les jamais nés cette nuit.

Laisse entrer
Laisse entrer
Laisse entrer
le froid,
l’humide,
la solitude,
les vivants,
les morts,
les ciels inhabités.

Oh comment les doigts vierges peuvent-ils tisser
Une couverture pour le vide ?
Mon coeur craintif concevoir
La gigantesque solitude ?
Une si petite maison contenir
Une assemblée si nombreuse ?
Laisse entrer les morts,
Laisse entrer l’obscurité,
Laisse entrer ton amour cette nuit.

Laisse entrer la neige qui engourdit la tombe,
Laisse entrer le chêne,
Le torrent de montagne et la pierre de montagne,
Laisse entrer la mer amère.

Craintif mon coeur vierge,
Frêle mon corps vierge,
Et dois-je alors avoir pitié
De la furie de l’orage
Qui s’est levé du grand abîme
Avant que la terre soit créée,
Qui verse des cataractes d’étoiles
Et secoue ce monde violent ?

Laisse entrer le feu,
Laisse entrer la puissance,
Laisse entrer la force envahissante.

Que doux soient mes doigts,
Mon coeur plein de pitié,
Puisque je dois lier dans une forme humaine
Une puissance de vie si grande,
Un grand élan de vie sauvage
Qui crie autour de ma maison
Avec tout le désir violent
Ne désirant que ma paix.

Plein de pitié mon coeur doit maintenir
Les étoiles solitaires au repos,
Avoir pitié du cri du corbeau,
Du torrent, des ailes de l’aigle,
De l’eau glacée du petit lac
Et du vent mordant.

Laisse entrer la blessure,
Laisse entrer la douleur,
Laisse entrer ton enfant cette nuit.

***

Let in the wind
Let in the rain
Let in the moors tonight,

The storm beats on my window-pane,
Night stands at my bed-foot,
Let in the fear,
Let in the pain,
Let in the trees that toss and groan,
Let in the north tonight.

Let in the nameless formless power
That beats upon my door,
Let in the ice, let in the snow,
The banshee howling on the moor,
The bracken-bush on the bleak hillside,
Let in the dead tonight.

The whistling ghost behind the dyke,
The dead that rot in mire,
Let in the thronging ancestors
The unfulfilled desire,
Let in the wraith of the dead earl,
Let in the unborn tonight.

Let in the cold,
Let in the wet,
Let in the loneliness,
Let in the quick,
Let in the dead,
Let in the un peopled skies.

Oh how can virgin fingers weave
A covering for the void,
How can my fearful heart conceive
Gigantic solitude ?
How can a house so small contain
.A company so great ?
Let in the dark,
Let in the dead,
Let in your love tonight.

Let in the snow that numbs the grave,
Let in the acorn-tree,
The moutain stream and mountain stone,
Let in the bitter sea.

Fearful is my virgin heart
And frail my virgin form,
And must I then take pity on
The raging of the storm
That rose up from the great abyss
Before the earth was made,
That pours the stars in cataracts
And shakes this violent world?

Let in the fire,
Let in the power,
Let in the invading might.

Gentle must my fingers be
And pitiful my heart
Since I must bind in human form
A living power so great,
A living impulse great and wild
That cries about my house
With all the violence of desire
Desiring this my peace.

Pitiful my heart must hold
The lonely stars at rest,
Have pity on the raven’s cry
The torrent and the eagle’s wing,
The icy water of the tarn
And on the biting blast.

Let in the wound,
Let in the pain,
Let in your child tonight.

(Kathleen Raine)

Illustration: William Blake

 

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