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Poésie

Archive for 11 décembre 2018

A MA MONTAGNE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018




    
A MA MONTAGNE

Puisque je dois aimer ton nord
d’obscurité, de froid et de douleur,
la neige, le vallon désert —
qu’il me soit donné d’en aimer l’essence,

la puissance des roches dures,
le flot assourdissant du vent
qui emporte au loin l’esprit
plus vite que le cours du sang.

La bruyère est âpre aux larmes
et les landes revêches
n’apaisent pas le visage enfoui
mais elles me font renaître :

oh, la douce odeur, et les ciels pourpres!

***

TO MY MOUNTAIN

Since I must love your north
of darkness, cold, and pain,
the show, the lonely glen,
let me love true Worth,

the strength of the hard rock,
the deafening stream of wind
that carries sense away
swifter ‘ban ‘rowing blood.

Heather is harsh to tears
and the rough moors
give the buried face no peace
but make me rise,

and oh, the sweet scent, and purple skies !

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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NOCTURNE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018




    
NOCTURNE

La nuit vient, un ange est là
qui mesure le temps des étoiles,
les vents sont immobiles, immobiles les heures.

La paix serait d’être étendu
immobile à travers les heures immobiles, aux pieds de l’ange,
sur une étoile en suspens dans le ciel étoilé
— mais le coeur bat à un autre rythme.

Chaque corps étendu, même dépourvu d’ailes,
fait naître et s’envoler un papillon de nuit
aux ailes délicates, aux yeux de pierrerie.

Certains sont jetés sur les rives du jour
et d’autres se perdent dans l’obscurité,
sous les vagues, au-delà du monde, là où affleurent
très loin les îles des élus.

***

NOCTURNE

Night tomes, an angel stands
measuring out the lime of stars,
stil/ are the winds, and still the hours.

It would be peace to lie
still in the still bours ai the angel’s feet,
upon a star bang in a starry sky,
but hearts another measure beat.

Each body, wingless as it lies,
sends out ils butter!!, of night
with delicate wings and jewelled eyes.

And some upon day’s shores are cast,
and some in darkness loti
in waves beyond the world, where float
somewhere the islands of the blest.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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NUIT A MARTINDALE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Deb Watson
    
NUIT A MARTINDALE

Ni par le bruissement de l’eau, la rumeur de l’air,
le grondement de l’orage, la menace des oiseaux, ni leurs cris :
ici l’ange parle, mais d’une voix humaine.

La pierre doit se faire chair, la parole
ciselée par nos murmures dans l’air éphémère

est la véritable expression du nuage,
de l’eau qui court, du vent qui souffle,
de la lune d’argent et du maigre genièvre.

La parole dit, l’eau court,
le rocher s’effrite, la fougère se flétrit, le vent souffle
le temps passe,
j’écris l’ordre du soleil : Aime, et le Non des étoiles.

***

NIGHT IN MARTINDALE

Not in the rustle of water, the air’s noise,
the roar of storm, the ominous birds, the cries —
the angel here speaks with a human voice.

Stone into man must groom, the humait word
carved by our whispers in the passing air

is the authentic utterance of cloud,
the speech of flowing water, blowing wind,
of silver moon and stunted juniper.

Words say, waters flow,
rocks weather, ferns wither, winds bloom, times go,
I write the sun’s Love, and the stars’ No.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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TU NON SE’ IN TERRA, SI COME TU CREDI… (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Agathe Bonnet
    
TU NON SE’ IN TERRA, SI COME TU CREDI…

Ce n’est pas sur terre, comme tu le crois,
que se dressent ces rochers qui détournent le vent :
à leur sommet il y a des anges.

Ce n’est pas de terre que ces eaux surgissent —
ni pour étancher la soif, mais l’extase,
que la cascade jaillit du ciel.

Ces nuages sans nom qui tournoient, tourbillonnent
autour de la montagne — ils sont le voile
qui tombera de sur ces yeux aveugles

le jour où dans le sol s’évanouiront les sens,
où temps et lieu disparaîtront avec le vent.

***

TU NON SE’ IN TERRA, SI COME TU CREDI…

Not upon earth, as you suppose
tower these rocks that turn the wind,
for on therr summits angels stand.

Nor from the earth there waters rite —
to quench not thirst, but ecstasy
the waterfall leaps from the sky.

Those nameless clouds that storm and swirl
about the mountain are the oeil
that from these sightless eyes shah/ fall

when sentes faint into the ground,
and time and place go down the wind.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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LA CHUTE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Jacob-Peter Gowi
    
LA CHUTE

C’est la chute, la chute éternelle
d’eau, de pierre, d’oiseaux blessés, le coeur blessé,
la cascade de la délivrance. Les anges tombent
comme des amants de l’azur, séparés,
et meurent de cette même mort qui nous achève tous.

Tombant dix millions d’années, nous nous jetons
dans les bras accueillants du temps;
notre vol nuptial doit finir dans la mort,
délivrance toujours recommencée
tandis que le mystique acharné„ retient son souffle.

La surface aux aguets de la mer vivante
toujours intacte, offre le sourire de l’amour,
là où le sang vivant se noie dans son extase,
régi par la nature qui fait bouger les montagnes,
se croyant délivré quand il est le moins libre.

Allons-nous sombrer, sombrer ensemble dans l’abîme?
Ici, sur le pic, neige et vent nous invitent
à tomber dans leurs gouffres.
La voie est tracée, inconnaissable la fin,
la mer nous emportera là où mènent courants et marées.

***

THE FALL

It is the fall, the eternal fall of water,
of rock, of wounded birds, and the wounded heart,
Me waterfall of freedom. Angels fall
like loyers from the azure, separate,
and die by that saine death that ends us ail.

Falling ten million years, we fling ourselves
again info the inviting arms of time;
our nuptial flight must end again in death
that serves for freedom time and lime again
while the hard labouring mystic holds his breath.

The watching surface of the living sea
ever intact, :miles with the face of love,
where living blood drowns in its ecstasy,
impelled by nature that can mountains move,
feeling most freedom when it least is free.

Shall we go down, shall ive go down together?
here on the mountain top, the wind and snow
urge us to fall, and go the way they go.
The way is clear, the end we shall not know,
the sea will carry us where tides run and currents flow.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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INVOCATION (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Auguste Clésinger
    
INVOCATION

Un poème s’approche,
un poème m’entoure,
le poème s’annonce,
le poème plane
au-dessus des brumes
et ondoie, esprit
que je veux voir s’incarner.
Que mon corps soit en sueur,
que des serpents mordent mon sein,
que mes yeux soient aveugles, sourdes mes oreilles,
tremblantes mes mains,
ma bouche asséchée, ma matrice arrachée,
mon ventre balafré, mon dos flagellé,
ma langue coupée en longes de cuir,
mes seins transpercés par la grêle,
ma tête tranchée,

si seulement les lèvres pouvaient parler,
et le dieu, venir.

***

INVOCATION

There is a poem on the way,
there is a poem all round me,
the poem is in the near future,
the poem is in the upper air
above the foggy atmosphere
it hovers, a spirit
that I would make incarnate.
Let my body sweat
let snakes torment my breast
my eyes be blind, ears deaf, bands distraught
mouth parched, uterus cul out,
belly slashed, back lashed,
tongue slivered into thongs of leather
rain stones inserted in my breasts,
head severed,

if only the lips may speak,
if only the god will corne.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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