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Poésie

Archive for 23 décembre 2018

Noël (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



Noël

Le ciel neige au fond du jour
deux dimanches dans la semaine
c’est trop au coeur au coeur en peine
deux dimanches et mes amours.

(Armand Lanoux)

Illustration: Raymond Peynet

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Les douze lutins (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



Jean-Marc Polizzi Le_Jongleur_et_le_Lutin-Etoile

Les douze lutins

Ils sont douze lutins
Dans ce joli village
De songe et de cristal
Derrière les montagnes

Trois qui frappent l’enclume
Et remplissent d’étoiles
La forge du grand gel

Trois qui font à l’enseigne
Du Rire de l’Hiver
De frais gâteaux de neige.

Trois qui tirent l’alêne
En secret dans la basse
Échoppe du sommeil

Trois autres qui allument
Leurs petites lanternes
Et n’attendent qu’un signe
Pour s’en aller sonner
Les cloches de Noël

(Paul-Alexis Robic)

Illustration: Jean-Marc Polizzi

 

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LES OIES INQUIETES (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



Illustration: Christiane Marette
    
LES OIES INQUIETES

Les oies qui traînent dans le bourg
Ainsi que des commères grasses
Colportant les potins du jour,
En troupeaux inquiets s’amassent.
Un gros jars qui marche devant
Allonge le cou dans la brume
Et frissonne au souffle du vent
De Noël qui gonfle ses plumes…

Noël ! Noël !
Est-ce au ciel
Neige folle
Qui dégringole,
Ou fin duvet d’oie
Qui vole.

Leur petit œil rond hébété
A beau s’ouvrir sans trop comprendre
Sur la très blanche immensité
D’où le bon Noël va descendre,
A la tournure du ciel froid,
Aux allures des gens qui causent,
Les oies sentent, pleines d’effroi,
Qu’il doit se passer quelque chose.

Les flocons pâles de Noël
– Papillons de l’Hiver qui trône –
Comme des présages cruels
S’agitent devant leur bec jaune,
Et, sous leur plume, un frisson court
Qui, jusque dans leur chair se coule.
L’heure n’est guère aux calembours,
Mais les oies ont la chair de poule.

Crrr !… De grands cris montent parmi
L’aube de Noël qui rougeoie
Comme une Saint-Barthélemy
Ensanglantée du sang des oies ;
Et, maintenant qu’aux poulaillers
Les hommes ont fini leurs crimes,
Les femmes sur leurs devanciers
Dépouillent les corps des victimes.

(Gaston Couté)

 

 

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L’écho de la lumière (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



L’écho de la lumière

Je suis le fils d’un homme
dont l’avenir est tombé

en ce temps-là
les enfants étaient des enfants
et la neige venait de loin pour Noël

c’était très simple
comme une provision de fautes
déjà pardonnées
c’était très sûr
comme le goût du pain, dit-on
en ce temps-là

et nos songes
dans les draps se courbaient
car la nuit, jamais
n’allait plus loin que jusqu’au bord du jour

***

Le mot
et le silence
que fait son ombre sur la page

les mots
qui tentaient les Rois
vers les Dieux

et la mort d’être la vie
pour toujours

(Yvon Le Men)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

 

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J’étreins la fée (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018




    
J’étreins la fée

J’étreins la fée, elle est mon outre-monde.
Sans elle ici, je ne serais qu’une ombre.

Je la chéris car elle est ma croyance
comme une sainte et qu’on ne peut prier.

Elle a surgi de mes contes d’enfance
pour venir vivre avec moi dans ma vie.

Elle est si belle et ses yeux m’illuminent
comme un sapin de Noël en été.

Je la contemple et ne demande rien.
Elle est le don, sa présence suffit.

Qu’elle me touche et fasse de mon corps
un crapaud noir, je la remercierais.

Je ne dis rien. Son silence est en moi,
en moi qui suis l’hôte de son étoile.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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L’ACCUEILLANTE MAISON (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



maison nuit

L’ACCUEILLANTE MAISON

Ici nous mettions en perce le baril de Noël,
Ranimions les tisons :
Ici nous entonnions les cantiques de Noël
Et nous convoquions les amis.

Les années m’ont usé depuis que s’amenaient
Tous ces jeunes, maintenant morts,
Au tout début de ces frairies
Et des refrains d’antan.

Et le ver a rongé la viole
Qui scandait la danse
Et la rouille a mangé le cadran
Qui sonnait la mi-nuit.

Maintenant nul voisin n’arrive à Noël
Et l’An nouveau naît sans flambée
Où nous chantions, la taupe creuse son couloir
Et l’araignée tisse sa toile.

Mais si je m’y promène à minuit
Quand la lune drape arbres et murs,
J’aperçois d’anciennes formes qui parlent
Et me sourient.

***

THE HOUSE OF HOSPITALITIES

Here we broached the Christmas barrel,
Pushed up the charred log-ends ;
Here we sang the Christmas carol,
And called in friends.

Time has tired me since we met here
When the folk now dead were young,
Since the viands were outset here
And quaint songs sung.

And the worm has bored the viol
That used to lead the tune,
Rust eaten out the dial
That struck night’s noon.

Now no Christmas brings in neighbours,
And the New Year comes unlit ;
Where we sang the mole now labours,
And spiders knit.

Yet at midnight if here walking,
When the moon sheets wall and tree,
I see forms of old time talking,
Who smile on me.

(Thomas Hardy)

 

 

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SOIR D’HIVER (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



 

SOIR D’HIVER

Les immeubles, le soir, font danser leurs carreaux
Dans des liqueurs d’orange où flottent des pépites
D’or et d’argent fondus en sanglots minéraux
Et changent le ciel noir en flocons qui palpitent.

Les gens emmitouflés, délivrés des bureaux,
Soufflant des halos blancs de froid, se précipitent
Vers les reflux venteux des bouches de métro
Et leurs pas sur l’asphalte, en cascade, crépitent.

Riant au ciel, plusieurs guirlandes vermillon
Ordonnent d’être heureux ce soir de réveillon :
Noël revient, avec ses douceurs de châtaignes.

Personne ne m’attend : mes souvenirs épars
Bercent des bonheurs morts ; vers le fleuve je pars
Marcher, jusqu’à l’heure où les lumières s’éteignent.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

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Il s’est endormi (Jean-Michel Maulpoix)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018




Il attend que passe un Noël
et fait le mort tout un hiver.
La neige chenue couvre ses épaules.
Des aiguilles de glace pendent à ses mains gélives.
Il a fermé les portes et les volets de liège,
calfeutré ses bourgeons.
Il s’est endormi,
un écureuil et deux hiboux
sur le coeur.

(Jean-Michel Maulpoix)

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POUR MON ENFANT FRAIS (Denise Jallais)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



POUR MON ENFANT FRAIS

Comme une petite pêche mûre
Tu vas tomber dans ma vie
Et je te cueillerai avec soin
Pour garder longtemps
Ton odeur de fruit
Et ta peau d’aurore
Tu dormiras
Tes cils sur ta joue
Comme de l’herbe marine
Et je te regarderai
Etonnée d’être à la fois
L’arbre
Et la terre (…)

Noël est plein de sapins
Les repas de famille
Sentent le gigot et l’ennui
Toi
Tu n’y comprends rien
Tu voudrais manger les bougies
Alors
Je te donne Bambi la biche
Et pour mieux t’endormir
Tu lui mords l’oreille

(Denise Jallais)

Illustration: Julia Pappas

 

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La pomme de terre (Gérard Bialestowski)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



patate-chaude

La pomme de terre

Quand il fait très froid
à Noël
quand ça exagèle
la pomme de terre
met sa robe décembre
et la tête sous la cendre
alors je me décide
je la pique au bide
je la croque au sel
je lui fais la peau
sans dire un mot
la pomme de s’taire
se mange en silence
même chichécho

(Gérard Bialestowski)

 

 

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