Arbrealettres

Poésie

Archive for décembre 2018

Laurence endormie (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Laurence endormie

Cette odeur sur les pieds de narcisse et de menthe,
Parce qu’ils ont foulé dans leur course légère
Fraîches écloses, les fleurs des nuits printanières,
Remplira tout mon cœur de ses vagues dormantes ;

Et peut-être très loin sur ses jambes polies,
Tremblant de la caresse encor de l’herbe haute,
Ce parfum végétal qui monte, lorsque j’ôte
Tes bas éclaboussés de rosée et de pluie ;

Jusqu’à cette rancœur du ventre pâle et lisse
Où l’ambre et la sueur divinement se mêlent
Aux pétales séchées au milieu des dentelles
Quand sur les pentes d’ombre inerte mes mains glissent,

Laurence… Jusqu’aux flux brûlants de ta poitrine,
Gonflée et toute crépitante de lumière
Hors de la fauve floraison des primevères
Où s’épuisent en vain ma bouche et mes narines,

Jusqu’à la senteur lourde de ta chevelure,
Éparse sur le sol comme une étoile blonde,
Où tu as répandu tous les parfums du monde
Pour assouvir enfin la soif qui me torture !

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration: Elina Brotherus

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Le poème (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Je nettoyais le poème
le coup est parti

(Werner Lambersy)

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Ah combien j’étais fou (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Ah combien j’étais fou, moi qui cherchais parfois
A te représenter : tu n’es pas de la terre,
Tu n’as pas nom humain, ton beau visage
Est le soleil épars sur les choses,
Ta voix est un frisson d’étoiles ;
Ou encore, quand s’ouvre le ciel, tu souffles
Une trop étrange parole.
Et pour cela jamais personne
Ne proclamera ta venue.
D’où vient, pourtant, que tu parles en mon cœur ?
Oh, puisque tu me parles, tu dois m’entendre ?
Si tu m’entends, je ne te demande qu’une grâce,
A toi mon errante et passagère compagne :
Celle de blasphémer ou de prier un dieu.

***

Ah quanto folle che cercai talvolta
D’affigurarti : tu non sei terrena
E non hai nome umano, il tuo bel volto
È il sole sparso sulle cose
Et la tua voce un fremito di stelle ;
O, fratto il cielo, soffi
Una favella troppo forestiera.
Per questo mai nessuno
Proclamerà il tuo avvento.
Donde, pure, che tu mi parli in cuore ?
O, dal momento che mi parli, m’odi ?
E se m’odi, una Bola grazia chiedo
A te, compagna errante e casuale :
Di bestemmiare o di pregare un dio.

(Tommaso Landolfi)

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Ecoutez cette voix (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018


voix

Ecoutez cette voix
qui traverse un temps étranger,
signe sourd d’une trace
et lumineuse écume.

On dirait
dans le lit du gel
un visage ancien qui vous parle

De la nuit millénaire,
voix écrite,
gorgée de silence.

(Lionel Ray)

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Dis-lui (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Dis-lui que les balcons ici sont fleuris,
Qu’elle se baignera dans des étangs sans fièvre,
Mais que je voudrais voir dans ses yeux assombris
Le sauvage secret qui se meurt sur ses lèvres,

L’énigme d’un regard de pure connaissance
Et qui brille parfois d’un fascinant éclair
Des grands initiés aux jeux de connaissance
Et des coureurs du large, sous les cieux déserts.

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration: Odilon Redon

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La girafe (Gilbert Delahaye)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



La girafe inventa le télégraphe,
l’antenne et la télévision
pour mieux savoir ce qui se passe
aux quatre coins de l’horizon.
Pour mieux entendre, pour mieux voir
sans périscope ni radar,
sans miradors, sans Tour Eiffel,
dans le sillage du soleil,
arriver le premier avion.

Oui, mais, oui, mais, comment fait-on
quand on est tout petit garçon
pour lui dire un mot à l’oreille?

(Gilbert Delahaye)


Illustration

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Simone, allons au verger (Rémy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Simone, allons au verger
Avec un panier d’osier.
Nous dirons à nos pommiers,
En entrant dans le verger :
Voici la saison des pommes.
Allons au verger, Simone,
Allons au verger.

Les pommiers sont plein de guêpes,
Car les pommes sont très mûres :
Il se fait un grand murmure
Autour du vieux doux-aux-vêpes.
Les pommiers sont pleins de pommes,
Allons au verger, Simone,
Allons au verger.

Nous cueillerons le calville,
Le pigeonnet et la reinette,
Et aussi des pommes à cidre
Dont la chair est un peu doucette.
Voici la saison des pommes,
Allons au verger, Simone,
Allons au verger.

Tu auras l’odeur des pommes
Sur ta robe et sur tes mains,
Et tes cheveux seront pleins
Du parfum doux de l’automne.
Les pommiers sont pleins de pommes,
Allons au verger, Simone,
Allons au verger.

Simone, tu seras mon verger
Et mon pommier de doux-aux-vêpes ;
Simone, écarte les guêpes
De ton coeur et de mon verger.
Voici la saison des guêpes,
Allons au verger, Simone,
Allons au verger.

(Rémy de Gourmont)

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Le feu sournois (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Le feu sournois

Je ne sais ni quand ni pourquoi
a pu s’infiltrer en mon âme
ce feu si sournois si sournois
que je n’en ai pas vu la flamme.

(Armand Lanoux)


Illustration: John William Waterhouse

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Querelle (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018




Querelle

Lorsque ma sœur et moi, dans les forêts profondes,
Nous avions déchiré nos pieds sur les cailloux,
En nous baisant au front tu nous appelais fous,
Après avoir maudit nos courses vagabondes.

Puis, comme un vent d’été confond les fraîches ondes
De deux petits ruisseaux sur un lit calme et doux,
Lorsque tu nous tenais tous deux sur tes genoux,
Tu mêlais en riant nos chevelures blondes.

Et pendant bien longtemps nous restions là blottis,
Heureux, et tu disais parfois : Ô chers petits,
Un jour vous serez grands, et moi je serai vieille !

Les jours se sont enfuis, d’un vol mystérieux,
Mais toujours la jeunesse éclatante et vermeille
Fleurit dans ton sourire et brille dans tes yeux.

(Théodore de Banville)

Illustration: Henry Cousinou

 

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Si peu console (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Laisser tomber tous ces symboles;
Si l’on souffre trop d’être humain,
Il faut chercher un peu plus loin:
Si peu console…

(Patrice de La Tour du Pin)

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