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Poésie

Archive for 7 janvier 2019

Atteindre (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2019




    
Atteindre, fût-ce d’en bas,
les points d’or de la voûte, atteindre
l’intarissable silence qui te construit.

Ne te retourne pas comme à l’appel
de la terre ultime, ouverte.

Pour la première fois, promise, la voici,
perceptible, souveraine, l’autre parole
qui, aussitôt, se dissipa.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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Lire la mémoire (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2019




    
Lire la mémoire aux volets fermés,
ses crimes, ses clés, ses caves,
le château des pluies,

Lire la prose des ombres, le babil
des abeilles, cette chose noire et douce,

Lire au soir le blason des nuages
lorsque l’eau se ride et que tu allonges
la main, tirant le fond noir du ciel.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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BLANCHEUR (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2019



    

BLANCHEUR

Il posa sa main sur la page
pour ne pas voir la feuille blanche.
Et il vit dessus sa main nue. Alors
il ferma aussi les deux yeux, et entendit
monter en lui, ensevelie,
la ténébreuse, l’indescriptible blancheur.

(Yannis Ritsos)

 

Recueil: La nuit dans le miroir et autres poèmes
Traduction: Dominique Grandmont
Editions: Gallimard

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Il y a maintes et maintes années, dans un royaume près de la mer (Edgar Allan Poe)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2019



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Il y a maintes et maintes années,
dans un royaume près de la mer,
vivait une jeune fille,
que vous pouvez connaître par son nom d’Annabel Lee,
et cette jeune fille ne vivait avec aucune autre pensée
que d’aimer et d’être aimée de moi.

J’étais un enfant, et elle était un enfant,
dans ce royaume près de la mer ;
mais nous nous aimions d’un amour qui était plus que de l’amour, —
moi et mon Annabel Lee ;
d’un amour que les séraphins ailés des Cieux
convoitaient à elle et à moi.

Et ce fut la raison qu’il y a longtemps,
— un vent souffla d’un nuage, glaçant
ma belle Annabel Lee ;
de sorte que ses proches de haute lignée vinrent
et me l’enlevèrent,
pour l’enfermer dans un sépulcre,
en ce royaume près de la mer.

Les anges, pas à moitié si heureux aux cieux,
vinrent, nous enviant, elle et moi.
Oui ! ce fut la raison (comme tous les hommes le savent
dans ce royaume près de la mer)
pourquoi le vent sortit du nuage la nuit,
glaçant et tuant mon Annabel Lee.

Mais, pour notre amour, il était plus fort de tout un monde
que l’amour de ceux plus âgés que nous ;
— de plusieurs de tout un monde plus sages que nous, —
et ni les anges là-haut dans les cieux, —
ni les démons sous la mer,
ne peuvent jamais disjoindre mon âme de l’âme
de la très belle Annabel Lee.

Car la lune jamais ne rayonne sans m’apporter des songes
de la belle Annabel Lee ;
et les étoiles jamais ne se lèvent que je ne sente les yeux brillants
de la belle Annabel Lee ;
et ainsi, toute l’heure de nuit, je repose à côté de ma chérie,
— de ma chérie, — ma vie et mon épouse,
dans ce sépulcre près de la mer,
dans sa tombe près de la bruyante mer.

***

Annabel Lee

It was many and many a year ago,
In a kingdom by the sea,
That a maiden there lived whom you may know
By the name of Annabel Lee;
And this maiden she lived with no other thought
Than to love and be loved by me.

I was a child and she was a child,
In this kingdom by the sea:
But we loved with a love that was more than love—
I and my Annabel Lee;
With a love that the winged seraphs of heaven
Coveted her and me.

And this was the reason that, long ago,
In this kingdom by the sea,
A wind blew out of a cloud, chilling
My beautiful Annabel Lee;
So that her highborn kinsman came
And bore her away from me,
To shut her up in a sepulchre
In this kingdom by the sea.

The angels, not half so happy in heaven,
Went envying her and me—
Yes!—that was the reason (as all men know,
In this kingdom by the sea)
That the wind came out of the cloud by night,
Chilling and killing my Annabel Lee.

But our love it was stronger by far than the love

Of those who were older than we—
Of many far wiser than we—
And neither the angels in heaven above,
Nor the demons down under the sea,
Can ever dissever my soul from the soul
Of the beautiful Annabel Lee:

For the moon never beams, without bringing me dreams
Of the beautiful Annabel Lee;
And the stars never rise, but I feel the bright eyes
Of the beautiful Annabel Lee;
And so, all the night-tide, I lie down by the side
Of my darling—my darling—my life and my bride,
In the sepulchre there by the sea,
In her tomb by the sounding sea.

(Edgar Allan Poe)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

Marissa Nadler:

 

 

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PRIVILÈGE (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2019



Illustration
    
PRIVILÈGE

Je ne comprends pas — dit-il — ces brusques secousses.
Pour m’oublier je regarde dans le petit miroir,
j’aperçois la fenêtre immobile, je vois le mur —
rien ne change, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du miroir.
Je laisse une fleur sur la chaise (le temps qu’elle se fane).
C’est ici que j’habite, à ce numéro, dans telle rue.
Quand soudain, ils me soulèvent (la chaise avec la fleur)
et cela recommence, par à-coups vers le bas, vers le haut, — je ne sais pas.
Heureusement que j’ai eu le temps de mettre le petit miroir dans ma poche.

(Yannis Ritsos)

 

Recueil: La nuit dans le miroir et autres poèmes
Traduction: Dominique Grandmont
Editions: Gallimard

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