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Poésie

Ce fut un clair après-midi, triste et songeur (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



Ce fut un clair après-midi, triste et songeur
après-midi d’été. Le lierre grimpait
sur le mur du parc, noir et poussiéreux…
La fontaine bruissait.

Ma clé grinça dans la vieille grille;
avec un bruit aigre s’ouvrit la porte
de fer moisi et, en se refermant, frappa
lourdement le silence de l’après-midi mort.

Dans le parc solitaire, la sonore
copla bouillonnante de l’eau chantante
me guida vers la fontaine. La fontaine versait
sur le marbre blanc sa monotonie.

La fontaine chantait : Frère, mon chant présent
te rappelle-t-il un songe lointain?
Ce fut un lent après-midi du lent été.
Je répondis à la fontaine :

— Adieu pour toujours, fontaine sonore,
éternelle chanteuse du parc endormi.
Adieu pour toujours; ta monotonie,
fontaine, est plus amère que ma peine.

Ma clé grinça dans la vieille grille;
avec un bruit aigre s’ouvrit la porte
de fer moisi et, en se refermant, résonna
lourdement dans le silence de l’après-midi mort.

(Antonio Machado)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

6 Réponses to “Ce fut un clair après-midi, triste et songeur (Antonio Machado)”

  1. Joli poème !
    Il me fait penser au fameux sonnet de Verlaine « Ayant poussé la porte étroite qui chancelle … », qui s’appelle je crois « après cinq ans » et qui fait partie des Poèmes Saturniens.
    Tout au moins c’est la même atmosphère entre les deux poèmes.

    • arbrealettres said

      ce que j’aime dans la poésie c’est qu’elle agit comme un résonateur, un Sésame qui nous ouvre d’autres portes vers autre chose et aussi en nous
      content de ton passage « chez moi » MB
      Tiens en cadeau lol!

      https://arbrealettres.wordpress.com/2013/09/09/apres-trois-ans-paul-verlaine/

      Après trois ans

      Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
      Je me suis promené dans le petit jardin
      Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
      Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.

      Rien n’a changé … J’ai tout revu : l’humble tonnelle
      De vigne folle avec les chaises de rotin …
      Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
      Et le vieux saule tremble sa plainte sempiternelle.

      Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
      Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
      Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

      Même j’ai retrouvé debout la Velléda,
      Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue
      – Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.

      (Paul Verlaine)

      • Merci pour cet utile rappel !
        Le poème de Machado me semble ceci dit un peu plus lyrique que celui de Verlaine … mais dans les deux il y a la fontaine, l’eau, la plainte, et la musicalité du vers …

        • arbrealettres said

          éternelles résonances au-delà du Temps et de l’Espace… le Poème change d’habits mais toujours le même au fond et toujours cette même puissance à faire ressentir 😉

  2. Lara said

    C’est écrit comme une histoire ./
    Je remarque que Machado parle beaucoup de mélancolie dans ses poèmes ( tout un paquet traduits dis donc, que tu as trouvé là !)

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