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Poésie

Archive for 24 mars 2019

LA LUMIÈRE TOMBÉE DE LA NUIT (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    
LA LUMIÈRE TOMBÉE DE LA NUIT

verse sphinge
tes larmes dans mon délire
pousse avec des fleurs dans mon attente
car le salut célèbre
le jaillissement du néant

verse sphinge
la paix de tes cheveux de pierre
dans mon sang enragé

je ne comprends plus la musique
de l’ultime abîme
j’ignore le sermon
du bras du lierre
mais je veux être à l’oiseau amoureux
qui entraîne les fillettes
ivres de mystère
je veux l’oiseau savant en amour
le seul qui soit libre

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Les aventures perdues
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Ypfilon

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À MOI PÈLERIN (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019



Illustration: Erin Hanson
    
À MOI PÈLERIN

Me voici de retour sur la place tranquille :
à ton balcon solitaire oscille
le drapeau de la fête déjà terminée.
— Réapparais, dis-je. Mais seul l’âge
qui aspire aux sortilèges est leurré par l’écho
des carrières de pierre à l’abandon.
Depuis quand l’invisible ne répond-il pas
quand j’appelle comme autrefois dans le silence!
Tu n’es plus ici, ton salut ne me parvient
plus, à moi le pèlerin. La joie ne se révèle
jamais deux fois. Et l’extrême lumière
cogne sur le pin qui rappelle la mer.
Même l’image des eaux est vaine.

Notre terre est loin, dans le sud,
chaude de larmes et de deuils. Là-bas,
des femmes, dans leurs châles noirs,
parlent à voix basse de la mort
sur le seuil des maisons.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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ON ENTEND ENCORE LA MER (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019



Illustration: Sabin Balasa
    
ON ENTEND ENCORE LA MER

Depuis plusieurs nuits déjà on entend encore la mer,
glisser en va-et-vient sur le sable fin.
Écho d’une voix enfermée dans l’esprit
qui remonte le temps, mais aussi cette
plainte assidue des mouettes : d’oiseaux
des tours peut-être, qu’avril
pousse vers la plaine. Par cette voix
déjà tu m’étais proche,
et je voudrais que te parvienne aussi,
à présent, un écho de mémoire de moi,
comme cet obscur murmure de la mer.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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THANATOS ATHÀNATOS (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019



Illustration: Patrick Dubrac
    
THANATOS ATHÀNATOS

Et nous devrons donc te renier, Dieu
des tumeurs, Dieu de la fleur vivante,
et commencer par un non à la pierre
obscure du « je suis », consentir à la mort
et sur chaque tombe écrire notre
seule certitude: « thànatos athànatos » ?
Sans un nom qui rappelle les rêves
les larmes les fureurs de cet homme
vaincu par les questions encore ouvertes ?
Notre dialogue change; l’absurde
est désormais possible. Là-bas,
par-delà la fumée du brouillard, dans les arbres
veille la puissance des feuilles,
le fleuve est réel qui se heurte contre les rives.
La vie n’est pas un songe. L’homme est réel
et ses pleurs aussi, jaloux du silence.
Dieu du silence, ouvre la solitude.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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ENNEMIE DE LA MORT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    
ENNEMIE DE LA MORT
à Rossana Sironi

Tu ne devais pas, ma bien-aimée,
arracher ton image à ce monde,
nous priver d’une mesure de beauté.
Ennemis de la mort, que ferons-nous
penchés sur tes pieds roses,
sur ton flanc mauve ?
Tu n’as laissé ni feuille ni mot
de ton dernier jour, ni même un non à toute chose
apparue sur la terre, un non au journal
monotone des hommes. L’ancre triste et
estivale de la lune a emporté
tes songes : collines arbres lumière
ténèbres et eaux; non pas des pensées
confuses, mais des songes véritables
retranchés à l’esprit déterminé qui
soudain arrêta le temps
pour toi, la lâcheté future. Désormais,
tu es sur le seuil des portes dures,
ennemie de la mort. — Qui hurle, qui hurle ?

Tu as tué la beauté en un clin d’oeil,
tu l’as frappée pour toujours, tu l’as lacérée
sans une plainte pour son ombre
folle qu’elle déploie sur nous. Tu ne nous suffisais pas,
beauté, solitude déliée.
Tu as déroulé un geste dans l’obscurité, tu as écrit
ton nom dans les airs ou ce non à tout
ce qui grouille ici et par-delà le vent.
Je sais ce que tu voulais dans ta robe neuve,
je connais la question qui nous revient vide.
Il n’y a pas de réponse pour nous, il n’y en a pas pour toi,
ni mousse ni fleurs, ma bien-aimée,
ennemie de la mort!

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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LE FAUX ET LE VRAI VERT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    

LE FAUX ET LE VRAI VERT

Tu ne m’attends plus avec le coeur vil
de l’horloge. Qu’importe si tu ouvres
ou fixes la désolation : il reste les heures épineuses,
dénudées, avec les feuilles qui soudain
cognent contre les vitres de ta
fenêtre, haute sur deux allées de nuages.
Il me reste la lenteur d’un sourire,
le ciel sombre d’une robe, un velours
couleur rouille enroulé sur tes cheveux
et déployé sur tes épaules et ton visage
noyé dans une eau à peine mouvante.

Coups de feuilles d’un jaune rugueux,
oiseaux de suie. D’autres feuilles
craquèlent les branches et déjà s’élancent,
enchevêtrées : le faux et le vrai vert
de l’avril, ce rictus moqueur
à la sûre fleuraison. Mais tu ne fleuris plus
tu n’ajoutes plus les jours ni les songes qui s’élèvent
de notre au-delà, tu n’as plus tes yeux
d’enfant, tu n’as plus tes mains tendres
pour chercher mon visage qui me fuit ?
Reste la pudeur d’écrire des vers
de journal ou de pousser un cri dans le vide
ou dans ce coeur incroyable encore
en butte avec son temps exhaussé.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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PRÈS D’UNE TOUR SARRASINE, POUR MON FRÈRE DISPARU (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    
PRÈS D’UNE TOUR SARRASINE, POUR MON FRÈRE DISPARU

J’habitais un clair
coquillage de mer
et dans le lointain j’entendais croître les coeurs
de mon âge battant
avec le mien. Coeurs de dieux ou de bêtes, craintives
ou diaboliques : fables contraires à
l’esprit. Les étaux attentifs
des pièges obscurs
pour renards loups et hyènes,
sous la lune au voile lacéré
se déclenchèrent peut-être pour nous,
coeurs de violettes délicates, coeurs
de fleurs hérissées. Oh ! nous ne devions pas naître
et descendre du son : le sombre tonnerre
dans l’arc-en-ciel d’air et de pierre
grondait à l’oreille de la mer une
enfance erronée, héritage de songes
à rebours, à la terre de mesures
abstraites, où chaque chose
est plus forte que l’homme.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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Crépuscule au bord des fenêtres (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    
Crépuscule au bord
des fenêtres, fleurs
fidèles, corolles
chaleureuses, puis la nuit

avec ses légendes, ses
miroirs sous l’obscurité,
la nuit refermée sur
les gestes humains,

la nuit paisible — et
la gourmandise du silence
lorsqu’un chat, avec
sa tiédeur, se glisse
contre toi pour
réparer le monde.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quelquefois la forêt (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019



 

    

Quelquefois la forêt,
comme un corps fragile,
te demande d’ouvrir
en grand ta fenêtre,

tu obéis, avec la
complicité du jardin,
tu lui dis d’approcher,
qu’elle peut compter

sur ta joie où vibrent
encore des oiseaux que
l’âge n’a pas obscurcis

et qui planent dans
ta mémoire comme
les grandes mains
d’un crépuscule
sans blessures.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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Comme nous parlons peu dans le noir (Geoffrey Squires)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    
Comme nous parlons peu dans le noir
presque comme si nous avions peur
ou que cela voulait trop dire était trop important
ou que quelqu’un nous écoutait
comme si nous pouvions être entendus

***

was too significant
How little we speak in the dark
almost as if we were afraid
or that it meant too much
or that someone was listening
as if we could be heard

(Geoffrey Squires)

 

Recueil: SANS TITRE
Traduction: François Heusbourg
Editions: Unes

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