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Poésie

Archive for 7 mai 2019

Moi, je vis la vie à côté (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



 

Moi, je vis la vie à côté

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal coté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête,
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal :
Des roses, des roses, des roses !

(Charles Cros)

Illustration: Berit Kruger Johnsen

 

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Mon ventre est la force ultime (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



 

Elena Kalis  underwtaer-photography-elena-kalis-3

Mon ventre est la force ultime
où j’oublie l’homme pour le dieu et l’unité pour la trinité
dans une nuit réminiscence unique de paradis
Et très haut fleuve confondit dans fleuve
Flux double vers le collectif océan pour la triomphale mort.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Elena Kalis

 

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Méditation grisâtre (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Méditation grisâtre

Sous le ciel pluvieux noyé de brumes sales,
Devant l’Océan blême, assis sur un îlot,
Seul, loin de tout, je songe, au clapotis du flot,
Dans le concert hurlant des mourantes rafales.

Crinière échevelée ainsi que des cavales,
Les vagues se tordant arrivent au galop
Et croulent à mes pieds avec de longs sanglots
Qu’emporte la tourmente aux haleines brutales.

Partout le grand ciel gris, le brouillard et la mer,
Rien que l’affolement des vents balayant l’air.
Plus d’heures, plus d’humains, et solitaire, morne,

Je reste là, perdu dans l’horizon lointain
Et songe que l’Espace est sans borne, sans borne,
Et que le Temps n’aura jamais… jamais de fin.

(Jules Laforgue)

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Nuit lasse de ton destin de nuit (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo e5_o

Nuit lasse de ton destin de nuit et vieille de ce qu’il advient chaque nuit dans la nuit
tu es sevrée car l’homme est debout au soleil et dormant à ta face

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Choses (Guilllevic)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



armoire

 

L’armoire était de chêne
Et n’était pas ouverte.

Peut-être il en serait tombé des morts,
Peut-être il en serait tombé du pain.

Beaucoup de morts.
Beaucoup de pain.

(Guilllevic)

 

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A la Rochecourbière (Michael Edwards)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019


caponigro.stone.voices

A la Rochecourbière

L’air écoute:
Nul bruit ne l’amuse.

Un soleil blanchi
Sur un ciel dénudé.

La distance fait
Trembler les champs.

Nous marchons sur un sol
Sec, et percevons

Ou croyons percevoir

La voix des pierres:
Silence des oiseaux.

***

At La Rochecourbière

An alertness of air
No sound impedes.

A whitened sun
On the naked sky.

Distance disturbs
Trembling fields.

We step on the dry
Earth an hear

Or strain to hear
The voice of stone,

The silence of birds.

(Michael Edwards)

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Mirage (Tahar Djaout)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



cheval

regarde,
à l’horizon où s’éteignait les collines,
le cheval
son rire bruyant,
sa chevelure-oriflamme.

il gambade
dans les prairies de la mémoire,
comme un rêve longtemps reclus
qui trouve enfin la nuit propice.

(Tahar Djaout)

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Veillée d’Avril (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Veillée d’Avril

Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.
Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,
Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves
Je tords mon cceur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or

Et voilà qu’à songer, me revient un accord,
Un air bête d’antan, et,sans bruit tu te lèves
O menuet, toujours plus gai, des heures brèves
Où j’étais simple et pur, et doux, croyant encor.

Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie
D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,
Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,
Écoutant vaguement dans la nuit solitaire
Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.

(Jules Laforgue)

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