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Poésie

Archive for 23 juillet 2019

En regardant (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019




    
En regardant — la mer — le mur
— je vois une phrase, une danse, un cercle.

En regardant le ciel,
le ciel grand, nu, élargit tous mes muscles.

Je le regarde de tout mon corps.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je suis comme monté par un cavalier sans visage (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019



Illustration: Igor Morski 
    
Je suis comme monté par un cavalier
Sans visage
– il me presse contre mes actes –
Il me bat et me retient, il me fouaille d’événements.
Il me brise aux obstacles
Il change de nom, m’arrête à me briser –
II se moque de mes forces,
Il impose le désordre
Il abuse de mon souffle
Il écrase mon coeur dans sa main
Je ne puis rejoindre sa volonté
Il me chevauche comme un fou
Je tremble et je cours
Je ne puis me retourner pour le voir
— Je ne puis achever de le voir.
Il échappe aux mouvements de mon intelligence

Oh ! Change d’homme…

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sky (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019




    
Sky

Il se cache dans sa lumière.
Je suis enfermé dans
une sphère d’illumination.

Je ne sais rien au-delà de ce qui est clair.
Cette transparence me borne,
et toute vue fait un voile.

Tout ce qui se peut voir
jusqu’à l’infini parallèle

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ces hirondelles (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019



Illustration: Sonia Mandel
    
Ces hirondelles se meuvent comme un son meurt.
Si haut vole l’oiseau que le regard monte
s’élève
à la source des larmes.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Jeunesse, tu peux écouter la pluie (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019



Illustration: Corrie White (extraordinaires images de gouttes’)
    
Jeunesse, tu peux écouter la pluie.
L’écouter elle-même…
Elle ne te rappelle rien.

Mais puis !
Chaque goutte te rouvre.
Chacune n’est plus un bruit

— c’est quelqu’un, une époque, un souci.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Une pendule fée (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019




    
Une pendule fée ;
et toutes fois que l’on écoute le toc du balancier,
elle s’arrête, elle ne peut marcher
que dans ma demi-conscience,
non écoutée, non regardée.

Et une autre qui ne travaille que sous ma garde.
Si je m’en désintéresse
et ne la soutienne de ma présence,
— de ma prière,
— elle s’arrête net

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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S’endormir (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019



Illustration: F.A. Moore
    
S’endormir

L’homme qui s’endort, s’abandonne, se fie à quelque chose;
se remet aux choses, et à son corps, première chose ;
s’adapte en dedans,
s’adapte à n’être pas et,
comme il s’adaptait à être,
à se séparer.

Le voici qui s’assimile à ce qui existe de plus stable,
au plus petit potentiel compatible avec la vie,
— à l’état où on ne soit pas encore;
renonce à ce qui est à quelque distance ;
se retire, obéit;
immole le réel, devient tout réel,
consent à n’être que soi-même ;

change d’espèce.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Maintenant je ne sens plus la présence (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019



Illustration: Laurent Fièvre
    
« Maintenant je ne sens plus la présence –
Tout donne sur le vide,
— sur le Moi…
Le Moi est le vide. Il se fait horreur.

Sitôt qu’on ne le confond plus avec les pensées,
on le sent, il se sent, indéfini et pourtant fermé.

Comme le ciel dans ces directions où il n’y a pas d’astres.
Fermé, puisqu’il est le même à quelle profondeur qu’on le pénètre ;
indéfini car rien n’empêche, ne marque le mouvement, mais ce mouvement est nul. »

« Ne m’abandonne pas. »

(Paul Valéry)

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pauvre Âme (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019



Illustration: Edvard Munch
    
Pauvre Âme, dit l’Esprit,
je suis triste avec toi, et même bien plus que toi,
— car moi, dont ce n’est pas le métier,
quand je m’émeus et je m’affecte, je sais pourquoi;
et mon désespoir est encore lumière.

Que tu as cette chance de te lamenter dans tes ténèbres,
où tu ne vois pas s’il y a, ou s’il n’y a pas, de quoi espérer toujours.

Tu veux, ô immédiate,
tu veux qu’elle t’aime comme tu l’aimes.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quand tu seras vieille et grise (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019



Illustration: Paula Modersohn-Becker
    
Quand tu seras vieille et grise et pleine de sommeil,
Quand, ta tête inclinée près du feu, tu prendras ce livre,
Et lentement, liras et reverras le doux regard
De tes yeux d’autrefois, et de leurs ombres profondes.

Combien ont aimé tes moments de joie prodigue,
Et aimèrent ta beauté d’un amour sincère ou faux,
Mais un seul aima l’âme du pèlerin en toi,
Et aima les défaites de ton visage changeant ;

Et quand courbée sur la hampe incandescente,
Tu murmureras comment l’amour te quitta
Comment il s’envola au-dessus des montagnes
Et cacha son visage dans un amas d’étoiles.

***

When you are old and grey and full of sleep,
And nodding by the fire, take down this book,
And slowly read and dream of the soft look
Your eyes had once, and of their shadows deep;

How many loved your moments of glad grace,
And loved your beauty with love false or true,
But one man loved the pilgrim soul in you,
And loved the sorrows of your changing face;

And bending down beside the glowing bars,
Murmur, a little sadly, how love fled
And paced upon the mountains overhead
And hid his face amid a crowd of stars.

(William Butler Yeats)

 

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