Arbrealettres

Poésie

Clair de lune (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



 

Clair de lune

Penser qu’on vivra jamais dans cet astre,
Parfois me flanque un coup dans l’épigastre.

Ah ! tout pour toi, Lune, quand tu t’avances
Aux soirs d’août par les féeries du silence !

Et quand tu roules, démâtée, au large
A travers les brisants noirs des nuages !

Oh ! monter, perdu, m’étancher à même
Ta vasque de béatifiants baptêmes !

Astre atteint de cécité, fatal phare
Des vols migrateurs des plaintifs Icares !

Oeil stérile comme le suicide,
Nous sommes le congrès des las, préside ;

Crâne glacé, raille les calvities
De nos incurables bureaucraties ;

O pilule des léthargies finales,
Infuse-toi dans nos durs encéphales !

O Diane à la chlamyde très-dorique,
L’Amour cuve, prend ton carquois et pique

Ah ! d’un trait inoculant l’être aptère,
Les coeurs de bonne volonté sur terre !

Astre lavé par d’inouïs déluges,
Qu’un de tes chastes rayons fébrifuges,

Ce soir, pour inonder mes draps, dévie,
Que je m’y lave les mains de la vie !

(Jules Laforgue)

Illustration: Caroline Duvivier

 

3 Réponses vers “Clair de lune (Jules Laforgue)”

  1. A reblogué ceci sur Maître Renard.

  2. Chien sous la lune
    ———-

    Marchant sous un nuage et sous la lune basse,
    J’entends autour de moi les rumeurs de la nuit ;
    L’étoile du Berger devers le Ponant luit,
    Je savoure à loisir le goût du temps qui passe.

    Nuage et lune sont des êtres peu loquaces,
    Je découvre une piste et, pour voir, je la suis ;
    Car c’est souvent ainsi que j’échappe à l’ennui,
    Mais je n’attrape rien, n’étant point un rapace.

    Qui dira les beautés de ce trottoir lunaire ?
    Je ne saurais trouver de meilleur luminaire,
    La surface éclairée devient une oeuvre d’art.

    Aloysius m’observe en prenant quelques notes,
    Je lui lèche la main, c’est un de mes vieux potes,
    C’est un faiseur de vers, ce n’est pas un soudard.

    • Minuit chez vous
      —————–

      La lune au ciel fait la grimace
      À tous les voyageurs qui passent :
      Car elle préfère les nuits
      Où sur un désert elle luit.

      Le grillon sommeille en la cendre
      En rêvant à son amie tendre ;
      Il n’ôte point son habit noir
      Pour s’endormir, quand vient le soir.

      Le chien guide les argousins
      Car il croît être leur cousin,
      Précédant leur troupe légère
      Tout au long des trottoirs lunaires.

      On n’entend plus le Jacquemart,
      Il est caché dans son plumard ;
      Et pour une épouse qu’il aime,
      Il a composé ce poème.

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