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Poésie

Archive for 9 septembre 2019

Les dés éternels (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019




    
Les dés éternels
Pour Manuel Gonzalez Prada

Mon Dieu, je pleure sur l’être que je vis
je regrette d’avoir pris ton pain;
mais la pauvre boue pensive que je suis
n’est pas croûte fermentée dans ton flanc :
toi tu n’as pas de Maries qui s’en vont!

Mon Dieu, si tu avais été un homme,
aujourd’hui tu saurais être Dieu;
mais toi, qui as toujours été bien,
tu ne sens rien de ta création.
En fait l’homme te souffre : le Dieu c’est lui!

Aujourd’hui que dans mes yeux sorciers luisent des chandelles,
comme dans ceux d’un damné,
mon Dieu, tu vas allumer tous tes cierges,
et nous jouerons avec le vieux dé…
Peut-être que, oh joueur! sortant le chiffre
de l’univers entier
surgiront les cernes de la Mort,
comme deux funèbres as de boue.

Mon Dieu, en cette nuit sourde, obscure,
tu ne pourras plus jouer, car la Terre
est un dé rongé et désormais rond
à force de rouler à l’aventure,
qui ne peut s’arrêter que dans un trou,
le trou d’une immense sépulture.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Comme une maison noire (Gilbert Vautrin)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019




    
comme une maison noire
à l’intérieur de la lumière
un corbeau tremble

puis un autre

toujours le même

c’est ainsi qu’elle parlait…

(Gilbert Vautrin)

 

Recueil: Anges et Corbeau
Traduction:
Editions: Phoenix AEncrages & Co

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Regarde (Gilbert Vautrin)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    

regarde

niais regarde loin
plus loin que le coeur

il se peut dans l’ombre
qu’un seul mot
suffise à l’oubli

oh mais qui nous emporte
si faiblement
est-ce la neige

si doucement…

(Gilbert Vautrin)

 

Recueil: Anges et Corbeau
Traduction:
Editions: Phoenix AEncrages & Co

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Parce que les visages jamais ne reviennent (Gilbert Vautrin)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019




    
parce que les visages
jamais ne reviennent

comment dire
le bruit des jours
le flux et le reflux
toutes ces vies d’amour
hurlées
déchirées dans l’urgence
murmurées

parce que les visages
jamais ne reviennent…

(Gilbert Vautrin)

 

Recueil: Anges et Corbeau
Traduction:
Editions: Phoenix AEncrages & Co

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Mon chien me revigore toute (Clarice Lispector)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019



Illustration: Mary Cassatt
    
Mon chien me revigore toute.
Sans parler qu’il dort parfois à mes pieds
en emplissant la chambre
de sa chaude vie humide.

Mon chien m’apprend à vivre.
Il est seulement « étant ».
« Être » est son activité.
Et être est ma plus profonde intimité.

Quand il s’endort sur mes genoux,
je veille sur lui et sa respiration bien rythmée.
Et – lui immobile sur mes genoux –
nous formons un seul tout organique,
une vivante statue muette.

(Clarice Lispector)

 

Recueil: Un souffle de vie
Traduction: Jacques Thiériot & Teresa Thiériot
Editions: Des femmes

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Je veux écrire un mouvement pur (Clarice Lispector)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019



Illustration: Odilon Redon
    
Je veux écrire un mouvement pur

Ceci n’est pas une lamentation, c’est un cri d’oiseau de proie.
Un oiseau irisé et inquiet.
Le baiser sur le visage de la mort.

J’écris comme si cela devait permettre de sauver la vie de quelqu’un.
Probablement ma propre vie.
Vivre est une sorte de folie que commet la mort.
Vivent les morts parce que nous vivons en eux.

Soudain les choses n’ont plus besoin d’avoir un sens.
je me satisfais d’être.
Tu es ?
Je suis sûr que oui.

Le non sens des choses me procure un sourire de complaisance.
Certainement tout doit être en train d’être ce qui est.

(Clarice Lispector)

 

Recueil: Un souffle de vie
Traduction: Jacques Thiériot & Teresa Thiériot
Editions: Des femmes

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Tête baissée (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019



 

Carl Larsson plowing(1)

Tête baissée

Une ferme un moulin une ferme
un moulin
La terre tourne dans le silence
et quelqu’un vit
et marche
et pense
Une ferme et la fumée bleue d’une cigarette
Un moulin et des yeux qui se ferment
Toutes les routes du monde
et les fleuves qui chantent
et ce ciel bleu de ciel
bleu bleu bleu
Il n’y a qu’à tourner la tête
Un moulin la terre tourne
les grands arbres tracent des ombres
Il pleut
le soir tombe
tous les jours de la terre
et la nuit qui étrangle
la nuit noire comme l’encre
et comme le sommeil

(Philippe Soupault)

Illustration: Carl Larsson

 

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Partir, c’est mourir un peu (Edmond Haraucourt)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019



 

Partir, c’est mourir un peu,
C’est mourir à ce qu’on aime :
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu.

C’est toujours le deuil d’un vœu,
Le dernier vers d’un poème ;
Partir, c’est mourir un peu.

Et l’on part, et c’est un jeu,
Et jusqu’à l’adieu suprême
C’est son âme que l’on sème,
Que l’on sème à chaque adieu…
Partir, c’est mourir un peu.

(Edmond Haraucourt)

Illustration: Ryszard Miłek

 

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Trouvons le système (Cristina Silori)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019



 

Antonio Nunziante 1956  Italy L'attesa

Trouvons le système
avant que le système ne nous trouve.

(Cristina Silori)

Illustration: Antonio Nunziante

 

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Je ne sais pourquoi une phrase tourna dans ma tête (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019




Je ne sais pourquoi une phrase tourna dans ma tête.
Elle faisait un bruit d’insecte.
Elle insistait. Quelle sale mouche !
Cela dura deux jours.
Je pris un crayon et je l’écrivis.
Alors quelque chose que je ne reconnus pas éclata.

(Philippe Soupault)

Illustration: Irina Kotova

 

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