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Poésie

Archive for 23 décembre 2019

Où trouver une cloche (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Où trouver une cloche
qui tintera au fond de tes rêves?

(Pablo Neruda)


Illustration

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Encore un souvenir (Halina Poswiatowska)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



 

egypte-medecine [1280x768]

encore un souvenir
je viens d’écrire un mot
je suis plus vieille d’un mot
de deux
de trois
d’un poème

plus vieille – qu’est-ce que cela veut dire

dans l’abstraction qu’on appela histoire
m’a été assigné un espace étroit
d’ici – jusque-là

je grandis

dans l’abstraction qu’on appela économie
il m’a été ordonné de vivre

dans l’abstraction qu’on appela temps –

j’avance
je me perds
et poursuis mon errance

au Metropolitan Museum
dans la galerie des sculptures égyptiennes
la pierre sourit avec des lèvres de femme

(Halina Poswiatowska)

Découvert chez Lara ici
 

 

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Je ne t’aime pas telle une rose de sel (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Je ne t’aime pas telle une rose de sel,
topaze, oeillets en flèche et propageant le feu :
comme on aime de certaines choses obscures,
c’est entre l’ombre et l’âme, en secret, que je t’aime.

Je t’aime comme la plante qui ne fleurit,
qui porte en soi, cachée, la clarté de ces fleurs,
et grâce à ton amour vit obscur en mon corps
le parfum rassemblé qui monta de la terre.

Je t’aime sans savoir comment, ni quand, ni d’où,
je t’aime sans détour, sans orgueil, sans problèmes :
je t’aime ainsi, je ne sais aimer autrement,

Je t’aime ainsi, sans que je sois, sans que tu sois,
si près que ta main sur ma poitrine est à moi,
et si près que tes yeux se ferment quand je dors.

***

No te amo como si fueras rosa de sal, topacio
o flecha de claveles que propagan el fuego :
te amo como se aman ciertas cosas oscuras,
secretamente, entre la sombra y el alma.

Te amo como la planta que no florece y lleva
dentro de sí, escondida, la luz de aquellas flores,
y gracias a tu amor vive oscuro en mi cuerpo
el apretado aroma que ascendió de la tierra.

Te amo sin saber cómo, ni cuándo, ni de dónde,
te amo directamente sin problemas ni orgullo :
así te amo porque no sé amar de otra manera,

sino así de este modo en que no soy ni eres,
tan cerca que tu mano sobre mi pecho es mía,
tan cerca que se cierran tus ojos con mi sueño.

(Pablo Neruda)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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UNE IMAGE (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



UNE IMAGE

Au cœur du coeur
de la rose des univers
enroulés sur eux-mêmes
un coeur (si détaché
qu’il ressemble au sommeil
ou à l’absence) semble battre
le rassemblement des mondes
d’un battement si faible
qu’il est attentivement égal
au silence.

Absorbé par un violent
amour
ou détachement.

(Jean Mambrino)


Illustration

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Tu arrives du Sud avec ses maisons pauvres (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Tu arrives du Sud avec ses maisons pauvres,
dures régions du froid, du tremblement de terre
qui, même quand leurs dieux roulèrent dans la mort,
ont donné la leçon de la vie dans la glaise.
Tu es un poulain de glaise noire, un baiser
de boue sombre, amour, coquelicot de glaise,
ramier du crépuscule éployé sur les routes,
tirelire à chagrin de notre pauvre enfance.
Fille, tu as conservé ton coeur de pauvresse
et tes pieds de pauvresse habitués aux cailloux,
ta bouche qui n’eut pas toujours pain ou délice.
Tu es du pauvre Sud, d’où est venue mon âme :
dans son ciel ta mère lave toujours du linge
avec la mienne. Amie, ainsi t’ai-je choisie.

***

Vienes de la pobreza de las casas del Sur,
de las regiones duras con frío y terremoto
que cuando hasta sus dioses rodaron a la muerte
nos dieron la lección de la vida en la greda.
Eres un caballito de greda negra, un beso
de barro oscuro, amor, amapola de greda,
paloma del crepúsculo que voló en los caminos,
alcancía con lágrimas de nuestra pobre infancia.
Muchacha, has conservado tu corazón de pobre,
tus pies de pobre acostumbrados a las piedras,
tu boca que no siempre tuvo pan o delicia.
Eres del pobre Sur, de donde viene mi alma
en su cielo tu madre sigue lavando ropa
con mi madre. Por eso te escogí, compañera.

(Pablo Neruda)

Illustration: Jean-Pierre Augier

 

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Oh amour, rayon fou, oh menace de pourpre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Oh amour, rayon fou, oh menace de pourpre
tu viens me voir, grimpant par ton frais escalier
au château que le temps a couronné de brumes,
à mon coeur enfermé dans ses pâles murailles.
Personne ne saura que la seule douceur
fit peu à peu des cristaux durs comme des villes,
que le sang a ouvert d’infortunés tunnels
sans que sa monarchie ait surmonté l’hiver.
C’est pour cela, amour, que ta bouche, ta peau,
ta lumière et tes peines sont le patrimoine
vivant, dons sacrés de la pluie, de la nature
dont l’accueil fait lever la promesse du grain,
la tempête du vin secrète dans les caves,
le flamboiement souterrain de la céréale.

***

Oh amor, oh rayo loco y amenaza purpúrea,
me visitas y subes por tu fresca escalera
el castillo que el tiempo coronó de neblinas,
las pálidas paredes del corazón cerrado.
Nadie sabrá que sólo fue la delicadeza
construyendo cristales duros como ciudades
y que la sangre abría túneles desdichados
sin que su monarquía derribara el invierno.
Por eso, amor, tu boca, tu pie, tu luz, tus penas,
fueron el patrimonio de la vida, los dones
sagrados de la lluvia, de la naturaleza
que recibe y levanta la gravidez del grano,
la tempestad secreta del vino en las bodegas,
la llamarada del cereal en el suelo.

(Pablo Neruda)

Illustration: René Julien

 

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Cher coeur, reine du céleri et de la huche (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Cher coeur, reine du céleri et de la huche,
petite panthère du fil et de l’oignon,
que j’aime voir briller ton minuscule empire,
les armes de la cire et de l’huile et du vin,
de l’ail, et de ce sol que tes mains ont ouvert,
de la substance bleue qu’elles ont allumée,
de la transmigration du songe à la salade,
du serpent enroulé du tuyau d’arrosage.
De ta faucille tu soulèves les senteurs,
je te vois présider au savon dans la mousse,
tu gravis mes échelles et mes escaliers fous,
et tu découvres dans le sable du cahier,
fouillant les symptômes de ma calligraphie
les lettres égarées qui ont cherché ta bouche.

***

Corazón mío, reina del apio y de la artesa :
pequeña leoparda del hilo y la cebolla :
me gusta ver brillar tu imperio diminuto,
las armas de la cera, del vino, del aceite,
del ajo, de la tierra por tus manos abierta,
de la substancia azul encendida en tus manos,
de la transmigración del sueño a la ensalada,
del reptil enrollado en la manguera.
Tú, con tu podadora levantando el perfume,
tú, con la dirección del jabón en la espuma,
tú, subiendo mis locas escalas y escaleras,
tú, manejando el síntoma de mi caligrafía
y encontrando en la arena del cuaderno
las letras extraviadas que buscaban tu boca.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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La jeunesse (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



La jeunesse
(Ainsi te paraissait)
Requiert un lien ardent •
Mais tant de jours passaient
Où j’étais avec toi • serein et constant.

Tu parlais !
Je m’en effraie un peu •
Comment ! – peut donc produire
Tant de hâte et de feu
Le vide chant • la joie d’enfant et son rire !

Et après
(Crois-le j’en eus pitié !)
Encor du doigt ce geste d’ange
Encor douce la pose de ton pied •
La dédaignée reçut toutes mes louanges.

Ô ma sœur !
Le nom t’agaçait ?
Que lorsque je m’en vais
Sur un sentier jamais rebroussé
Pour fiançailles nous ayons le Secret.

***

Die jugend
(So bedäucht es dich)
Heischet ein heisses band •
Doch tag urn tag verblich
Wo ich gelassen bei dir ging und stand.

Du sprachest!
Ich erschrecke fast •
Wie! — kann entfachen
So viele glut und hast
Der leere sang • das kindesfrohe lachen!

Und danach
(Glaube mir ich litt)
Sanft noch dein finger wob •
Dein fuss so sanft noch schritt •
Erst der verschmähten ward mein volles lob.

O schwester!
Dir missfällt der ruf?
Sei wenn ich scheide
Auf nie gewandtem huf
Das rätsel ein verlöbnis für uns beide.

(Stefan George)


Illustration: Francine Van Hove

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Il me manque du temps pour louer tes cheveux (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Il me manque du temps pour louer tes cheveux.
Il me faut les compter, les chanter un à un :
d’autres amants veulent vivre avec certains yeux,
moi je n’ai pour désir que d’être ton coiffeur.

En Italie on t’avait baptisée Méduse
pour l’éclat bouclé de ta haute chevelure.
Moi je t’appelle échevelée, ébouriffée :
mon coeur connaît bien les portes de tes cheveux.

Quand tu t’égareras dans tes propres cheveux,
ne m’oublie pas et rappelle-toi que je t’aime,
je suis perdu si je vais sans ta chevelure

par le sombre univers que font tous les chemins
monde qui n’est que d’ombre et de douleurs qui
passent, car le soleil monte à la tour de tes cheveux.

***

Me falta tiempo para celebrar tus cabellos.
Uno por uno debo contarlos y alabarlos
otros amantes quieren vivir con ciertos ojos,
yo sólo quiero ser tu peluquero.

En Italia te bautizaron Medusa
por la encrespada y alta luz de tu cabellera.
Yo te llamo chascona mía y enmarañada :
mi corazón conoce las puertas de tu pelo.

Cuando tú te extravíes en tus propios cabellos,
no me olvides, acuérdate que te amo,
no me dejes perdido ir sin tu cabellera

por el mundo sombrío de todos los caminos
que sólo tiene sombra, transitorios dolores,
hasta que el sol sube a la torre de tu pelo.

(Pablo Neruda)

Illustration: Edgar Degas

 

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Ondine, tu es fille de la mer (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Ondine, tu es fille de la mer, ton corps
est d’eau pure, ô cousine de l’origan,
et ton sang, cuisinière, est de terre vivante,
terrestres et fleuries, voilà tes habitudes.
Tes yeux regardent l’eau, et soulèvent les vagues,
tes mains vont vers la terre, en y lâchant les graines,
l’eau et la terre où sont tes domaines profonds
se sont unies en toi par la loi de l’argile.
Naïade, ton corps fend la turquoise marine
et bientôt resurgi fleurit dans la cuisine
c’est ta façon à toi d’assumer ce qui est
avant de t’endormir encerclée de mes bras
qui, pour que tu reposes, écartent de ta nuit
herbe, légumes, algues, écume de tes songes.

***

Eres hija del mar y prima del orégano,
nadadora, tu cuerpo es de agua pura,
cocinera, tu sangre es tierra viva
y tus costumbres son floridas y terrestres.
Al agua van tus ojos y levantan las olas,
a la tierra tus manos y saltan las semillas,
en agua y tierra tienes propiedades profundas
que en ti se juntan como las leyes de la greda.
Náyade, corta tu cuerpo la turquesa
y luego resurrecto florece en la cocina
de tal modo que asumes cuanto existe
y alfin
duermes rodeada por mis brazos que apartan
de la sombra sombría, para que tú descanses,
legumbres, algas, hierbas : la espuma de tus sueños.

(Pablo Neruda)

 

 

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