Arbrealettres

Poésie

Une bonne fortune (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2020



Une bonne fortune

Il ne faudrait pourtant, me disais-je à moi-même,
Qu’une permission de notre seigneur Dieu,
Pour qu’il vînt à passer quelque femme en ce lieu.
Les bosquets sont déserts ; la chaleur est extrême ;
Les vents sont à l’amour l’horizon est en feu ;
Toute femme, ce soir, doit désirer qu’on l’aime.

S’il venait à passer, sous ces grands marronniers,
Quelque alerte beauté de l’école flamande,
Une ronde fillette, échappée à Téniers,
Ou quelque ange pensif de candeur allemande :
Une vierge en or fin d’un livre de légende,
Dans un flot de velours traînant ses petits pieds ;

Elle viendrait par là, de cette sombre allée,
Marchant à pas de biche avec un air boudeur,
Ecoutant murmurer le vent dans la feuillée,
De paresse amoureuse et de langueur voilée,
Dans ses doigts inquiets tourmentant une fleur,
Le printemps sur la joue, et le ciel dans le coeur.

Elle s’arrêterait là-bas, sous la tonnelle.
Je ne lui dirais rien, j’irais tout simplement
Me mettre à deux genoux par terre devant elle,
Regarder dans ses yeux l’azur du firmament,
Et pour toute faveur la prier seulement
De se laisser aimer d’une amour immortelle.

(Alfred de Musset)


Illustration

4 Réponses vers “Une bonne fortune (Alfred de Musset)”

  1. Ce très beau texte n’est qu’un extrait d’un très long poème (44 strophes) sur lequel plane l’ombre de Georges Sand

    • arbrealettres said

      oui merci Jean-Baptiste pour cette précision, mais tu connais ma « fainéantise » pour les textes longs! lol!

      • Hum ! Tu en copies parfois de très (trop) longs mais souvent de trop courts qui ne veulent pas dire grand-chose. Un texte peut-être lapidaire, concis et significatif comme une pierre précieuse que l’on polit avec art, sans être un diamant prétentieux qui rutile de mille feux.

        • arbrealettres said

          lol! mais pour moi les plus courts restent les meilleurs 😉
          C’est plus intense et moins dilué et surtout c’est au lecteur d’apporter « le reste » ce qui fera que c’est son Poème en fin de compte … Pour moi la Poésie est un Sésame et le Poète un « accoucheur » 😉

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