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Poésie

Archive for 5 janvier 2020

IN MEMORIAM (Aron Kushnirov)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration

    

IN MEMORIAM

Meurs mon cri, meurs, car de toute manière
Des cieux tu ne seras même pas écouté.
Par la nuit la nouvelle lune fut pointée
Comme un couteau sur le cou de la terre.

S’étranglera bientôt soi-même le silence
Avec les aboiements exacerbés des chiens,
Mais la nuit ne cessera point ses violences
Et nul à mon aide ne vient.

Alors pour qui, pour qui tombe-t-on à présent,
Pour soi-même et pour vous faut-il demander grâce
Quand tremblantes d’effroi les étoiles se cachent
Dans les plis de fer du torrent ?

Je ne suspendrai pas ma harpe aux branches d’arbre
Mais pour tous les vents j’en jouerai,
Même en rêve déjà je n’ai plus en partage
Un pays de miel et de lait.

Un souriceau dans mon âme grignote,
Pères, aïeux, votre vieux chant s’abat
La semaine – clouant un astre sur sa porte –
Et il verrouille mon propre Shabbat.

Broyez-moi, broyez-moi, minuscules pépins,
Meules des temps passés et des temps à venir
Si seulement ainsi l’étoile du matin
Comme une pomme peut mûrir.

(Aron Kushnirov)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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ÉLÉGIE (Jacob Sternberg)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020




    
ÉLÉGIE

Je fus sa fleur, par ses caresses
Divinisée,
Toute sa passion à jamais
Indivisée,
Souvent par lui saignait mon coeur
Mais je ne savais pas pourquoi.

Je suis à présent sa marmite
Cassée
Et sa vieille robe passée
La journalière,
La poupée qui gît fracassée
Pas plus qu’hier
Je ne sais aujourd’hui pourquoi.

(Jacob Sternberg)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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À DEVENIR SOURD (Leib Kvitko)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020




Illustration: ArbreaPhotos … Oradour
    
À DEVENIR SOURD

À devenir sourd
J’affinai mon ouïe.
Jusqu’à être aveugle
J’aiguisai ma vue,
Avec une acuité morbide,
Évaluant tout chuchotement
Pour le livrer totalement
À mon âme endolorie,
À ma chair brûlante,
Cherchant où se cacher
Tourbillonnent en moi
Tous les bruits et toutes les ombres,
Croissent en moi, fructifient,
Enfouis profondément dans mon fiel et mon sang.
Alors qui veut, quel bruit
Quel coup,
Celui du massacre des jeunes gens
Sur les toits de chaume ?
Celui sauvagement qui hurle et qui s’échappe
Des lits comblés ?
Chaque chose à son heure :
Tout, de mes ennemis, jour et nuit
Vit en moi.

(Leib Kvitko)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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VIN D’HAVDALA (Myriam Ulinover)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020




    
VIN D’HAVDALA

Chacun boit le vin d’Havdala,
J’en bois moi-même quelques gouttes,
Grand-mère me dit, tendre et grave:
— Ma chère enfant sois avertie

Qu’à boire le vin d’Havdala
La barbe vient aux jeunes filles,
C’est écrit noir sur blanc là-bas
Dans l’armoire aux anciens livres.

Tremblante de frayeur je palpe
Mon petit menton: Dieu merci
Il est tendre et lisse. Rien d’autre
Que la peur ne le hérisse!

(Myriam Ulinover)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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MAINS (Moshe Broderson)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Auguste Rodin
    
MAINS
D’après une sculpture de Rodin

Vous avez des mains de silence et de douleurs, si douces,
Des doigts tout droit tendus comme des menorah,
Chaque ongle est de nacre, une flamme rose,
Chacun recèle un sortilège.
Un secret du Seigneur,
Une marque de sa bonté.
J’étreins le coeur chantant alleluia
Du proche inconnu, du lointain bonheur,
J’endors les mains aimées si douces caressantes
Moi tout à coup devin du secret des secrets.

(Moshe Broderson)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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TOUT DANS LE MONDE (Aron Kurtz)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Tamara Lunginovic  
    
TOUT DANS LE MONDE

Tout dans le monde
Est en attente du Messie.
Tout attend un libérateur. Galilée
Libère les planètes,
Copernic la terre,
Popov et Marconi les ondes,
Prométhée, Edison et Steinmetz libèrent la lumière,
Einstein libère toutes les particules du ciel en des
millions de directions,
Moïse libère son peuple ;
Lincoln les esclaves, et Marx, des illusions séculaires,
Lénine libère son pays et tous ses peuples, Maïakovski et
Whitman libèrent le poème, le peuple soviétique
libère le monde
De l’arrogance des nazis,
Pasteur, Mechnikov et Ehrlich
Libèrent des fléaux l’humanité, Chagall libère
L’homme avec les couleurs qui l’entourent,
De l’inertie du nulle part, la forêt
De la peur de l’homme
Et l’homme de la peur de la forêt.
Tout dans le monde
Est en attente du Messie, tout attend
Un libérateur.
Seuls ceux-là qui ne peuvent voler veulent vous apprendre
L’art de ramper.

(Aron Kurtz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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POURQUOI? (Zisho Weinper)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Guy Swyngedau
    
POURQUOI?

Chacun de nous parfois est une branche
Que le vent fait frémir,
Parfois on est un peu d’écume
Qui passe aveuglément
Sur l’abîme des mers,

Mais dans son rêve
Chacun de nous est un navire
Qui avance et se bat
Furieux, aveugle, avec le vent.

En duel le jour et la nuit
Ici nous coupons une corde,
Là nous rejetons un regard
Et très souvent nous arrachons
Dans notre jardin une rose
Que nous-mêmes nous piétinons.

Tel est l’ordre
Maintenant des jours et des nuits
On vous crie: c’est permis,
Il doit en être ainsi
Mais bien souvent nous pleurons de douleur
Pourquoi doit-il en être ainsi ?

(Zisho Weinper)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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COMMENT L’HOMME EST VENU (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020




    
COMMENT L’HOMME EST VENU

L’inquiétude s’en vint, grosse de l’homme,
Et l’inquiétude contempla le sans-espoir,
Le sans-espoir a soupiré devant le doute,
Le doute l’entendit avec perplexité,
La perplexité fut indécise face au qui-sait,
Le qui-sait discuta avec le peut-être,
Et le peut-être interrogea le si-jamais,
Le si-jamais creusa vers le probable,
Le probable en conclut c’est possible,
Le possible montra le vraisemblable,
Le vraisemblable fit un signe au pourquoi-pas,
Le pourquoi-pas se faufila vers le vraiment
Le vraiment chuchota certainement,
Certainement railla l’indubitable,
L’indubitable tempêta le défini,
Le défini frappa du poing: assurément,
Assurément se jeta sur le vrai,
Et le vrai tomba sur le coeur.
C’est ainsi qu’est advenu l’homme,
C’est ainsi qu’a survécu l’homme
Avec toutes sortes de doutes
Toutes vérités jamais sûres.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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ENFANTS MORTS (Melech Ravitch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Vincent Van Gogh
    
ENFANTS MORTS
(extrait)

La mort c’est la dépouille un soir d’automne
D’un enfant de sept jours
Dans sa caisse clouée, longue de dix-huit pouces,
Portée dévotement par sa grand-mère
À travers champs jusqu’au paisible cimetière
Où la pluie fait tinter sur les tombes
Son cantique du coeur.
D’un enfant de sept jours la mort est la dépouille
Poussée dans la terre humide et glacée ;
L’aïeule rentre à la maison, et l’on attendait son retour
Avec le pain noir odorant, le bol brûlant de chicorée :
Telle est la mort.

(Melech Ravitch)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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MYSTÈRE DU MONDE (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Danilo Ricciardi
    
MYSTÈRE DU MONDE

Découvert – c’est couvert au-delà de soi,
Il n’est point de nudité,
La nudité est masquée,
Chaque nudité sous une peau se dissimule,
Sur chaque peau, la protégeant, naît une pellicule
Pour interdire au sauvage dehors
D’assaillir l’intérieur.
Pas un frôlement
Pas même un léger souffle,
Rien
Le rien lui-même est un danger.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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