Arbrealettres

Poésie

Archive for 9 mars 2020

Où finit l’espace (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2020



Le jaune des bois d’aujourd’hui
est-il celui de l’an d’hier ?

Se répète-t-il, le vol noir
de l’oiseau de mer obstiné ?

Faut-il, là où finit l’espace,
parler de mort ou d’infini ?

Quel poids charge le plus la taille :
les douleurs ou les souvenirs ?

(Pablo Neruda)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Quand le papillon lit-il (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2020



Quand le papillon lit-il donc
ce qui vole écrit sur ses ailes ?

Quelles lettres connaît l’abeille
pour savoir son itinéraire ?

Quels chiffres la fourmi a-t-elle
pour retrancher ses soldats morts ?

Comment s’appellent les cyclones
quand ils n’ont pas de mouvement ?

(Pablo Neruda)

Illustration: ArbreaPhotos

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

À quels travaux forcés Hitler est-il condamné en enfer ? (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2020



À quels travaux forcés Hitler
est-il condamné en enfer ?

Peint-il des murs ou des cadavres ?
Flaire-t-il le gaz de ses morts ?

Le nourrit-on avec les cendres
de tant d’enfants carbonisés ?

Ou le fait-on, depuis sa mort,
boire du sang à l’entonnoir ?

Ou martèle-t-on dans sa bouche
les dents arrachées pour leur or ?

Ou le couche-t-on pour dormir
sur ses pointes de barbelés ?

Ou, pour les lampes de l’enfer,
couvre-t-on sa peau de tatouages ?

Ou est-il mordu sans pitié
par les dogues noirs du grand feu ?

Ou doit-il sans fin, jour et nuit,
marcher avec ses prisonniers ?

Ou doit-il mourir sans mourir
éternellement sous le gaz ?

(Pablo Neruda)

Illustration: George Grosz

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Semblables (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2020




Une masse de neige dans un bol d’argent,
Un héron blanc caché dans la lumière de la lune,
Les deux sont semblables, mais non le même,
Fondus l’un en l’autre, chacun pourtant à sa propre place.

(Pablo Neruda)

Illustration : Li Shan

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je reviens à la mer (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2020



Je reviens à la mer et le ciel m’environne:
le silence, entre la vague et celle qui suit
établit une dangereuse interruption:
la vie s’éteint, le sang se tranquillise
jusqu’à ce que le nouveau mouvement
se brise, libérant la voix de l’infini.

(Pablo Neruda)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

L’île (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2020



L’île

Lorsque les mastodontes se multiplièrent
et debout commencèrent à marcher
couvrant finalement l’île de narines de pierre,
et lorsqu’ils désignèrent, actifs, leurs descendants : les fils
de la lave et du vent, les petits-fils
de l’air et de la cendre, parcourant
l’île à pieds de géants :
jamais la brise avec ses mains
ni le cyclone avec son crime
ni l’Océanie en sa persistance
pareillement ne travaillèrent.

Grandes têtes pures,
hautes sur leurs cous, regards graves,
géantes mâchoires dressées
dans l’orgueil de leur solitude,
présences,
arrogantes
et soucieuses présences.

Ô graves, solitaires dignités,
qui a osé, qui ose
questionner, interroger
les statues interrogatrices?

Elles sont l’interrogation disséminée
dépassant l’exacte étroitesse,
cette menue taille insulaire,
pour s’adresser au grand océan, au fond même
de l’homme, à l’énigme de son absence.

Quelques corps n’ont pas réussi à se dresser :
leurs bras sont restés là informes, assujettis
au cratère, ces dormeurs
restent couchés dans la rose calcaire,
sans lever les yeux vers la mer,
et les grandes créatures au sommeil horizontal
sont les larves de pierre du mystère :
le vent les a laissées ici quand il a fui la terre :
quand il a cessé d’engendrer des fils de lave.

(Pablo Neruda)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Absence (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2020




Absence

Je te laisse : aussitôt
tu circules en moi, cristalline
ou tremblante
ou inquiète, blessée par moi
ou tout d’amour comblée, comme en cet instant
où tes yeux
se ferment sur le présent de la vie
que je ne cesse de t’offrir.

Mon amour,
quand nous nous sommes rencontrés
nous avions soif et nous avons
bu toute l’eau et tout le sang,
quand nous nous sommes rencontrés
nous avions faim
alors nous nous sommes mordus
comme le feu,
il nous en resta des blessures.

Mais attends-moi,
garde-moi ta douceur.
Et je t’offrirai aussi
une rose.

(Pablo Neruda)

Illustration: William Bouguereau

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le silence (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2020



Ni ombre ni lumière
Pas un mot
On tend la main pour cueillir le silence
C’est le silence
Qui prend la main

(Pierre Albert-Birot)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :