Arbrealettres

Poésie

Archive for 15 mars 2020

JACHÈRE (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



JACHÈRE

Chair frémissante du prodige
angoisse et volupté mêlées
l’homme se remet en chemin
à peine courbé sous le vent
dans l’effervescence des herbes
dont s’éprend un coquelicot
frêle rescapé des semailles

(Jean-Claude Xuereb)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le souffleur (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



 

souffleur  9

Le souffleur, au bout de son tube, arrondit et
nourrit la boule de feu. Puis il informe dans la
pâte la sveltesse d’un col, la bouderie d’une lèvre,
la flânerie d’une joue, on ne sait quelles prémisses
d’un visage embouti dans le façonnement de
l’objet. Des farines de couleur plus vraies que
nature, se fondent, mûrissent, s’irisent,
transparaissent ou s’opacifient.

Dans l’art de jouer avec le feu, il se peut que la
beauté consente à se lover dans le piège lumineux
tendu par l’oracle du verre.

(Jean-Claude Xuereb)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La patience allège les cailloux (Roland Dubillard)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020


Magritte_nuage

Patience! La patience allège les cailloux
à cause d’un nuage ancien
dont ils gardent en eux la forme
et la mémoire, cette rouille.

(Roland Dubillard)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ennui (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020


Des usines où l’ennui sévit
sortent des ouvriers
qui portent ses couleurs
nul d’entre eux n’a fait le tour du monde
pas plus que la fille qui ramène
le lait glacé et le pain blême
et quand tout le monde est rentré
pour tromper l’attente éternelle
elle chante seule
le chant nuptial
qui vit dans sa rose poitrine.

(Jean Follain)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ETE (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020




ETE

Sors, ma belle, du sommeil !
Et comme une bacchante ivre
Au faune enflammé se livre,
Viens te donner au soleil.

Sur un lit d’herbe ou de sable
Ouvre-lui ton corps secret.
De toi qu’il fasse à son gré
La Danaé de la fable !

Et quand tu me reviendras
Lasse ainsi d’être adorée,
C’est une amante dorée
Que retrouveront mes bras !

(Pascal Bonetti)

Illustration: Gustav Klimt

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si un jour l’immensité de la blessure n’a plus d’écho (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



Si un jour

l’immensité de la blessure
n’a plus d’écho
assieds-toi sur un banc
offre ton silence aux nuages

(Bernard Montini)


Illustration

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | 2 Comments »

CHANSON (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



CHANSON

C’est une folie de chanter, d’oser le chant.
C’est une folie de rire, d’oser les dents,
Une folie pour l’oiseau d’être tiède sur la branche
Dans la forêt,
Une folie de vivre, d’oser la vie.

Prends ma tête fatiguée,
Fais pour moi plus que moi-même,
Sur ton épaule puérile
Ravis-la-moi jusqu’à demain.

Pleine de printemps
Et des oiseaux que j’aime,
Pour que je vive allègrement,
Donne-la-moi toi-même.

(Pierre Morhange)


Illustration

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La poulie du puits grince (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



La poulie du puits grince,
l’eau monte à la lumière où elle se fond.
Un souvenir tremble dans le seau plein,
dans le cercle pur une image rit.
J’approche le visage de lèvres évanescentes :
le passé se déforme, se fait vieux,
appartient à un autre…
Ah déjà crie
la roue, elle te rend au fond noir,
vision, une distance nous sépare.

(Eugenio Montale)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Soir tourmente (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



Soir tourmente

La pluie bafouille aux vitres
et soudain ça te prend
de courir dans tes pas plus loin
pour fuir la main sur nous

tu perds tes yeux dans les autres
ton corps est une idée fixe
ton âme est un caillot au centre du front
ta vie refoule dans son amphore
et tu meurs
tu meurs à petites lampées sous tes semelles

ton sang
ton sang rouge parmi les miroirs brisés

(Gaston Miron)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’est du Lourd (Abd Al Malik)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



C’est du Lourd

Je m’souviens,
maman qui nous a élevés toute seule,
nous réveillait pour l’école quand on était gamins,
elle écoutait la radio en pleurant notre pain,
et puis après elle allait au travail dans le froid,
la nuit,
ça c’est du lourd.

Ou le père de Majid
qui a travaillé toutes ces années de ses mains,
dehors, qu’il neige, qu’il vente, qu’il fasse soleil,
sans jamais se plaindre,
ça c’est du lourd.

Et puis t’as tous ces gens
qui sont venus en France parce qu’ils avaient un rêve
et même si leur quotidien après
il a plus ressemblé à un cauchemar,
ils ont toujours su rester dignes,
ils n’ont jamais basculé dans le ressentiment,
ça c’est du lourd,
c’est violent.

Et puis t’as tous les autres
qui se lèvent comme ça,
tard dans la journée,
qui se grattent les bourses,
je parle des deux,
celles qui font référence aux thunes,
du genre « la fin justifie les moyens »
et celles qui font référence aux filles,
celles avec lesquelles ils essaient de voir si y’a moyen,
ça c’est pas du lourd.

Les mecs qui jouent les choses zerma devant les blocs deal,
un peu de cock, de temps en temps un peu de ke-cra (crack)
et disent « je connais la vie moi monsieur ! »,
alors qu’ils connaissent rien,
ça c’est pas du lourd.

Moi je pense à celui qui se bat pour faire le bien,
qu’a mis sa meuf enceinte,
qui lui dit j’t’aime,
je vais assumer, c’est rien,
c’est bien,
qui va taffer des fois même pour un salaire de misère,
mais le loyer qu’il va payer,
la bouffe qu’il va ramener à la baraque,
frère, ça sera avec de l’argent honnête,
avec de l’argent propre,
ça c’est du lourd.

Je pense aussi à ces filles
qu’on a regardé de travers
parce qu’elles venaient de cités,
qu’ont montré à coup de ténacité,
de force, d’intelligence, d’indépendance,
qu’elles pouvaient faire quelque chose de leur vie,
qu’elles pouvaient faire ce qu’elles voulaient de leur vie,
ça c’est du lourd.

Mais t’as le bourgeois aussi,
genre emprunté,
mais attention je n’généralise pas,
je dis pas que tous les bourgeois sont condescendants,
paternalistes ou totalement imbus de leur personne,
je veux juste dire qu’il y a des gens qui comprennent pas,
qui croient qu’être français c’est une religion,
une couleur de peau,
ou l’épaisseur d’un portefeuille en croco,
ça c’est bête,
c’est pas du lourd, c’est…

La France elle est belle,
tu le sais en vrai,
la France on l’aime,
y’a qu’à voir quand on retourne au bled,
la France elle est belle,
regarde tous ces beaux visages qui s’entremêlent.
Et quand t’insultes ce pays,
quand t’insultes ton pays,
en fait tu t’insultes toi-même,

il faut qu’on se lève,
faut qu’on se batte dans l’ensemble,
rien à faire de ces mecs
qui disent « vous jouez un rôle ou vous rêvez »,
ces haineux qui disent « vous allez vous réveiller »,
parce que si on est arrivé,
si on est arrivé à faire front
avec nos différences,
sous une seule bannière,
comme un seul peuple,
comme un seul homme,
ils diront quoi tous ?

C’est du lourd,
du lourd,
un truc de malade…..

(Abd Al Malik)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :