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Poésie

Archive for 26 mai 2020

Une semaison de larmes (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020



 

nature  a (25)

Une semaison de larmes
sur le visage changé,
la scintillante saison
des rivières dérangées :
chagrin qui creuse la terre

L’âge regarde la neige
s’éloigner sur les montagnes

Dans l’herbe à l’hiver survivant
ces ombres moins pesantes qu’elle,
des timides bois patients
sont la discrète, la fidèle,

l’encore imperceptible mort

Toujours dans le jour tournant
ce vol autour de nos corps
Toujours dans le champ du jour
ces tombes d’ardoise bleue

Vérité, non vérité
se résorbent en fumée

Monde pas mieux abrité
que la beauté trop aimée,
passer en toi, c’est fêter
de la poussière allumée

Vérité, non vérité
brillent, cendre parfumée

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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Ignorants (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020


On soutient
qu’il faut des années
pour épuiser la substance
d’une seule heure de la vie
cependant deux ignorants
se battent au couteau
au bord du précipice
en un coin du monde
à l’orée
d’une lande grise.

(Jean Follain)

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Ciseleuses de raisins (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020


On entend marcher sur les chemins.
A chaque grappe
les ciseleuses de raisins
enlèvent les grains abîmés
tressaillantes aux appels
corps inquiet
un jour elles mettent au monde.

(Jean Follain)

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L’attachement à soi (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020


 


 

Marie-Claude Deyts

L’attachement à soi augmente l’opacité de la vie.
Un moment de vrai oubli,
et tous les écrans les uns derrière les autres deviennent transparents,
de sorte qu’on voit la clarté jusqu’au fond, aussi loin que la vue porte ;
et du même coup plus rien ne pèse.
Ainsi l’âme est vraiment changée en oiseau.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Marie-Claude Deyts

 

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Imperturbable ciel (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020


A quelques lieues d’une couche vide
coule un fleuve sacré
près des éclairs de couteaux
de nourritures offertes aux Dieux
au zénith des oiseaux
couleur d’ardoise ou de limon
une brume sur les confins
demandes et réponses se croisent
la terre l’eau le feu
se détruisent sous d’imperturbables cieux.

(Jean Follain)

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Fin d’année (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020



Fin d’année

Le ciel est grisâtre et froid
Pâle le soleil grelotte;
Morne mon rêve sanglote,
Tout désir est mort en moi.

Seule auberge au fond d’un bois,
Mon cœur héberge un seul hôte
Qui démolit et lui ôte
Tout ce qui fut autrefois.

Tout est mort et tout est cendres,
Les doux baisers, les mots tendres
S’estompent au fond du cœur.

Goutte à goutte choient les pleurs
Et l’Espoir trop las d’attendre
S’éteint loin de la rumeur.

(Birago Diop)


Illustration: Edvard Munch

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Il pleut, il pleut bergère (Philippe Fabre d’Eglantine)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020




Il pleut, il pleut bergère
Presse tes blancs moutons
Allons sous ma chaumière
Bergère vite allons
J’entends sous le feuillage
L’eau qui tombe à grand bruit
Voici, venir l’orage,
voici l’éclair qui luit

Entends tu le tonnerre ?
Il roule en approchant
Prends un abri bergère,
à ma droite en marchant
Je vois notre cabane
Et tiens voici venir
Ma mère et ma soeur Anne
qui vont l’étable ouvrir

Bonsoir, bonsoir ma mère
Ma soeur Anne bonsoir
J’amène ma bergère
Près de nous pour ce soir
Va te sécher, ma mie
Auprès de nos tisons
Soeur, fais lui compagnie
Entrez petits moutons

Soignons bien, oh ma mère,
Son tant joli troupeau
Donnez plus de litière
A son petit agneau
C’est fait allons près d’elle
Eh bien donc te voilà
En corset qu’elle est belle
Ma mère voyez la

Soupons, prends cette chaise
Tu seras près de moi
Ce flambeau de mélèze
Brûlera devant toi
Goûte de ce laitage
Mais tu ne manges pas ?
Tu te sens de l’orage,
Il a lassé tes pas

Eh bien voilà ta couche,
Dors-y bien jusqu’au jour,
Laisse moi sur ta bouche
Prendre un baiser d’amour
Ne rougis pas bergère,
Ma mère et moi demain,
Nous irons chez ton père
Lui demander ta main

(Philippe Fabre d’Eglantine)

Illustration

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Voici que sonne l’heure des assassins (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020



 

Otto Dix Painting   095 [1280x768]

Voici que sonne l’heure
Des assassins :
Mon Dieu, dormez-vous ?

(Tristan Klingsor)

Illustration: Otto Dix Painting

 

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La mer brille comme une coquille (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020



 

La mer brille comme une coquille
On a envie de la pêcher
La mer est verte
La mer est grise
Elle est d’azur
Elle est d’argent et de dentelle

(Paul Fort)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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La terre tout entière visible (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020


 


 

La terre tout entière visible
mesurable
pleine de temps

suspendue à une plume qui monte
de plus en plus lumineuse

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Viviane-Josée Restieau

 

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