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Poésie

Archive for 10 juin 2020

Pardonner (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



 

Pierre Mornet g-4

Il faut, voyez-vous, nous pardonner les choses:
De cette façon nous serons bien heureuses
Et si notre vie a des instants moroses,
Du moins nous serons, n’est-ce pas ? deux pleureuses.

Ô que nous mêlions, âmes sœurs que nous sommes,
À nos vœux confus la douceur puérile
De cheminer loin des femmes et des hommes,
Dans le frais oubli de ce qui nous exile!

Soyons deux enfants, soyons deux jeunes filles
Éprises de rien et de tout étonnées,
Qui s’en vont pâlir sous les chastes charmilles
Sans même savoir qu’elles sont pardonnées.

(Paul Verlaine)

Illustration: Pierre Mornet

 

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La lampe est encerclée (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



La lampe est encerclée par la fureur
des fausses nuits, des soleils partisans
mais elle brûle et brûlant se délivre.
Sa patience exile, ses jardins
secrets n’attirent ni la faulx
ni la louange. Elle maintient
l’ordre invisible de la grâce.
Dans le silence étroit, la main
renoue le signe dénoué,
poursuit le geste, essaie
la juste cime du langage.

(Jean Joubert)

Illustration

 

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LE CHEMIN (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



Jeanie Tomanek  vigil [1280x768]

LE CHEMIN

Par son coeur à peine entrouvert sur l’Espace
Une étoile a posé son oeil sur mes jours
Et j’ai beau brouiller la surface
Et j’ai beau effacer ma trace
Dans ma main, le destin suit son cours

Dans ses yeux à peine entrouverts sur la ville
Un enfant pose un doigt nouveau sur la mer
Et j’ai beau lui parler des îles
Son regard au lointain s’exile
C’est marin de voir un rayon vert

Dans un corps à peine entrouvert sur ton âme
Je n’ai su que poser mes mains sur l’amour
Et j’ai beau brouiller la surface
Et j’ai beau effacer la trace
Dans ta main mon destin suit son cours

(Gilles Vigneault)

Illustration: Jeanie Tomanek

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A *** (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020




A ***
Pourquoi se livrer avant l’heure à l’ennui
et pourquoi le nourrir de songeries sinistres ?
Pourquoi languir en attendant, craintif,
le fatal moment des adieux ?
Tu souffriras bien assez tôt !
Seul, face aux champs muets et vides,
tu voudras rappeler à toi le souvenir
de ces jours que tu as gâchés,
prêt à payer alors de ta mort, de l’exil,
malheureux ! un seul mot des lèvres chéries
ou le bruit de ces pas légers.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration

 

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Tendre bief (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020


rose

nûment s’épanouit
la fougère réceptive
en profusion de fatigue

et recrue la même
se dégrafe en corps
s’écoule en chaleur

mais au moindre baiser
se rebrousse en blancheur
ou en croissant velu

s’exile souvent
s’abrite en soi-même
plus jalouse que vesper

(Mohammed Dib)

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Vale (Catherine Pozzi)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



La grande amour que vous m’aviez donnée
Le vent des jours a rompu ses rayons —
Où fut la flamme, où fut la destinée
Où nous étions, où par la main serrés
Nous nous tenions

Notre soleil, dont l’ardeur fut pensée
L’orbe pour nous de l’être sans second
Le second ciel d’une âme divisée
Le double exil où le double se fond

Son lieu pour vous apparaît cendre et crainte,
Vos yeux vers lui ne l’ont pas reconnu
L’astre enchanté qui portait hors d’atteinte
L’extrême instant de notre seule étreinte
Vers l’inconnu.

Mais le futur dont vous attendez vivre
Est moins présent que le bien disparu.
Toute vendange à la fin qu’il vous livre
Vous la boirez sans pouvoir être qu’ivre
Du vin perdu.

J’ai retrouvé le céleste et sauvage
Le paradis où l’angoisse est désir.
Le haut passé qui grandi d’âge en âge
Il est mon corps et sera mon partage
Après mourir.

Quand dans un corps ma délice oubliée
Où fut ton nom, prendra forme de cœur
Je revivrai notre grande journée,
Et cette amour que je t’avais donnée
Pour la douleur.

(Catherine Pozzi)

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Ramures (Kristel Saint-Cyr)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



Ramures

En face à face de ciel
Huilés de clarté
Là-bas
Si nus
En élan si pur
Les hêtres
Où s’évade le jour
Où lèvent des lueurs d’été
Et s’exile l’hiver
S’exile
L’amer
Des ramures désertées
Ramures offertes
A l’Infini
Sa lumière
Et d’Infini saisies

(Kristel Saint-Cyr)

 Illustration: Magdalena Bronakowska

 

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Ode II (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



Van Balen Hendrik, l'Ancien le_festin_des_dieux32550

Ode II

Sur la nappe ouvragée où le festin s’exalte,
La venaison royale alterne aux fruits des îles ;
Dans les chypres et les muscats de Rivesalte,
Endormeur des soucis, ô Léthé, tu t’exiles.

Mais l’antique hippogriffe au vol jamais fourbu,
M’a porté sur son aile à la table des dieux ;
Et là, dans la clarté sidérale, j’ai bu,
A pleine urne, les flots du nectar radieux.

(Jean Moréas)

Illustration: Van Balen Hendrik, l’Ancien

 

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A l’auberge des gens heureux (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



A l’auberge des gens heureux
Tout est source et levain de joie
Jusqu’au pain sec, jusqu’à l’eau claire,
Que l’on soit dix, ou seul, ou deux,
Il n’est de propos, il n’est de sourire
Où l’esprit ne pointe, où le coeur n’affleure…

Or quelquefois on voit s’attabler
Un pas-heureux venu sur la foi de l’enseigne
Avec l’espoir d’y guérir de ses peines.
Mais ce qu’il mange avec effort
Lui répugne ou lui semble amer.
C’est en vain qu’il vide son verre:
Le vin ravive sa douleur.
Et s’il voit frémir sur le mur
Les feuillages d’or du soleil
C’est avec les yeux de l’exil.

Tout le gêne, l’offense ou l’humilie.
Il est comme un intrus à la fête d’autrui;
Ou comme au bal celui qui ne sait pas danser.
Vite il paie son écot, il faut qu’il parte,
Refoulant ses pleurs et plein de rancoeur.
C’est qu’en entrant à l’auberge attirante
Il n’a pas lu cette avis, sur la porte:

On est prié d’apporter son bonheur.

(Charles Vildrac)

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RACINES (Kristel Saint-Cyr)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



RACINES

Arbre
L’âme
Si solidement
Arrimée
En sa terre
Native
En cet infini
Des ciels de son cœur
Douceur
D’inexpugnable
Et si fragile
L’âme
Quand broyé
L’humus des souvenirs
Déchiquetés
Quand dévasté
Le sol de toujours
Le sol de l’amour
Qui dira l’exil
Des racines dressées
Nues

(Kristel Saint-Cyr)

Découvert ici: https://kristelsaintcyr.com/

 

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