Arbrealettres

Poésie

Archive for 11 juillet 2020

Sentir en soi (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



Sentir
en soi la vie
comme un caillou
qui aurait vécu
sur une autre planète,

le sang
comme du sable
qui se déposerait à chaque ronde
dans les tempes
et dans la mémoire,

sentir
en soi la mort
comme une lumière
sans morsure,
comme un feu
où nulle sève ne brûle.

(Gérard Le Gouic)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans les bois (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



 

Dans les bois

D’autres, – des innocents ou bien des lymphatiques, –
Ne trouvent dans les bois que charmes langoureux,
Souffles frais et parfums tièdes. Ils sont heureux !
D’autres s’y sentent pris – rêveurs – d’effrois mystiques.

Ils sont heureux! Pour moi, nerveux, et qu’un remords
Épouvantable et vague affole sans relâche,
Par les forêts je tremble à la façon d’un lâche
Qui craindrait une embûche ou qui verrait des morts.

Ces grands rameaux jamais apaisés, comme l’onde,
D’où tombe un noir silence avec une ombre encor
Plus noire, tout ce morne et sinistre décor
Me remplit d’une horreur triviale et profonde.

Surtout les soirs d’été: la rougeur du couchant
Se fond dans le gris bleu des brumes qu’elle teinte
D’incendie et de sang; et l’angélus qui tinte
Au lointain semble un cri plaintif se rapprochant.

Le vent se lève chaud et lourd, un frisson passe
Et repasse, toujours plus fort, dans l’épaisseur
Toujours plus sombre des hauts chênes, obsesseur,
Et s’éparpille, ainsi qu’un miasme, dans l’espace.

La nuit vient. Le hibou s’envole. C’est l’instant
Où l’on songe aux récits des aïeules naïves…
Sous un fourré, là-bas, là-bas, des sources vives
Font un bruit d’assassins postés se concertant.

(Paul Verlaine)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Peux-tu me vendre (Nicolas Guillén)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



EMIL NOLDE stormy-sea.jpg!HD [1280x768]

 

Peux-tu me vendre l’air qui passe entre tes doigts
et fouette ton visage et mêle tes cheveux?
Peut-être pourrais-tu me vendre cinq pesos de vent,
ou mieux encore me vendre une tempête?
Tu me vendrais peut-être
la brise légère, la brise
(oh, non, pas toute!) qui parcourt
dans ton jardin tant de corolles,
dans ton jardin pour les oiseaux,
dix pesos de brise légère?

Le vent tournoie et passe
dans un papillon.
Il n’est à personne, à personne.

Et le ciel, peux-tu me le vendre
Le ciel qui est bleu par moments
ou bien gris en d’autres instants
une parcelle de ton ciel
que tu as acheté crois-tu, avec les arbres
de ton jardin, comme on achète le toit avec la maison?
Oui, peux-tu me vendre un dollar
de ciel, deux kilomètres de ciel,
un bout -celui que tu pourras- de ton ciel?

Le ciel est dans les nuages
Les nuages qui passent là-haut
ne sont à personne, à personne.

Peux-tu me vendre la pluie, l’eau
qui t’a donné tes pleurs et te mouille la langue?
Peux-tu me vendre un dollar d’eau
de source, un nuage au ventre rond,
laineux et doux comme un agneau,
ou l’eau tombée dans la montagne,
ou l’eau des flaques
abandonnées aux chiens,
ou une lieu de mer, un lac peut-être,
cent dollars de lac?

L’eau tombe et roule
L’eau roule et passe
Elle n’est à personne, non.

Peux-tu me vendre la terre, la nuit
profonde des racines; les dents
des dinosaures, la chaux éparse
des squelettes lointains?
Peux-tu me vendre des forêts enfouies, des oiseaux morts,
des poissons de pierre, le souffre
des volcans, un milliard d’années
montant en spirale? peux-tu
me vendre la terre, peux-tu
me vendre la terre, peux-tu?

Ta terre est aussi bien ma terre
Tous passent, passent sur son sol.
Il n’est à personne, à personne

(Nicolas Guillén)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Emil Nolde

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Avec le premier vent d’automne (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



Avec le premier vent d’automne
Arriva dans ma chambre une petite feuille
Qui m’était inconnue

(Abbas Kiarostami)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

LE CANCER (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020




LE CANCER

Le coeur en maison du feu sombre
O désir labourant des cieux
Entends-tu le germe dans l’ombre
Prononcer le Nom silencieux?

*

Enceinte d’un pas de danse
Amour est ma chambre forte
Où ma musique n’est pas morte
Sous l’étreinte du silence.

(Henry Bauchau)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tout le monde frappe à la porte (Serge Pey)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



 

Ernesto Arrisueño 1957 - Peruvian-born Australian painter - Tutt'Art@ (44) [1280x768]

1. Tout le monde frappe à la porte
2. en silence avec une rose

3. La nuit tourne
4. et recommence
5. la lune sur les murs

6. Entrez
7. Il manque une fenêtre
8. Il manque un mur

9. La bouche du puits
10. nous pose la question
11. et nous marie sans témoin
12. devant sa réponse

13. Un oiseau retourne un mort
14. jusqu’à sa porte

15. La maison ferme ses volets

16. Entrez
17. Il manque une fenêtre
18. Il manque un mur

19. Nous avons donné à chacun
20. une loi et une règle

21. Nous avons recouvert la lune
22. d’une figure de plomb

23. Il manque un mur
24. mais la porte s’ouvre
25. et se ferme toujours
26. avec la rose

27. Entrez
28. Il manque une fenêtre
29. Il manque un mur

30. N’Entrez pas
31. la rose est devenue toute
32. la maison

(Serge Pey)

Illustration: Ernesto Arrisueño

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Si un jour ta table paraît trop petite (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



Si un jour

ta table paraît trop petite
rajoute-lui la lumière
des étoiles mortes
qui te parvient encore

(Bernard Montini)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , | 2 Comments »

Retouche à la vase (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



Retouche à la vase

d’une encre sympathique
les fleurs mortes rappellent la splendeur du monde

poème obscur
le ciel paraît au noir des mots

(Daniel Boulanger)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La morphologie de la métamorphose (Gherasim Luca)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



La morphologie de la métamorphose

C’est avec une flûte
C’est avec le flux fluet de la flûte
Que le fou oui c’est avec un fouet mou
Que le fou foule et affole la mort de
La mort de la mort de
C’est l’eau c’est l’or c’est l’orge
C’est l’orgie des os
C’est l’orgie des os dans la fosse molle
Où les morts flous flottent dessus
Comme des flots

(Gherasim Luca)

Trouvé chez Lara ici

Illustration: Salvador Dali

Posted in poésie | 3 Comments »

Trop vivant (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



Trop vivant, il ne put résoudre l’équation de l’oubli.
Sa présence atteste ces chemins morts qu’il porte,
faisceaux lumineux divaguant au gré des morsures.

(Bernard Montini)


Illustration: Gilbert Garcin

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :