Arbrealettres

Poésie

Le phénix (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2020



    

Le phénix

Le phénix, venant d’Arabie,
Dans nos bois parut un beau jour :
Grand bruit chez les oiseaux ; leur troupe réunie
Vole pour lui faire sa cour.
Chacun l’observe, l’examine ;
Son plumage, sa voix, son chant mélodieux,
Tout est beauté, grâce divine,
Tout charme l’oreille et les yeux.
Pour la première fois on vit céder l’envie
Au besoin de louer et d’aimer son vainqueur.
Le rossignol disait : jamais tant de douceur
N’enchanta mon âme ravie.
Jamais, disait le paon, de plus belles couleurs
N’ont eu cet éclat que j’admire ;
Il éblouit mes yeux et toujours les attire.
Les autres répétaient ces éloges flatteurs,
Vantaient le privilège unique
De ce roi des oiseaux, de cet enfant du ciel,
Qui, vieux, sur un bûcher de cèdre aromatique,
Se consume lui-même, et renaît immortel.
Pendant tous ces discours la seule tourterelle
Sans rien dire fit un soupir.
Son époux, la poussant de l’aile,
Lui demande d’où peut venir
Sa rêverie et sa tristesse :
De cet heureux oiseau désires-tu le sort ?
– Moi ! Mon ami, je le plains fort ;
Il est le seul de son espèce.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

3 Réponses vers “Le phénix (Jean-Pierre Claris de Florian)”

  1. Royal plumage
    ——–

    À cet oiseau royal les autres sont soumis,
    Qui de son noble père a su suivre les traces ;
    Il est fort bien nourri, mais il n’est pas vorace,
    Il sait remplir son verre autant qu’il est permis.

    Ses quelques courtisans sont aussi des amis,
    Ils le sont devenus au fil du temps qui passe ;
    Ils boivent au jardin sous une lune basse
    À l’heure vespérale où dorment les fourmis.

    Ce royaume n’a point de force militaire,
    Les oiseaux sont chez eux partout sur notre Terre ;
    Aucun n’est actionnaire, aucun n’est décoré.

    Je les vois au matin planant dans l’atmosphère,
    Eux qui, dans ces instants, n’ont pas l’air de s’en faire ;
    Et d’autres sont au sol, en train de picorer.

    • Rapace ourocéphale
      —————–

      Je vois planer au ciel un monstre solitaire,
      Un vigoureux oiseau qui d’un roc s’élança ;
      Vers un lointain rivage ensuite il avança,
      Quant à son but final, cela reste un mystère.

      Les bardes du village un jour l’interrogèrent,
      Mais leur sollicitude envers lui l’agaça ;
      D’un terrible regard quadruple il les chassa,
      D’en tirer quelque chose ils se découragèrent.

      Le druide en a conclu, parlant sans hésiter,
      Que le rapace avait sa propre vérité ;
      Avec de l’hydromel il a béni ses plumes.

      Peut-être qu’un amour aveugle le conduit,
      Qu’à rester sous sa coupe il se trouve réduit ;
      Eros est donc aussi farceur que de coutume.

  2. Lit de flammes
    ——

    J’allume mon bûcher dans une aube argentine,
    C’est par la combustion que mon corps devient beau ;
    Mes cendres, le sais-tu, n’iront pas au tombeau,
    C’est à mon renouveau que le sort les destine.

    L’air chauffe mon plumage et brûle ma poitrine,
    Je sais à quoi m’attendre et j’accepte ces maux ;
    Je ne suis pas jaloux des autres animaux,
    Je vaux mieux que la faune, ou terrestre, ou marine.

    Sur des charbons ardents je trouve mon repos,
    Si je frémis un peu, c’est pour rester dispos ;
    Tu sauras que mon coeur est plus chaud que les flammes.

    Un ange de la Mort, près de moi voltigeant,
    Jette sur ce grand feu des regards négligents ;
    La destruction du corps, c’est le repos de l’âme.

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