Arbrealettres

Poésie

Archive for 19 février 2021

Fuyant dédaignant (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2021



Illustration: Francine Mayran-Hertzog
    
fuyant
dédaignant

ce qu’il est
ce qu’il a

cherchant
de toutes parts

la terre
qu’il porte

en lui
chemine

sans fin
l’affamé

sur les routes
de l’exode

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Cette instance (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2021




    
cette instance
qui te sape

t’érige

te maintient
au combat

qui t’émonde
et t’affûte

te lance
en avant

ou te laisse
hébété
sur le bord
du chemin

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quand tu te tiens dans la proximité du centre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2021



Illustration: Josephine Wall
    
Quand tu te tiens
dans la proximité du centre
la moindre parcelle de vie
est intégrée à la sphère

Avoir la force de t’arracher
aux joies plaisirs émotions
que te donnent tes semblables

Pour boire à cette source
où capiteuse se fait la vie

Combien seul
combien étranger à ce monde
celui que le manque
contraint à chercher
une vie plus haute

Instants
de folle ébriété

Quand un même flux
mêle en son torrent
la lumière et les eaux

Ce feu doux
de l’amour
quand l’oeil
a clarifié la flamme

Femme
c’est de toi
que me vient la vie
et je n’en finirai pas
de te louer te célébrer

que comprendre

comment rendre compte

parfois c’est le dégoût
la détresse

cette fureur du sang
parce que tout avorte

que chaque effort est vain

que rien n’échappe à la faux

ou parfois
c’est cette vénération cette joie
jubilante cette suffocante
lumière

et chaque visage m’émeut
alors jusqu’aux larmes

je déambule
dans la rue
parmi la foule

désobstrué
transparent
anonyme

avec
oui
avec
comme une lumière invaincue
qui pétille
et bat dans mes veines

minutieusement
goulûment
je vois les visages
happe cette vie
qui déferle

je me livre à chacun
je me love en chacun

en moi
s’enlacent des regards
se nouent des étreintes
s’ébauchent des nuits d’amour

et soudain me saisit
le sentiment suffocant
du mystère de la vie

hautes lames
de l’immense

dévotion éperdue

spacieux vertige

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un matin d’hiver (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2021




    
Un matin d’hiver
je me trouvais dans un train
à l’arrêt en gare de Bellegarde
et une petite fille d’une dizaine d’années
était sur le quai
Deux femmes se tenaient près d’elle
et quand celle qui pouvait être sa mère
l’a quittée
pour monter dans une voiture
cette petite fille n’a eu aucune réaction
Épaules tombantes bras ballants
elle est restée là
immobile figée
ne disant rien
ne manifestant rien
sauf que de grosses larmes
glissaient sur ses joues
et qu’on la sentait perdue
dans un abîme de solitude
accablée par une détresse
qui la rendait inconsolable
Deux ou trois ans ont passé depuis ce jour

mais de temps à autre
il arrive encore
que réapparaisse en moi
ce petit visage en larmes
pétrifié par la souffrance

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :