Arbrealettres

Poésie

Les fleurs de Paris (Albert Mérat)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2021



 

Luiza Gelts

Les fleurs de Paris

Pour faire tous les coeurs contents
Avril revient. C’est le printemps
Qui pleure, qui rit et barbotte,
Et qui, chargé de falbalas,
Nous offre ses premiers lilas
« Fleurissez-vous ! deux sous la botte ! »

Puis, comme un rêve parfumé,
Les petites roses de mai,
Et les dernières violettes,
Avec les frais muguets des bois,
Pareils à des chapeaux chinois
Qui feraient trembler leurs clochettes ;

Les seringas et les oeillets,
Points rouges, blancs et violets,
Fleurs en boutons et fleurs écloses,
Les bluets comme dans les blés,
Et les coquelicots mêlés
Aux résédas parmi les roses…

Car les jardins, les bois, les champs,
Qui connaissent bien nos penchants,
Ayant des fleurs, nous les envoient.
Ils en gardent toujours assez.
Nous marchons à pas trop pressés ;
Il est bon que nos yeux les voient.

Que le pavé soit sec ou gras,
Jonchant les charrettes à bras,
Déjà souffrantes et pâlies,
Elles embaument, voulant bien
Ne rien coûter ou presque rien,
Bien que nous les trouvions jolies.

Frêles, elles mourront demain
Dans l’eau d’un vase, ou dans la main
Distraite et blanche d’une femme,
Et, bienfaisantes pour chacun,
En rendant un dernier parfum,
Elles exhaleront leur âme.

(Albert Mérat)

Illustration: Luiza Gelts

 

2 Réponses vers “Les fleurs de Paris (Albert Mérat)”

  1. A reblogué ceci sur Maître Renard.

  2. Au jardin des impermanences
    ————-

    Ne confonds pas ces fleurs avec des immortelles,
    Bref sera leur séjour au jardin clairsemé ;
    À cette règle stricte, aucune n’est rebelle,
    Nulle ne veut garder ce qu’elles ont aimé.

    N’ayant point jalousé le vol des hirondelles,
    Elles les voient partir dans l’automne enflammé ;
    De retour au printemps, ces compagnes fidèles
    Par d’autres fleurs verront le jardin transformé.

    Or, ces oiseaux non plus ne craignent pas la mort,
    Délicate est leur âme, éphémère est leur corps
    Dont jamais un tombeau n’entretient la mémoire.

    J’aurai le souvenir, aux derniers de mes jours,
    D’une fleur, d’un poème ou bien de mes amours,
    Pour que sereine soit la fin de cette histoire.

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