Arbrealettres

Poésie

Archive for 11 juillet 2021

Conversation (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



Conversation

Comment ça va sur la terre ?
– Ca va ça va, ça va bien.

Les petits chiens sont-ils prospères ?
– Mon Dieu oui merci bien.

Et les nuages ?
– Ca flotte.

Et les volcans ?
– Ca mijote.

Et les fleuves ?
– Ca s’écoule.

Et le temps ?
– Ca se déroule.

Et votre âme ?
– Elle est malade
le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade.

(Jean Tardieu)

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Quand j’écoute et n’entends pas (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021




Quand j’écoute et n’entends pas,
quand je regarde sans voir,
quand je marche sans un pas,
quand mon soleil devient noir,

je disparais sans mourir,
je vis sans un mouvement.
Nul espoir nul souvenir
dans les forges du moment.

Fondre? Soit, mais pour renaître!
Finir pour recommencer!
Le monde est à reconnaître
sur les chemins effacés.

(Jean Tardieu)

Illustration: Joseph Galante

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ÉTUDE DE PRONOMS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



 

ÉTUDE DE PRONOMS

O toi ô toi ô toi ô toi
toi qui déjà toi qui pourtant
toi que surtout.

Toi qui pendant toi qui jadis toi que toujours
toi maintenant

Moi toujours arbre et toi toujours prairie
moi souffle toi feuillage
moi parmi, toi selon!

Et nous qui sans personne
par la clarté par le silence
avec rien pour nous seuls
tout, parfaitement tout!

(Jean Tardieu)

Illustration: Gulácsy Lajos

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si je partais sans me retourner (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



Si je partais sans me retourner,
je me perdrais bientôt de vue.

(Jean Tardieu)


Illustration: Claude Garache

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , | 4 Comments »

Les dangers de la mémoire (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



Ils s’assemblent souvent, pour lutter
contre des souvenirs très tenaces.
Chacun dans un fauteuil prend place
et ils se mettent à raconter.

Les accidents paraissent les premiers
puis l’amour, puis les sordides regrets
enfin les espérances mal éteintes.
Toutes ces images sont peintes
au mur, entre les fleurs du papier.

Ils pensent ainsi s’habituer
aux poisons que leur mémoire transporte.
– Moi cependant, derrière la porte,
je vois le PRESENT fuir avec ses secrets.

(Jean Tardieu)


Illustration: Dominique Albertelli

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les erreurs (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



 

Les erreurs

(la première voix est ténorisante,
maniérée, prétentieuse ;
l’autre est rauque, cynique et dure.)

Je suis ravi de vous voir
bel enfant vêtu de noir.

– Je ne suis pas un enfant
je suis un gros éléphant.

Quelle est cette femme exquise
qui savoure les cerises ?

– C’est un marchand de charbon
qui s’achète du savon.

Ah ! Que j’aime entendre à l’aube
roucouler cette colombe !

– C’est un ivrogne qui boit
dans sa chambre sous le toit.

Mets ta main dans ma main tendre
je t’aime ô ma fiancée !

– Je n’suis point vot’ fiancée
je suis vieille et j’ suis pressée
laissez-moi passer !

(Jean Tardieu)

 

 

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Avancez! Reculez ! Arrêtez ! (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



Avancez! Reculez ! Arrêtez ! – Des ordres
chuchotés haletants à l’oreille. Obéis !
(Capitaines cachés dans la faim et la soif)
Fuis ! Montre-toi ! Un salut !
Signe tais-toi réponds prends garde !

Que d’ordres venus de partout !
Le soleil ? – La main sur les yeux !
La pluie ? – Courbe le dos !
L’amour qui arrive ? – Attention !
Et ces morts en travers du chemin tout à coup !

Chocs et contre-temps de la ville
et de la vie je suis tranquille
seulement si mon souffle et mon pas vous rassemblent.
L’instable est mon repos.

(Jean Tardieu)


Illustration: Herbert Bayer

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Est-ce pour moi (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021




Est-ce pour moi ce jour ces tremblantes prairies
ce soleil dans les yeux ce gravier encor chaud
ces volets agités par le vent, cette pluie
sur les feuilles, ce mur sans drame, cet oiseau ?

(Jean Tardieu)

Illustration: Francisco Bajén

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le citadin (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



Le citadin

Avancez! Reculez! Arrêtez! – Des ordres
chuchotés haletants à l’oreille. Obéis!
(Capitaines cachés dans la faim et la soif)
Fuis! Montre-toi! Un salut!
Signe, tais-toi, réponds, prends garde!

Que d’ordres venus de partout!
Le soleil? – La main sur les yeux!
La pluie? – Courbe le dos!
L’amour qui arrive? – Attention!
Et ces morts en travers du chemin tout à coup!

Chocs et contretemps de la ville
et de la vie, je suis tranquille
seulement si mon souffle et mon pas vous ressemblent.

L’instable est mon repos.

(Jean Tardieu)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE ROI DES AULNES (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



Illustration: Carl Gottlieb Peschel
    
LE ROI DES AULNES

Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ?
C’est le père, le père avec son enfant.
Il tient le garçon dans ses bras serré
Pour le protéger, pour le réchauffer.

Mon fils, pourquoi donc cacher ton visage ?
– Père, vois-tu pas venir le Roi des Aulnes?
Avec ses cheveux, avec sa couronne ?
Mon fils, ce n’est rien qu’un léger nuage.

Petit enfant, viens, viens donc avec moi !
Que de jolis jeux jouer avec toi !
Et combien de fleurs brillent sur nos bords!
Ma mère, chez elle, a des habits d’or!

— Mon père, mon père, n’entends-tu pas
Ce que me promet, ce que dit le Roi?
Calme-toi mon fils, mon fils sois tranquille
Dans les feuilles mortes c’est le vent qui file.

Ne veux-tu donc pas venir avec moi ?
Mes filles sauront si bien t’accueillir
Elles qui conduisent la ronde des bois
Te feront danser, chanter et dormir.

Mon père, mon père, vois-tu là-bas
Les filles du Roi dans ce lieu sans fleurs?
Mon fils, mon garçon je vois bien cela :
Les saules sont vieux, grise est leur couleur.

Je t’aime, je t’aime, enfant, tu me plais !
Si tu ne veux pas, je te forcerai.
Mon père, mon père, il va m’emporter
Le Roi m’a fait mal, le Roi m’a blessé !

Le père a grand’peur, il chevauche vite
Il tient dans ses bras l’enfant qui gémit.
Il atteint la cour, un dernier effort :
Déjà dans ses bras l’enfant était mort.

***

ERLKÖNIG

Wer reitet so spat durci, Nacht und Wind ?
Es ist der Vater mit seinem Kind;
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er faßt ihn Bicher, er halt ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht ?-
Siehst, Vater, du den Erlkönig nicht ?
Den Erlenkönig mit Kron und Schweif ?-
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif.-

»Du liebes Kind, komm, geh mit mir!
Gar schöne Spiele spiel ici, mit dir;
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gulden Gewand.

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht ?-
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind;
In dürren Blättern säuselt der Wind.-

»Willst, Feiner Knabe, du mit mir gehn ?
Meine Richter sollen dich warten schön ;
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn,
Und wiegen und tanzen und singen dich

Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Richter am düstern Ort ?-
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh es genau :
Es scheinen die alten Weiden so grau.-

»Ich Liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt;
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt. «
Mein Vater, mein Vater, jetzt faßt er mich an!
Erlkönig hat mir ein Leids getan

Dem Vater grausets, er reitet geschwind,
Er halt in Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Müh und Not;
In seinen Armen das Kind war tot.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Elégie de Marienbad
Traduction: Jean Tardieu
Editions: Gallimard

    

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :