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Poésie

Archive for the ‘méditations’ Category

Dans les yeux, rien de leur histoire ne s’efface (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Dans les yeux, rien de leur histoire ne s’efface;
Rien n’est soluble; tout s’avère à leur surface…

Ainsi tels yeux ont l’air pauvres dorénavant
Pour avoir médité d’entrer en un couvent;
Tels sont en fleur pour avoir vu des orchidées;
D’autres sont nus de tant de fautes regardées;
On y perçoit des courtisanes se baignant
Et par leurs fards perdus l’eau des yeux est nacrée;
D’autres, pour être nés près d’un canal stagnant,
Portent un vaisseau noir qu’aucun marin ne grée
Et qui semble, dans eux, captif en des glaçons…
Prolongement sans fin ! Survie ! Aubes lointaines !
Ciel qui met dans les puits de bleus caparaçons !
Nuages habitant les prunelles humaines !

Tout le passé qui s’y garde, remémoré !
Tout ce qui s’y trahit qu’on croyait ignoré :
Les voeux qu’on viola; les seins que nous fleurîmes;
Et le regard qu’on eut en pensant à des crimes;
Et le regard qu’on eut, pris d’un dessein vénal,
Fût-ce un instant, jadis, devant des pierreries
— Trésor qu’on troquerait contre ses chairs fleuries —
Et qui fait à jamais, de 1’oeil, l’écrin du Mal.

Car tout s’y fige, y dure, et tout s’y perpétue
Désirs, mouvements d’âme, instantané décor,
Tout ce qui fut, rien qu’un moment, y flotte encor;
Dans l’air des yeux aussi survit la cloche tue,
Et l’on voit, dans des yeux qui se croient gais et beaux,
D’anciens amours mirés comme de grands tombeaux !

(Georges Rodenbach)

 

 

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Le Pèlerinage de Vie Humaine (Guillaume de Digulleville) Enluminures du 14 ème siècle

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017


Poésie des Enluminures

Le Pèlerinage de la vie humaine / Guillaume de Digulleville
L’œuvre, de 13 540 vers, décrit comment, après la lecture du Roman de la Rose,

Guillaume, dans une vision, fait un pèlerinage spirituel vers Jérusalem.

C’est d’ailleurs un anti – Roman de la Rose, qu’il appelait le roman de la Luxure.

L’histoire de l’œuvre est curieuse : il dut l’écrire deux fois, l’original ayant été volé.

Mais c’est la première rédaction, de 1330-31, reniée pour son imperfection,

et non la seconde, de 1335, qui s’est largement diffusée

« Lecteur, fais attention,

toi qui lis ce livre.

A la fin de l’ouvrage,

tu ne seras plus le même. »

 

 

Songe de Guillaume de Digulleville : la Jérusalem céleste

Songe de Guillaume de Digulleville : la Jérusalem céleste

Le Pèlerin et Grâce de Dieu

Grâce de Dieu montrant sa maison au pèlerin

Baptême du pèlerin

Moïse remettant un pot d’onguents à son official

Mariage

Raison prêchant

Grâce de Dieu présentant le pèlerin à Moïse

Raison prêchant

Raison prêchant

Grâce de Dieu et le pèlerin dînant avec Moïse

Raison et le pèlerin

Nature et Grâce de Dieu

Nature et Grâce de Dieu

Charité et Pénitence devant le pèlerin et des clercs

Charité et Pénitence devant le pèlerin et des clercs

Moïse donnant la communion devant Grâce de Dieu et le pèlerin

Grâce de Dieu sortant d’un coffre un bourdon et une besace

Grâce de Dieu remettant au pèlerin le bourdon

Grâce de Dieu montrant au pèlerin ses armes

Grâce de Dieu montrant au pèlerin ses armes

Grâce de Dieu armant le pèlerin

Grâce de Dieu armant le pèlerin

Grâce de Dieu armant le pèlerin

Grâce de Dieu armant le pèlerin

Grâce de Dieu armant le pèlerin

Grâce de Dieu armant le pèlerin

Grâce de Dieu armant le pèlerin

Pèlerin ôtant ses armes devant Grâce de Dieu

Pèlerin désarmé

Le Pèlerin et Grâce de Dieu

Guillaume de Digulleville écrivant

Guillaume de Digulleville écrivant

Guillaume de Digulleville écrivant

Le Pèlerin et Rude Entendement

Le Pèlerin et Rude Entendement

Le Pèlerin, Raison et Rude Entendement

Le Pèlerin et Rude Entendement

Le Pèlerin et Rude Entendement

Le Pèlerin, Raison et Mémoire

Le Pèlerin et Raison

Le Pèlerin rencontrant Oisiveté

Le Pèlerin rencontrant Oisiveté

Paresse entravant le cheminement du pèlerin

Paresse frappant le pèlerin

Paresse frappant le pèlerin

Le Pèlerin rencontrant Flatterie et Orgueil

Paresse entravant le cheminement du pèlerin

Le Pèlerin rencontrant Flatterie et Orgueil

Le Pèlerin, Flatterie, Envie, Trahison et Détraction

Le Pèlerin, Orgueil et Colère

Le Pèlerin, Paresse et Mémoire

Le Pèlerin et Convoitise

Le Pèlerin et Convoitise

Le Pèlerin, Gloutonnerie et Luxure

Luxure et Gloutonnerie frappant le pèlerin

Grâce de Dieu rendant au pèlerin son bourdon

Le Pèlerin priant la Vierge à l’Enfant

Grâce de Dieu montrant au pèlerin l’oeil qui pleure

Grâce de Dieu montrant au pèlerin l’oeil qui pleure

Grâce de Dieu montrant au pèlerin l’oeil qui pleure

Le Pèlerin devant la mer du péché

Le Pèlerin devant la mer du péché

Le Pèlerin et le diable qui pêche dans la mer

Le Pèlerin et Hérésie

Le Pèlerin et Grâce de Dieu

Le Pèlerin et Jeunesse

Le Pèlerin et Jeunesse

Le Pèlerin et Jeunesse

Grâce de Dieu montrant au pèlerin une nef, la Religion

Le Pèlerin et Charité sur la nef de Religion

Le Pèlerin sur la nef de Religion

Le Pèlerin sur la nef de Religion

Le Pèlerin sur la nef de Religion

Le Pèlerin et Charité sur la nef de Religion

Trois morts servant trois vivants à table

Pèlerin lié par Obéissance

Le Pèlerin rencontrant Vieillesse et Maladie

La Mort apparaissant au pèlerin

Le Pèlerin alité

Le Pèlerin alité

Pèlerin alité

Pèlerin alité

Pèlerin alité

Licorne ; Ours

L’Ame du pèlerin et Reproche

L’Ame du pèlerin et Reproche face à saint Michel

L’Ame du pèlerin et Reproche face à saint Michel

Pèlerin alité et Justice

Ames damnées emmenées par des diables

L’Ame du pèlerin et son ange gardien cheminant vers le Purgatoire

L’Ame du pèlerin et son ange gardien dans les flammes du Purgatoire

Anges gardiens implorant Prière pour les âmes au Purgatoire

Ame du pèlerin et son ange gardien dans les flammes du Purgatoire

En Enfer, l’âme du pèlerin devant le supplice des hypocrites

En Enfer, l’âme du pèlerin devant le supplice des querelleurs

En Enfer, l’âme du pèlerin devant le supplice des luxurieux

En Enfer, l’âme du pèlerin devant le supplice des luxurieux

L’Ame du pèlerin et son ange gardien quittant l’Enfer


Le Pèlerinage de la vie humaine / Guillaume de Digulleville

Autre version


Deux femmes refont un lit

Le moine Guillaume repose dans un lit

Ange gardien de la forteresse

Equerre d’Or

 

Grâce de Dieu: « ce bourdon est ton épée spirituelle »

Mémoire porte les souvenirs

Le Pèlerin dans sa robe éclatante lit au vieillard:
« Ecoute le message d’amour, en oubliant ton coeur,
tu es devenu vieux et froid comme le glaçon »

Conscience parle au Pèlerin:
« Sors de l’écorce inerte. Qui t’empêche de voler au-dessus de toi?
Regarde-toi tel que tu es »

 

Le paysan rempaille une natte

« Ange, je suis si mal.

J’ai perdu le bourdon,

je ne suis plus rien. »

Grâce de Dieu descendit plus près de lui avec,

dans sa main minuscule, l’immense bâton doré.

L’homme à terre sourit à sa vue, mais l’ange ajoute:

« J’ai eu toutes les peines du monde

à traverser tes ombres pour venir à toi.

Mon apparence est accordée à la place que tu me donnes.

C’est ta liberté que je sois ou non petite à tes côtés.

Ton coeur s’est refroidi.

Prie pour le réchauffer. »

 

Regarde! L’oeil du sommet. Il verse des larmes sur ta peine.
Je les garde pour ton bain.

Grande mer arrêtant le Pèlerin. Des personnages sont en train de se noyer . Deux anges viennent à leur secours.

« Qui t’empêche de voler au-dessus de la mer? » demande Jeunesse.
Mes ailes me portent vers le ciel.
Grâce à elles, je te mènerai à celle qui te délivrera de toute pesanteur. Monte sur mes épaules et je te porterai à travers les airs »

A mesure qu’elle s’approchait de lui, Mort devenait plus belle.
Il contemplait maintenant les traits si doux de son visage.
Et voyant son sourire radieux, il espérait que la dame se penche un peu plus vers lui.
Il la voulait toute proche, il la désirait. Alors, dans un sourire,
Mort laissa courir sa faux et sépara son âme de son corps.

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Poigne d’homme (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



    

Poigne d’homme
Face d’homme
étoile de sang sur le front

Corps broyé
Os rompus
étoile de sang dans le cœur

Broyée la promesse
Rompue la parole
étoile de sang voici l’homme

(François Cheng)

 

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L’aigle invisible est en vous (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017




    
L’aigle invisible est en vous
Rochers surgis de nos rêves

En nous la flamme
En nous le vol
En nous la nuit fulgurante

Que nous ignorions

Rochers surgis de nos rêves
L’invisible aigle est en vous

Embrassant Yin
Endossant Yang
Frayant en nous la voie sûre

Que nous ignorions

Sol craquelé
Ciel constellé
En nous votre élan charnel

À l’aube de toute route
Vous dressez vos corps ailés

Parfois nos mains calleuses
Brisant les frimas figés
Un ange renaît sourire

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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D’une main l’autre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



Illustration: ArbreaPhotos
    
D’une main l’autre
Le secret avoué
demeure secret
À l’instar
de l’ombre transparente
ou de l’opaque clarté
Qui s’attarde
Entre
La carafe remplie de vin
Et le bol
au cœur vide

Offrande
à l’Inespéré
Que perpétuent
jour après jour
Deux mains jointes

(François Cheng)

 

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L’infini (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



Illustration
    
L’infini n’est autre
Que le sans fin
va-et-vient
Entre ce qui se cherche
Et ce qui se perd
Mille veines ouvertes
d’un cœur l’autre

(François Cheng)

 

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Dans l’infernal souterrain (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

Dans l’infernal souterrain
Devançant tous les adieux
D’un coup nous sommes sauvés
Main à main
Paume à paume
Nous voici ailés
Nous voici anges
Les veines entre-mêlées irriguant le désir
bruissent d’en-vol et d’ex-tase…

(François Cheng)

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Ame soeur (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

Ame soeur
Entends-tu ce qui
Vient de l’heure, ce qui
Vient du coeur, à l’heure
De l’abandon, à l’heure
Du crève-coeur,
Ce battement depuis
La naissance, déchirant
Les entrailles maternelles,
Déchirant l’écorce
Terrestre, ce battement
Qui cherche à se dire,
Qui cherche à se faire
Entendre, entends-tu
Ame soeur
Ce cri d’avant-vie, plein
D’une étrangère nostalgie,
De ce qui avait été
Rêvé, et comme à jamais
Vécu, matin de brume
D’un fleuve, nuage
Se découvrant feuillage,
Midi de feu d’un pré, pierre
Se dévoilant pivoine, toute
La terre embrasée, tout
Le ciel incandescent
En une seule promesse,
En une seule invite
Ne rate pas le divin
Ne rate pas le destin,
Entends-tu ce qui
Vient de la flamme
Du cœur, à l’heure
Du crève cœur, ce cri
Surgi un jour, à ton
Insu, en toi-même,
Le transparent, le transportant,
Le transfigurant, seul cri
Fidèle à l’âme en attente,
Ame sœur.

(François Cheng)

 

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S’abaisser jusqu’à l’humus (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

S’abaisser jusqu’à l’humus où se mêlent
Larmes et rosées, sangs versés
Et source inviolée, où les corps suppliciés
retrouvent la douce argile,
Humus prêt à recevoir frayeurs et douleurs,
Pour que tout ait une fin et que pourtant
rien ne soit perdu.

S’abaisser jusqu’à l’humus où se loge
La promesse du souffle originel. Unique lieu
De transmutation où se frayeurs et douleurs
Se découvrent paix et silence. Se joignent alors
Pourri et nourri, ne font qu’un terme et germe.
Lieux du choix : la voix de mort mène au néant,
Le désir de vie mène à la vie. Oui, le miracle a lieu,
Pour que tout ait une fin et que pourtant
toute fin puisse être naissance.

S’abaisser jusqu’à l’humus, consentir
A être humus même. Unir la souffrance portée
Par soi à la souffrance du monde ; unir
Les voix tues au chant d’oiseau, les os givrés
Au vacarme des perce-neige !

(François Cheng)

 

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Du pied à la pierre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

Du pied à la pierre
Il n’y a qu’un pas

Mais que d’abîmes à franchir

Nous sommes soumis au temps
Elle, immobile
Au cœur du temps
Nous sommes astreints aux dits
Elle, immuable
Au cœur du dire

Elle, informe
Capable de toutes les formes
Impassible
porteuse des douleurs du monde

Bruissante de mousses, de grillons
de brumes transmuées en nuages
elle est voie de transfiguration

du pied à la pierre
il y a qu’un pas

vers la prescience
vers la présence.

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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