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Poésie

Posts Tagged ‘à genoux’

CENDRES (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




CENDRES

Nous avons dit des paroles,
paroles pour réveiller des morts,
paroles pour faire un feu,
paroles où pouvoir nous asseoir
et sourire.

Nous avons créé le sermon
de l’oiseau et de la mer,
le sermon de l’eau,
le sermon de l’amour.

Nous nous sommes mis à genoux
et avons adoré de longues phrases
comme le soupir de l’étoile,
phrases comme des vagues
phrases avec des ailes.

Nous avons inventé de nouveaux noms
pour le vin et pour le rire,
pour les regards et leurs terribles
chemins.

A présent moi je suis seule
— comme l’avare délirante
sur sa montagne d’or —
lançant des paroles vers le ciel,
mais moi je suis seule
et je ne peux pas dire à mon aimé
ces paroles pour lesquelles je vis.

(Alejandra Pizarnik)

 

 

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Le monde est en feu, je l’aime… (Ronny Someck)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018




    
Le monde est en feu, je l’aime…

Le monde est en feu, je l’aime.
En feu la laisse du chien qui m’a conduit aveugle
dans un amour ancien,
en feu le chacal qui hurle dans une chambre de soldat face
à une porte fermée à clé,
la queue-de-cheval derrière une nuque hollandaise,
les lèvres où s’étale un lipstick canadien,
en feu le glaïŽeul qui a griffé la tête
d’une poétesse de Kiryat Ono,
en feu les vers de celle qui a toujours écrit
sur les roues du camion qui a fini par l’écraser,
en feu le sol qui garde les traces
de ma première danse,
en feu la lune
et ses dunes de sable,
la tempête,
la mer dont les vagues se mettent à genoux
devant l’allumette
qui met le feu aux poudres.

(Ronny Someck)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Dans la noire impasse (José Marti)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



 

hibou  url

Dans la noire impasse
Où j’erre dans les ténèbres,
Je lève les yeux et je vois
L’église, dressée, dans un angle.

Faut-il croire à un mystère ?
A une révélation, à une puissance ?
Faut-il, à genoux,
Se prosterner ? Que croire ?

La nuit tremble, sur la treille
La chenille mord le bourgeon ;
Elle grince, appelant l’automne,
La creuse et brune cigale.

Deux grincements : attentif au duo,
Je lève les yeux et je vois
Que l’église de la promenade
A la forme d’un hibou.

(José Marti)

Illustration

 

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Mille hectares (Paol Keineg)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Désiré François Laugée
    
Mille hectares de crise de nerfs.
C’est un gros travail d’avoir,renoncé à la tragédie.
Dans l’état où on est, à genoux dans les choux.

Lessives de ma mère d’autrefois, blanc éclatant,
gouttes qui filent : on s’y frappe la figure en courant le long du fil.
Elles endossent des formes légères,
prenent vie sous les doigts.
J’ai été là, c’est sûr.

(Paol Keineg)

 

Recueil: Là, et pas là
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

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Chanson pour le jardin d’une nonne (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Combien de rires, dites, combien de roses
dans le corsage d’une nonne.
Combien de roses fanées,
combien de rires rongés,
combien de corps piétines
pour un seul qui n’existe pas.

Combien de rêves, dites, combien de fièvres
dans le corsage d’une nonne.
Combien de rêves chassés,
combien de fièvres brûlées,
combien de cœurs dépecés
pour un seul qui n’existe pas.

Mais, sur sa monture luisante,
voici le sauveur.
La nonne, à genoux, l’accueille,
tremblante comme une feuille
et blanche comme la douleur.

Combien d’eau dites, combien d’étoiles
dans le corsage d’une fiancée.
Combien de fleuves retrouvés,
combien de bateaux pavoisés,
combien de rives enchantées
pour un jour qui va naître.

Le cavalier d’amour l’emporte
quand, du couvent, la lourde porte
se referme sur les années;

sur les nonnes en prière
qui ne seront plus de pierre.

(Edmond Jabès)

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LA FEMME DE MENAGE (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



LA FEMME DE MENAGE

le seul plaisir que ma mère,
a dû avoir dans sa vie de misère
c’est quand elle faisait
le ménage dons les maisons
des quartiers riches

pendant les longues heures
qu’elle passait à genoux
à cirer les parquets
des maisons riches
elle se disait c’est beau ici
je me sens un peu comme chez moi
chaque fois que je fais le ménage ici

et pendant qu’elle astiquait
les meubles dernier cri des riches
époussetait leurs bibelots
faisait leurs lits
lavait leur vaisselle
repassait leurs cols de chemises
en prenant bien soin
de ne pas faire de faux-plis
elle se disait qu’est-ce qu’ils ont
comme belles choses ces gens-là
tout en contemplant d’un air absent
ses mains gercées

***

THE CLEANING WOMAN

the only pleasure my mother
must have had
in her miserable life
was when she cleaned
the houses of the rich

during the long hours she spent
on her knees scrubbing floors
she would say to herself
it’s so beautiful here
I always feel like I am at home
whenever I come here

and while she polished
the fancy furniture
dusted the bibelots
made the beds
washed the dishes
pressed the shirts of monsieur
being very careful not to make
a double crease in the collar
she would say absently
while contemplating
her bruised hands
what beautiful things
these people have

(Raymond Federman)

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VISION BÉATIFIQUE (Negro Spirituals)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Hans Memling
    
VISION BEATIFIQUE

Ya pas longtemps,
Ya pas longtemps,
Ya pas longtemps,
J’entendis les anges qui chantaient.

Dedans ma chambre,
Dedans ma chambre,
Dedans ma chambre,
J’entendis les anges qui chantaient.

M’ suis mis à g’noux,
M’ suis mis à g’noux,
M’ suis mis à g’noux,
En entendant les anges chanter.

Ici, pas d’ mort,
Ici, pas d’ mort,
Ici, pas d’ mort,
C’était ça qu’ les anges me chantaient.

Ici, pas d’ larmes,
Ici, pas d’ larmes,
Ici, pas d’ larmes,
C’était ça qu’ les anges me chantaient.

Ma chambre brillait,
Ma chambre brillait,
Ma chambre brillait,
pendant tout l’ temps qu’ les anges chantaient.

A droite, à gauche,
A droite, à gauche,
A droite, à gauche,
Yavait des tas d’anges qui chantaient.

En haut, en bas,
En haut, en bas,
En haut, en bas,
Yavait des tas d’anges qui chantaient.

(Negro Spirituals)

 

Recueil: Fleuve profond, sombre rivière
Traduction: Marguerite Yourcenar
Editions: Gallimard

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De temps en temps (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



Illustration: Boyan Dimitrov
    
de temps en temps
à genoux la traverser
parcourir la nuit
chargé de ses pavots

(Mohammed Dib)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: De la Différence

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O Fontaine… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
O Fontaine…

O Fontaine
Toi blessé(e) par le feu
O Fontaine
Tu te tais en ce lieu
Et le soir se reflète et saigne en ton miroir.
Un pan de la nuit
Au ciel se déchire si tu fuis
Ah! les feux du soir
Tremblant au dortoir
Temps fermé
C’est en vain qu’à tes horloges
On frappe et interroge
Les bûchers sont en feu pour la mort du jour
Au son lourd des tambours

O Fontaine
Tu meurs en vain sur les cailloux
Toi blessée au feu,
Pleurant à genoux
Temps fermé
Temps mort
Tu te tais en ce lieu
Ta mort n’est qu’un jeu.
Et ta vie un désaccord.
O temps
O jours et nuits
O jardins pour personne

O Fontaine
Toi blessé(e) par le feu
O Fontaine
Tu te tais en ce lieu
Et le soir se reflète et saigne en ton miroir.
Un pan de la nuit

Au ciel se déchire si tu fuis
Ah! les feux du soir
Tremblant au dortoir

Temps fermé
C’est bien en vain qu’en tes horloges
Temps
Au son lourd des tambours
Les bûchers sont en feu pour le remords du jour
Au son lourd des tambours
O Fontaine
Toi blessé(e) par le feu.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Perfection (Eve Saint-Prix)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



 

Perfection

Chacun est une perfection, une aventure,
Une histoire inventée, parfois une imposture
Nous suivons une piste tracée rien que pour nous
Faisant fi des dangers, mais parfois à genoux

Il nous faut bien admettre qu’une force plus grande
Peut nous faire échouer. Alors on se demande
Aurais-je la force, pourrais-je encore construire
Ma vie, mon âme, mon coeur, il faut tout rebâtir

Chaque vie est unique, un sombre et long chemin
Le seul qui le connaisse est celui qui s’y tient
Mais parfois, oh miracle, on en peut partager

Quelques heures, quelques jours, parfois quelques années
C’est un bienfait immense, une douce harmonie
Deux sur un seul chemin, deux pour une seule vie

(Eve Saint-Prix)

 

 

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