Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘abandon’

Et j’ai parlé souvent de la durée (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



 

Misha Gordin Sheptun

Et j’ai parlé souvent de la durée car je l’ai mesurée
du matin au soir et du matin au soir
et que c’est difficile de ne jamais constater qu’il est très tard…
Et voici
J’ai répété les mêmes mots car chaque matin me présentait la même vision morne…
Et sans doute un million d’hommes étaient comme moi
Ils sentaient et ne sentaient pas
Et l’on était sans joie ou enfermés dans la brume trop sonore des voix
Mais moi je sais qu’on était sans joie
Mais il n’y a pas d’abandon pas d’abandon…

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Misha Gordin

 

Publicités

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CARCERI D’INVENZIONE (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



 

Illustration:  Giovanni Battista Piranesi
    
CARCERI D’INVENZIONE *

Ces voûtes sombres claires sombres

éclairs sans ciel
rayons sans astre
ni nocturnes ni diurnes

ces voûtes
rationnelles et énigmatiques

ces fosses et ces trous
sont nos abris
ces crevasses ces galeries
sont nos antres
ces ponts et ces poutres
nos routes vers l’erreur

devant cet attirail
qui nous dépasse
nous paraissons
chétifs et sans voix

rêveurs debout
prisonniers
invaincus

Ces grouillantes
oubliettes
où l’abandon règne

ces voûtes de rêve
à l’infini sombres
à l’infini claires
infinies

impénétrables
sont
nos rêveuses têtes

* Prisons imaginaires : suite de dix-huit eaux-fortes de Piranèse.

(Hans Magnus Enzensberger)

 

Recueil: Mausolée
Traduction: Maurice Regnaut et Roger Pillaudin
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’est avant ton réveil… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2018



 

Illustration: Pablo Ruiz Picasso
    
C’est avant ton réveil…

1
C’est avant ton réveil
Ce clair matin
Aux rayons de soleil
Dorant ton teint
Que j’observe tes lèvres
Et tes beaux yeux
Noirs d’amoureuses fièvres
Et tes cheveux.
Tu resteras toujours
Mon chéri mon amour
Non je ne veux pas croire
Amour à ma victoire
Il est près de moi celui que j’aime
Hélas dans mon inquiétude extrême
Je crains son abandon
Amour chéri pardon
Si je doute de toi
Douteras-tu de moi ?
Tu resteras chéri
Mon unique souci
Tu resteras toujours
Mon seul amour.

2
Qu’il est beau ton sommeil
Est-il sans fin
Et ton souffle pareil
Au doux matin
Se peut-il que tu meures
Jamais un jour
Que seule je demeure
Avec l’amour
Tu resteras toujours
Mon chéri mon amour
Tu ne peux disparaître
Tu possèdes mon être
Et dans mes yeux vivra ton image
En dépit de la mort et de l’âge
Si tu m’entends pardon
Je crains ton abandon
Mais j’ai confiance en toi
J’ai confiance en ta foi.

Tu resteras chéri
Ma joie et mon ami
Tu resteras toujours
Mon seul amour.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES HOMMES SUR LA TERRE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018




    
LES HOMMES SUR LA TERRE

Nous étions quatre autour d’une table
Buvant du vin rouge et chantant
Quand nous en avions envie.

Une giroflée flétrie dans un jardin à l’abandon
Le souvenir d’une robe au détour d’une allée
Une persienne battant la façade.

Le premier dit : « Le monde est vaste et le vin est bon
Vaste est mon coeur et bon mon sang
Pourquoi mes mains et mon coeur sont-ils vides ? »

Un soir d’été le chant des rameurs sur une rivière
Le reflet des grands peupliers
Et la sirène d’un remorqueur demandant l’écluse.

Le second dit : « J’ai rencontré une fontaine
L’eau était fraîche et parfumée
Je ne sais plus où elle est et tous quatre nous mourrons. »

Que les ruisseaux sont beaux dans les villes
par un matin d’avril
Quand ils charrient des arcs-en-ciel.

Le troisième dit : « Nous sommes nés depuis peu
Et déjà nous avons pas mal de souvenirs
Mais je veux les oublier. »

Un escalier plein d’ombre
Une porte mal fermée
Une femme surprise nue.

Le quatrième dit : « Quels souvenirs?
Cet instant est un bivouac
O mes amis nous allons nous séparer. »

La nuit tombe sur un carrefour
La première lumière dans la campagne
L’odeur des herbes qui brûlent.

Nous nous quittâmes tous les quatre
Lequel étais-je et qu’ai-je dit?
C’était un jour du temps passé.

La croupe luisante d’un cheval
Le cri d’un oiseau dans la nuit
Le clapotis des fleuves sous les ponts.

L’un des quatre est mort
Deux autres ne valent guère mieux
Mais je suis bien vivant et je crois que c’est pour longtemps.

Les collines couvertes de thym
La vieille cour moussue
L’ancienne rue qui conduisait aux forêts.

O vie, ô hommes, amitiés renaissantes
Et tout le sang du monde circulant dans des veines
Dans des veines différentes mais des veines d’hommes, d’hommes sur la terre.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Fortunes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

JEUNE HOMME (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Illustration: Renaud Baltzinger
    
JEUNE HOMME

Oh! me coucher tranquillement
Pendant des heures infinies!
Et j’étais pourtant ton amant
Lors des abandons que tu nies.

Tu mens trop! Toute femme ment.
Jouer avec les ironies,
Avec l’oubli froid, c’est charmant.
Moi, je baise tes mains bénies.

Je me tais. Je vais dans la nuit
Du cimetière calme où luit
La lune sur la terre brune.

Six balles de mon revolver
M’enverront sous le gazon vert
Oublier tes yeux et la lune.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les poètes profèrent (Hélène Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



    

Les poètes
Profèrent

Chacun avec sa voix
Son cri

Ce chant
Qui enveloppe la terre et les étoiles

Jusqu’aux confins
De l’univers

Et c’est une même poésie
Pleine de larmes et de rires

Une poésie vaste comme la nuit
Qui chante pour chacun

La solitude des lisières
De l’abandon et de la peur

Quand s’ouvre sur le monde
Une fenêtre claire.

(Hélène Cadou)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Que je puisse me laisser rencontrer (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



 

Illustration: Gilbert Garcin
    
Que je puisse me laisser rencontrer, que je le puisse moi-même,
c’est là le premier don de l’autre,
et c’est en tant que véritable don que véritablement il m’appartient…

C’est l’autre déjà qui me donne le pouvoir de me donner à lui.
Cet abandon est son événement et son avènement.

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: L’effroi du beau
Traduction:
Editions: Le Cerf

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il cherche un mot (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Illustration: Horace Vernet 
    
Il cherche un mot

Il cherche un mot qu’il a perdu jadis
dans sa mémoire ou dans le grand canal
qui le relie à des fleuves perdus,
un mot sans joie et dont il ne sait rien
sinon qu’il pleure un abandon fatal.

Il cherchera tout au long de sa vie
dans le lexique ou dans le volubulaire.
Il croit qu’il vole, à moins que minéral,
il soit joyau, à moins que végétal,
il soit caché dans le jardin des jours.

Et le voilà, ce mot, il filtre à peine
et l’homme rêve : il va surprendre enfin
ce qui fuyait sa vie et sa pensée.

Ce mot qui tremble, il est la clé du monde.
L’homme l’entend, il va le révéler
lorsque la mort pose un doigt sur sa bouche.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je reste à vous attendre au bord de ma fenêtre (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Mais qu’importe à l’oiseau
Qui porte dans le rêve
L’abandon de son aile
Et ces grands alizés

Le regret du poète
Et son amour pareil
Au doux vrombissement
D’un insecte doré

Voyageurs de ma vie
Qui parcourez sans peine
Cet océan de brume
Entre le monde et moi

Je reste à vous attendre
Au bord de ma fenêtre
Soleils tant attendus
Par les jours de grands froids!

(René Guy Cadou)


Illustration: Serguéï Andréïévitch TOUTOUNOV

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je t’ai faite, depuis, la reine de mes rêves (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017




Je t’ai faite, depuis, la reine de mes rêves.
Nulle frontière autour et le domaine est tel
qu’en face l’infini n’est qu’un simple archipel
dont la fine échancrure enfle d’un flot de sève.

Quelle semence d’or sur l’espace et le temps !
Déjà le grand pavot mystique nous embaume.
L’Eternité fleurit dans le coeur du royaume
et c’est toi le lotus lumineux de l’Etang.

Mais ton haut « ravenale » arborant sa verdure
déploie en éventail nos millions de désirs :
l’hivernage, trop long, a durci la nervure.

Quand donc retentiront, pour nos divins plaisirs,
et l’appel du printemps et le chant de la rose
et les cris d’abandon de ta nudité rose…

(Jacques Rabemananjara)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :