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Poésie

Posts Tagged ‘abandon’

LAISSE ICI TON BAGAGE D ESPOIR… (Pierre Gabriel)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration
    
LAISSE ICI TON BAGAGE D’ESPOIR…

Laisse ici ton bagage d’espoirs,
De peurs secrètes, de ténèbres,
Tes oripeaux d’enfance, tes ferveurs,
Et tous les morts qui t’accompagnent
De leurs paisibles voix aimées.
Tu dois poursuivre seul,
Lourd de tes mots, de tes silences,
Sans autre recours que ton dénuement,
Pour mesurer ta vie
A l’abandon des êtres et des rêves,
Pour que ton âme s’illumine
De ce qu’elle a quitté.

Ce qui est écrit sur la pierre
Ne t’apprend rien que tu ne saches.
Méfie-toi de ces mots qui voudraient
Te parler de toi. Ils sont leurres.
Ce qu’ils cherchent à dire
Demeure en deçà des paroles.
Fouille en toi plus profond,
Jusqu’à cette lueur qui tremble
En ce miroir embué de ténèbres
Où ton visage dort encore.
Ne désespère pas, tout est si proche,
Ta lumière ici fait silence.

Toutes les routes sont promises
A qui les rêve sans les voir.
L’une s’ouvre à tous les voyages,
L’autre avec toi s’enfonce au coeur du temps,
La troisième fait don d’une enfance
A celui qui n’en avait plus,
Une autre encore à l’errance t’incite
Vers une terre en friche où naisse enfin
L’espoir sous la parole et toute paix
Dans le regard des hommes.
Tu t’inventes, les yeux fermés,
Le seul chemin qui ne mène qu’à toi.

Ce que le monde te raconte,
Préserve-le comme un secret
Scellé sous l’écorce de la chair.
Au fond de tes yeux veille encore
L’innocence du premier regard.
Chaque syllabe en toi fait don
De sa lumière au jour qui la suscite
Et, d’un souffle, renait pour mourir
D’une autre vie, d’elle-même jaillie.
L’été, la nuit, tout t’habite à jamais,
La neige, le galet, l’oiseau perdu
Et cette flaque où le ciel nu respire.

(Pierre Gabriel)

 

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Comme un jardin à l’abandon (Aurélia Lassaque)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration: Céline Decubber
    
Comme un jardin à l’abandon

Comme un jardin à l’abandon
Ta peau
Comme un jardin à l’abandon
Avec beaucoup de fleurs dedans.

Tu dis — J’aime tes longs cheveux —

Dans le creux de ta main
La clé d’une maison inconnue;
Celle de tes ancêtres.

Tu dis que les volets ont perdu leur couleur,
Comme les vieilles tortues qui encombrent la mer.
Tu as dénudé tes yeux
Sur mon épaule.

À l’heure de la prière,
Nous avons dessiné des oiseaux
Avec l’ombre de nos mains.

Tu me parlais d’arbres
Qui ouvrent leurs feuilles
Au clair de lune.

Et je ne t’écoutais pas.
Je ne voyais déjà plus tes mains
Qui ouvriraient
Bientôt loin de moi
Les volets ternes d’une maison
Au bord d’une rivière
Dont tu ne m’as jamais donné le nom.

(Aurélia Lassaque)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Après l’amour (Denise Boucher)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
Après l’amour

Tu dors heureux d’abandon

dans un pli d’éternité
sur le bleu de nos draps
au fil de nos eaux salées
tu dors dedans ton destin
sur la ligne de l’horizon
où tombent les voiliers
tu reviendras pirate
plein l’oeil de métamorphoses
sur la terre ronde des retours
ma main sur ton coquillage
les yeux à nouveau fermés
tu rediras mon amour
mon amour entends-tu bien
le chant bleu des baleines
épaves humides de la nuit
nous resterons immobiles
attendant une autre marée
où nous serons mouillés
par les vagues nouvelles
parce que la mer est mémoire
et qu’un jour de jeunesse
elle nous avait fait la peau

Tu dors heureux mon amour

(Denise Boucher)

 

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La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017




Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.
La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.
La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, coeur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.
La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: René Magritte

 

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La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017


Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées,
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.

La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.

La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, cœur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.

La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

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Tacite (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



 


Tacite

Tes yeux sont comme un lagon
Ils en ont aussi la rondeur,
Ils en ont aussi la verdeur…
Tout de noir ourlés,
Ils sont deux joyaux,
Deux émeraudes sur le velouté
De ta tête sur ma main posée…
Tu me regardes, ronronnes,
Me murmures  » Bien-aimée « …
Que d’adoration dans tes yeux mi-clos,
Que d’abandon…

Qui pourrait penser
Que l’instant d’après,
Un saut,
Et tu fais le gros dos
Et redeviens un mystérieux félin,
La terreur du jardin…

(Mireille Gaglio)

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NEUF MÉDITATIONS SUR LE BLANC (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Roman Scheidl   
    
NEUF MÉDITATIONS SUR LE BLANC

sur le blanc
un corps d’arc-en-ciel
s’offre au vide

sur le blanc
ni ciel ni terre
seul un sillage sans fin

sur le blanc
le cri du froid
en coup de foudre

sur le blanc
les bâtons de fée
prennent l’air au bond

sur le blanc
éclair et flèche
un crissement de vif

sur le blanc
un emblème de nerfs
les foulées en orbite

sur le blanc
une sphère de solitude
sourit aux avalanches

sur le blanc
la houle des corps
attend la collision

sur le blanc
deux signes se contemplent
à la vitesse de l’abandon

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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SANS LIEU (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Gao Xingjian
    
SANS LIEU

sans lieu
sans mémoire
les stèles du vide
le suaire du ciel
ce qui s’abat
sur le corps du monde

sans lieu
sans pourquoi
les hautes nuées
de sang sombre
l’abandon recroquevillé
dans la lumière

sans lieu
sans voix
par coulée
au plus bas
la nuit sortie au jour

sans lieu
sans nom
le géomètre des éclipses
parcourt l’horizon

sans lieu
sans boussole
l’abîme d’en-haut
la poudre d’ombre
la pulpe de l’ébloui

sans lieu
sans cesse
rompre la mort
avec ceux qui transparaissent
vers les lunes brûlées

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Mais quelle voix de douceur (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




    
Mais quelle voix de douceur
et d’abandon
se fraie un chemin
entre les épaisseurs
parmi les noeuds du coeur
Quel sourire prend la plainte à revers
et l’efface
abrite la bête dans l’humide
sous les paupières
entre les lèvres

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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Ballade des pendus (Fabrizio De André)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




    
Ballade des pendus

Nous mourûmes tous à grand peine
avalant un dernier cri
donnant des coups de pied au vent
nous vîmes la lumière s’estomper.

Le hurlement emporta le soleil
l’air se resserra
des cristaux de mots
le dernier blasphème.

Avant que tout ne fût fini
nous rappelâmes aux vivants
que le prix à payer pour mal
fait en une heure est la vie.

Puis nous glissâmes dans le froid
d’une mort sans abandon
récitant l’antique credo
de ceux qui meurent sans pardon.

Que celui qui se moqua de notre défaite,
de la grande honte, d’être
étouffé de la sorte
apprenne à connaître le nœud.

Que celui qui répandit la terre sur nos os
et reprit tranquillement son chemin
rejoigne lui aussi la fosse hagard
dans la brume du petit matin.

Que la femme qui cacha derrière un sourire
la gêne de se souvenir de nous
découvre chaque nuit sur son visage
une insulte du temps et une scorie.

Nous cultivons pour tous une rancœur
qui a l’odeur du sang coagulé
ce qu’alors nous appelâmes douleur
n’est qu’une conversation suspendue.

***

Ballata degli impiccati

Tutti morimmo a stento
ingoiando l’ultima voce
tirando calci al vento
vedemmo sfumar la luce.

L’urlo travolse il sole,
l’aria divenne stretta
cristalli di parole
l’ultima bestemmia detta.

Prima che fosse finita
ricordammo a chi vive ancora
che il prezzo fu la vita
per il male fatto in un’ora.

Poi scivolammo nel gelo
di una morte senza abbandono
recitando l’antico credo
di chi muore senza perdono.

Chi derise la nostra sconfitta
e l’estrema vergogna ed il modo
soffocato da identica stretta
impari a conoscere il nodo.

Chi la terra ci sparse sull’ossa
e riprese tranquillo il cammino
giunga anch’egli stravolto alla fossa
con la nebbia del primo mattino.

La donna che celò in un sorriso
il disagio di darci memoria
ritrovi ogni notte sul viso
un insulto del tempo e una scoria.

Coltiviamo per tutti un rancore
che ha l’odore del sangue rappreso
ciò che allora chiamammo dolore
è soltanto un discorso sospeso.

(Fabrizio De André)

 

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