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Posts Tagged ‘abandonnée’

Le dernier souvenir (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



 

Euan MacLeod  - Diver

Le dernier souvenir

J’ai vécu, je suis mort. – Les yeux ouverts, je coule
Dans l’incommensurable abîme, sans rien voir,
Lent comme une agonie et lourd comme une foule.

Inerte, blême, au fond d’un lugubre entonnoir
Je descends d’heure en heure et d’année en année,
À travers le Muet, l’Immobile, le Noir.

Je songe, et ne sens plus. L’épreuve est terminée.
Qu’est-ce donc que la vie ? Étais-je jeune ou vieux ?
Soleil ! Amour ! – Rien, rien. Va, chair abandonnée !

Tournoie, enfonce, va ! Le vide est dans tes yeux,
Et l’oubli s’épaissit et t’absorbe à mesure.
Si je rêvais ! Non, non, je suis bien mort. Tant mieux.

Mais ce spectre, ce cri, cette horrible blessure ?
Cela dut m’arriver en des temps très anciens.
Ô nuit ! Nuit du néant, prends-moi ! – La chose est sûre :

Quelqu’un m’a dévoré le coeur. Je me souviens.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Euan MacLeod

 

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Le cognassier a fleuri (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2018



Le cognassier
A fleuri
Dans une maison abandonnée

(Abbas Kiarostami)


Illustration


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AU BORD DU MARAIS (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

AU BORD DU MARAIS

Errant dans le vent noir ; dans le calme du marais
Murmurent les roseaux morts. Dans le ciel gris,
Suit un vol d’oiseaux sauvages ;
De biais au-dessus des sombres eaux.

Tumulte. Dans la hutte défaite
S’élève sur ses ailes noires la pourriture ;
Des bouleaux estropiés gémissent dans le vent.

Soir dans la taverne abandonnée. La douce
tristesse des troupeaux au pacage
Enveloppe le chemin du retour,
Apparition de la nuit : des crapauds surgissent
des eaux argentées.

***

AM MOOR

Wanderer im schwarzen Wind ; leise flüstert das dürre Rohr
In der Stille des Moors. Am grauen Himmel
Ein Zug von wilden Vögeln folgt;
Quere über finsteren Wassern.

Aufruhr. In verfallener Hütte
Aufflattert mit schwarzen Flügeln die Fäulnis ;
Verkrüppelte Birken seufzen im Wind.

Abend in verlassener Schenke. Den Heimweg umwittert
Die sanfte Schwermut grasender Herden,
Erscheinung der Nacht : Kröten tauchen aus
silbernen Wassern.

(Georg Trakl)

Illustration

 

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IRLANDE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2018



 

IRLANDE

Saturée de tourbe, abandonnée à la lande, toi,
toi, la plus nue, qui baignes dans l’obscurité
de la gorge profonde de vert
envahie, du lit de grisaille
que mon fantôme
a dérobé aux bouches
des pierres — accorde-moi le silence
pour endosser les ailes des corneilles, permets-moi
de passer à nouveau par ici
et de respirer l’air lourdement chargé
qui fait toujours commerce de ta honte,
donne-moi le droit de te détruire
sur la langue qui empale
notre moisson, ces hectares de froid
sans merci.

(Paul Auster)

Illustration: Josiane Moïmont

 

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METRO (Henri Lacheze)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



 

METRO

Ne vous séparez pas de vos personnes âgées
Assurez-vous qu’aucun enfant n’a été oublié sous un siège
Signalez-nous toute femme abandonnée

Si vous parlez à un inconnu
Prenez des gants
Les mots laissent des traces

Elle vous a fait de l’oeil
Vous croyez avoir un ticket
Attention il n’est peut-être pas valable

Ne laissez pas vos mains sans surveillance
Elles pourraient s’égarer
Ne laissez pas traîner vos regards
Ils risquent de se perdre

Madame assurez-vous
Que c’est bien la main de votre voisin qui s’est fourvoyée
Avant de lui donner un aller et retour

Aidez-nous
Contrôlez-vous
Avant que ne le fassent nos agents

Veillez soigneusement à vos objets personnels
Surveillez votre tension,
Et votre taux de cholestérol

Et profitez de nos promotions
Achetez un billet sans retour
Vous verrez, vous n’en reviendrez pas

(Henri Lacheze)

Illustration

 

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C’est l’amour qui m’a faite (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



C’est l’amour qui m’a faite

Je suis née toute nue
Je vis comme je suis née
Je suis née toute petite
Si j’ai grandi trop vite
Jamais je n’ai changé
Et je vis toute nue
Pour la plupart du temps
Ce temps où je vis nue
Ce temps c’est de l’argent

C’est l’amour qui m’a faite
L’amour qui m’a faite fête
L’amour qui m’a faite fée
Où donc est-il parti
L’amoureux que j’avais
Qui me faisait plaisir
Qui me faisait rêver
Qui me faisait danser
Danser à sa baguette
C’était mon chef d’orchestre
Moi son corps de ballet

C’est l’amour qui m’a faite
L’amour qui m’a faite fête
L’amour qui m’a faite fée
Et je vous change en bête
Chaque fois que ça me plaît
Votre amour me fait rire
Votre amour n’est pas vrai
Marchez à ma baguette
Et passez la monnaie

C’est l’amour qui m’a faite
L’amour qui m’a défaite
Et m’a abandonnée
L’amoureux que j’avais
Où s’en est-il allé
Où s’en est-il allé
Où s’en est-il allé

(Jacques Prévert)


Illustration: Pascal Renoux

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A l’aube, tu descendras pieds nus (Ananda Devi)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



 

Christiane Vleugels -  _17

A l’aube, tu descendras pieds nus
Boire à la rivière
Comme ces chats muets
Aux pattes cramoisies

Tu glisseras sur les pentes
Endormies de plaisir
Suivre la piste argentée
Des limaces écrasées

Tu iras au midi chercher l’évidence
Qu’un jour ici tu as vécu
Qu’il y avait des enfants, des amis,
Un amour, une constance

De tout cela ne demeurent
Que le ciel bas, les herbes grasses
L’eau violente,
Les ruches abandonnées

Tu tends l’oreille
Aux voix des absents
Jusqu’à ce que la nuit enfin
Consente à te parler.

(Ananda Devi)

Découvert chez Lara ici
Illustration: Christiane Vleugels

 

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Elégie (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2017



Je t’ai cherchée

Dans tous les regards
Et dans l’absence de regards,

Dans toutes les robes dans le vent,
Dans toutes les eaux qui se sont gardées,
Dans le frôlement des mains,

Dans les couleurs des couchants,
Dans les mêmes violettes,
Dans les ombres sous tous les hêtres,

Dans mes moments qui ne servaient à rien,
Dans le temps possédé,
Dans l’horreur d’être là,

Dans l’espoir toujours
Que rien n’est sans toi,

Dans la terre qui monte
Pour le baiser définitif,

Dans un tremblement
Où ce n’est pas vrai
Que tu n’y es pas.

Je t’ai cherchée
Dans la rosée abandonnée.

Dans le noisetier qui garde un secret
Prêt à s’échapper,

Dans le ruisseau,
Il se souvient.

Dans le bêlement des chevreaux de lait,
Dans les feuilles des haies,
Presque pareilles aux nôtres,

Dans les cris du lointain coucou,
Dans les sous-bois qui vont
Où nous voulions aller.

Je t’ai cherchée dans les endroits
Où la verticale
Voudrait s’allonger.

Je t’ai cherchée là
Où rien n’interroge.
J’ai cherché ces lieux.

Je t’ai cherchée
Dans le chant du merle
Qui dit le passé parmi l’avenir,
Dans l’espace qu’il veut bâtir.

Dans la lumière et les roseaux
Près des étangs où rien ne s’oublie.

C’est dans mes joies
Que je t’ai trouvée.

Ensemble nous avons
Fait s’épaissir le soir

Et dorloté des corps
Impatients de servir.

*

J’ai appris qu’une morte
Soustraite, évanouie,
Peut devenir soleil.

(Guillevic)

Illustration: Georges Jeanclos

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L’abandonnée (Virginie Sampeur)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



 

Dimitar Voinov

L’abandonnée

Ah! si vous étiez mort! de mon âme meurtrie
Je ferais une tombe où, retraite chérie,
Mes larmes couleraient lentement, sans remords
Que votre image en moi resterait radieuse !
Que sous le deuil mon âme aurait été joyeuse !
Ah! si vous étiez mort!

Je ferais de mon coeur l’urne mélancolique
Abritant du passé la suave relique,
Comme ces coffrets d’or qui gardent les parfums,
Je ferais de mon âme une ardente chapelle
Où toujours brillerait la dernière étincelle
De nos espoirs défunts.

Ah! si vous étiez mort, votre éternel silence,
Moins âpre qu’en ce jour, aurait son éloquence,
Car ce ne serait plus le cruel abandon,
Je dirais: «Il est mort, mais il sait bien m’entendre,
Et peut-être, en mourant, n’a-t-il pu se défendre
De murmurer: Pardon!»

Mais vous n’êtes pas mort ! ó douleur sans mesure !
Regret qui fait jaillir le sang de ma blessure !
Je ne puis m’empêcher, moi, de me souvenir,
Même quand vous restez devant mes larmes vraies,
Sec et froid, sans donner à mes profondes plaies
L’aumône d’un soupir!…

Ingrat ! vous vivez donc quand tout me dit vengeance !
Mais je n’écoute pas ! À défaut d’espérance,
Le passé par instants revient, me berce encor…
Illusion, folie, ou vain rêve de femme!…
Je vous aimerais tant, si vous n’étiez qu’une âme.
Ah! que n’êtes-vous mort!

(Virginie Sampeur)

Illustration: Dimitar Voinov

 

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Clignement de saveurs (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2016




L’été fini a remonté son feu dans les fougères.

Contre leur terre
furtivement
on presse
l’extrémité striée du doigt.

On serre entre ses lèvres
deux goûts très anciens: peau, humus.

Ainsi faisaient Sappho qui se jetterait dans la mer,
Ariane
tout juste abandonnée dans l’île.

Clignement de saveurs sur la brutalité des intervalles
entre l’être et l’espace.

(Marie-Claire Bancquart)

Illustration

 

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