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Poésie

Posts Tagged ‘abat-jour’

MAISONS SUÉDOISES SOLITAIRES (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



MAISONS SUÉDOISES SOLITAIRES

Un désordre d’arbres noirs
et les rayons fumants de la lune.
Là où la chaumière a coulé
et semble être sans vie.

Jusqu’au murmure de la rosée matinale
quand un vieillard ouvre
– d’une main qui tremble –
la fenêtre pour lâcher un grand duc.

Et dans une autre aire du vent
la construction nouvelle fume
avec un papillon de draps lavés
qui volette à l’angle

au milieu d’une forêt moribonde
où la décomposition lit
dans ses lunettes de sève
le compte-rendu des coléoptères.

Été aux pluies de blé mûr
ou un seul nuage d’orage
Des voix affolées, des visages
volent dans les fils du téléphone
avec des ailes rapides mutilées
par-dessus les milles des marécages.
au-dessus d’un chien qui aboie.
Le grain rue dans la terre.

La maison sur une île du fleuve
qui couve ses premières pierres.
Une fumée constante – on brûle
les documents secrets de la forêt.

La pluie retourne dans le ciel.
La lumière serpente dans le fleuve.
Les maisons du précipice surveillent
les boeufs blancs de la cascade.

Automne avec une ligue d’étourneaux
qui tiennent l’aube en échec.
Les hommes ont la démarche raide
au théâtre de l’abat-jour.

Faites-leur toucher sans crainte
les ailes camouflées
et l’énergie de Dieu
enroulée dans l’obscurité.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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MEHR LICHT (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



 

Anna Razumovskaya 3156_b

MEHR LICHT

Me reconnaîtrez-vous à ces mains ces prunelles
À ce coeur douloureux
Visages familiers
Plus de lumière encor sur mon front
Sur ma bouche
Et je vais gaspillant mon sang dans les rosiers

C’est pour toi que je vis
Terre coupée d’eaux vives
Pour vous
Amis si purs à l’abri des saisons
Et je vis allongeant mes jambes près des vôtres
Afin que nos réveils ne soient pas étrangers

Pour l’amour
Soyons là
Les fenêtres respirent
Le meilleur de la nuit brille sous l’abat-jour
Longtemps je garderai mes mains
Au fond des vôtres
Pour les donner au ciel
Chargées de vos ferments

(René Guy Cadou)

Illustration: Anna Razumovskaya

 

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La pluie qui tombe est lumineuse (Roger Vitrac)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2017



La pluie qui tombe est lumineuse
et il y a un petit abat-jour sur chaque goutte.

(Roger Vitrac)

Illustration

 

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OUTRE-MESURE (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2016



Ernest Pignon-Ernest extases 2c1 

OUTRE-MESURE

LE monde est ma prison
Si je suis loin de ce que j’aime
Vous n’êtes pas trop loin barreaux de l’horizon
L’amour la liberté dans le ciel trop vide
Sur la terre gercée de douleurs
Un visage éclaire et réchauffe les choses dures
Qui faisaient partie de la mort
A partir de cette figure
De ces gestes de cette voix
Ce n’est que moi-même qui parle
Mon coeur qui résonne et qui bat
Un écran de feu abat-jour tendre
Entre les murs familiers de la nuit
Cercle enchanté des fausses solitudes
Faisceaux de reflets lumineux
Regrets
Tous ces débris du temps crépitent au foyer
Encore un plan qui se déchire
Un acte qui manque à l’appel
Il reste peu de chose à prendre
Dans un homme qui va mourir

(Pierre Reverdy)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

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Poète (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2016



Poète

J’ai mis du dentifrice
sur mes amours.
J’ai nourri de vinaigre
mon inutilité.
Avec ma lame de rasoir
j’ai balafré mon absolu.
Je suis enfin concret
comme un aspirateur,
comme une paire de skis rouges.
Je suis à vendre
parmi les ouvre-boîtes,
les rince-doigts, les abat-jour,
poète,
produit de première nécessité.

(Alain Bosquet)

 

 

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Les Poètes (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2016




Sa tête s’abritait craintivement sous l’abat-jour de la lampe.
Il est vert et ses yeux sont rouges.
Il y a un musicien qui ne bouge pas.
Il dort; ses mains coupées jouent du violon
pour lui faire oublier sa misère.

Un escalier qui ne conduit nulle part
grimpe autour de la maison.
Il n’y a, d’ailleurs, ni portes ni fenêtres.
On voit sur le toit s’agiter des ombres
qui se précipitent dans le vide.
Elles tombent une à une et ne se tuent pas.
Vite par l’escalier elles remontent et recommencent,
éternellement charmées par le musicien qui joue toujours du violon
avec ses mains qui ne l’écoutent pas.

(Pierre Reverdy)

Illustration: Marc Chagall

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La femme qui a un gros ventre (Jean L’Anselme)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2016



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La femme qui a un gros ventre

Il faisait froid
très froid même
qu’elle avait les cuisses roses
et tout tout sec
et tout frissonnant
comme un poulet qui n’a plus de plumes
et dessus son ventre tout rond
qu’on disait qu’il tenait de la vie en conserve
et les poètes eux parlaient du blé de demain

c’est son blé qui relevait sa robe à fleurs
sur ses cuisses roses
comme aussi font les abat-jour
sur les lampes

(Jean L’Anselme)

Illustration

 

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Les regards des maisons (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2015



Les regards des maisons

Les persiennes ferment
les yeux de la maison
qui espionnait la rue

Il y a des maisons borgnes
des maisons aveugles
d’autres qui louchent

J’aime celles
qui ont de beaux yeux
d’abat-jour bleus
et des regards voluptueux
de lits défaits

J’aime celles
qui sourient en ouvrant
les bras de leurs escaliers
celles qui sont myopes
et qui ne voient pas plus loin
que le bout de leur toit.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Je ne sais celui que je voudrais être (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015




Les gens de Glenbeigh boivent et chantent
dans l’auberge des Towers illuminée
de rose à travers la nuit froide étoilée
Un petit âne regarde par la fenêtre
étincelante de ses grands yeux résignés
comme ceux du vieil homme à casquette
qui boit en battant la mesure sans chanter
L’âne se perd dans le noir qu’il cadence
de son pas droit, menu, sûr. Le vieil homme
quitte l’auberge en se tenant aux murs
Les refrains des ballades marines résonnent
sur les prairies et les troupeaux obscurs
le vent prend l’ombre par la taille et danse
Je ne sais celui que je voudrais être
dans la vitrine claire de la fête
et le nocturne où se pâture l’existence
peut-être la lumière des abat-jour
qui donne aux visages lourds
la légèreté des transparences.

(Robert Mallet)

Illustration: Beryl Cook

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St-Honorin (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2015


locomotive

Des trains et des locomotives
Roulent sur mes pensées
Je pars toujours
Les pays marchent et je reste
J’ai laissé ma tête sous l’abat-jour

(Pierre Albert-Birot)

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