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Poésie

Posts Tagged ‘abattre’

Hors de moi (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2019



Je tourne autour de moi
moi
maison fermée depuis plusieurs hivers

Qui a muré la porte
et les fenêtres?
J’entends quelqu’un dedans
j’aboie furieusement
je gratte la terre au pied du mur
je m’écorche
un soldat bouge sur les carreaux de la cuisine
un soldat
qui fait la soupe dans son casque
se rase en se regardant dans une vitre aveugle
monte la garde dans un grenier
attend que j’essaie d’entrer pour m’abattre
j’aboie
j’aboie

je mourrai hors de moi.

(Henri Gougaud)

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Le martinet (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



Martinet aux ailes trop larges,
qui vire et crie sa joie autour de la maison.
Tel est le coeur.

Il dessèche le tonnerre.
Il sème dans le ciel serein.
S’il touche au sol, il se déchire.

Sa repartie est l’hirondelle.
Il déteste la familière.
Que vaut dentelle de la tour?

Sa pause est au creux le plus sombre.
Nul n’est plus à l’étroit que lui.

L’été de la longue clarté,
il filera dans les ténèbres,
par les persiennes de minuit.

Il n’est pas d’yeux pour le tenir.
Il crie, c’est toute sa présence.
Un mince fusil va l’abattre.
Tel est le coeur.

(René Char)


Illustration

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MALENTENDU (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2019



Illustration: René Baumer
    
MALENTENDU

Ceci sera un poème triste. Je ne sais pas très bien
pourquoi je crache ce secret, mais depuis environ
trois mois je crois de plus en plus que la poésie
n’est pas une forme de charité. Plutôt une maladie
que l’on partage avec une poignée d’idiots sans espoir,

une plainte raffinée qui surtout ennuie les autres,
et la nuit – ce n’est pas un art de guérir.
La chambre reste une chambre, le lit un lit.
Ma vie est gâtée par la poésie et même
si je savais mieux avant, je ne me fais aucune illusion

quand, avec ce petit tas d’imprimés, je tracasse
soixante-quatre lecteurs ou, pire, abats deux arbres.

***

MISVERSTAND

Dit wordt een droef gedicht. Ik weet niet goed
waarom ik dit geheim ophoest, maar sinds een maand
of drie geloof ik meer en meer dat poëzie
geen vorm van naastenliefde is. Eerder een ziekte
die je met een handvol hopeloze idioten deelt,

een uitgekookte klacht die anderen vooral verveelt
en ‘s nachts — een heelkunst is het niet.
De kamer blijft een kamer, het bed een bed.
Mijn leven is door poésie verpest en ook
al wist ik vroeger beter, ik verbeeld me niets

wanneer ik met dit hoopje drukwerk vierenzesti g
lezers kwel of, erger nog, twee bomen vel.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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Tristesse (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2019


tristesse

Quand un plus un font deux
Oh continuer à vivre!
Tristesse qui s’abat sur moi
en décembre

(Tawara Machi)

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Quelque chose émerge (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2019



Tandis que tant et plus je frotte mon bâton d’encre
quelque chose émerge et comme pour l’abattre
je m’acharne plus fort

(Tawara Machi)

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MOT (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

Karst_and_Cedars [1280x768]

MOT

Tant de mots, tant de mots,
Mais un seul entre tous;
Dans tout l’univers
D’aussi solitaire
En vérité, il n’en est pas.

Comme la grive sur le Karst
D’une aile légère survient
Au temps d’automne,
Sur la lande au-delà des pins
Elle se fond au lieu de solitude.

L’écho des coups de feu sur la lande résonne.
Sois! Maintenant les chasseurs l’abattent.
Qu’es-tu venue chercher, pensée, sur le Karst
En ce triste temps d’automne ?
Les coups de feu là-bas s’éloignent.

(Srecko Kosovel)

 

 

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Erre tu rencontreras Toutes les femmes que tu voudras (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Erre tu rencontreras
Toutes les femmes que tu voudras

La passante interdite et charnue dans le soleil
Dans les neiges des prairies creuse un bain de son
Où les miroirs volants viennent boire
Il faut voir s’ouvrir aussitôt
Les lèvres mouillées du printemps
Multitude candide

Les semelles du jour les toits sont négligeables
On les compte pour de l’ombre pour des tombes stériles
Mon paysage féminin a d’autres nids
Tremblants de rires enflammés et de délices douloureuses
D’autres fenêtres où le vent
Agite la chaleur rectangulaire dans ses draps frais
Mon paysage féminin a tous les charmes
Puisqu’il est notre paysage
Ses yeux ce sont nos yeux
Ses seins ce sont nos seins
Soigneusement dressés à se confondre
Un bas plus haut que l’autre nuage c’est le nôtre
Ta nudité lumière me dénude
Il n’y a pas un doigt de mon corps loin de toi
Je ne peux pas abattre la nature entière

Une palme convenue
Se débat sous les pieds de la passante involontaire
Pendant que le moulin des fruits piétine la fleur sa servante.

*

Puis le fruit défloré
Une femme qui se retourne lasse et lente
Nuit après nuit dans tous mes rêves
La vie imposée par la nuit
Une femme qui prend sa source dans mon sommeil
Mon vœu d’aimer
Mon désir de ne pas changer

Elle est le poids perdu des ailes
L’étoile qui ne s’efface qu’au point mort de la flèche.

(Paul Eluard)

Illustration: Jacques Dormont

 

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LE TREFLE A QUATRE FEUILLES (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018




    
LE TREFLE A QUATRE FEUILLES

Il faut abattre la moisson
Et la serrer en gerbes grosses;
Tous les gens solides se sont
Loués chez les fermiers de Beauce.
Au départ des gâs s’en allant
Prendre leur place aux tâches blondes
Les garçailles, à leurs galants,
Ont dit à la ronde

Refrain
Faucheur, mon beau faucheur,
Si vous trouvez un trèfle à quatre feuilles
Gardez-le pour que je le cueille.
Faucheur, mon beau faucheur,
Ça porte bonheur !

Mais au travers des chaumes roux
Le trèfle à bonheur est bien rare
Depuis qu’il pend à tous les cous
Des belles dames qui s’en parent ;
Et tous les gâs, des champs aux prés,
N’ont pu trouver, sous leurs faucilles,
Qu’un brin du trèfle désiré
Par toutes les filles.

Un seul brin ! Et tous les galants
L’ont voulu pour sa bonne amie;
Le fer des faux soudain sanglant
S’est dressé dans les mains roidies.
Et dans la Beauce aux longs champs plats
Quand la moisson s’écarte et bouge
Le brin de trèfle est encore là
Tout rouge, tout rouge !

(Gaston Couté)

 

 

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PAR L’HEUR OU LE MALHEUR, JE ТE BENIS !… (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
PAR L’HEUR OU LE MALHEUR, JE ТE BENIS !…

Par l’heur ou le malheur, je te bénis !
De tout mon amour, je te fais un nid
En joignant les mains et je te protège
Avec les dés d’or, les nuées de neige.

Un chant qui me perd monte de tes pas.
Le mur que je t’oppose, tu l’abats.
Dans ses obscurs décombres je vacille,
Et de ta douce haleine je m’habille.

Ah, qu’importe que tu m’aimes ou non !
Même si ton coeur au mien ne se fond,
Je t’entends, je te chante, je te vois,
Et je réponds au seigneur par ta voix.

Ainsi la forêt qui s’étire à l’aube
De ses mille bras ennoués dérobe
Violemment sa lumière au ciel bleu,
Pour la plaquer sur son coeur amoureux.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Nous sommes parvenus à un point étrange de notre histoire (Pentti Vihtori Holappa)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



Nous sommes parvenus à un point étrange de notre histoire,
à cet éclair fulgurant où la perfection se matérialise,
où l’ère glaciaire abat son poing sur l’hémisphère.
J’écris l’apocalypse et je la vois se réaliser.
Dans ma poitrine, à l’endroit du cœur, quelque chose
bouge pourtant comme un colibri énervant ses ailes.
Je le nomme amitié, je l’appelle amour.
Il guette une branche où s’envoler.

(Pentti Vihtori Holappa)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

 

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