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Poésie

Posts Tagged ‘abattu’

Fragile est la terre (Reiner Kunze)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



Fragile est la terre au-dessus des sources: aucun
arbre ne doit être abattu, aucune racine
arrachée

les sources pourraient
tarir

Combien d’arbres ont été
abattus, combien
arrachés
en nous

(Reiner Kunze)

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ISIS ERRANTE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Susan Seddon Boulet
    
ISIS ERRANTE

Cela aussi est une expérience de l’âme,
Le monde démembré qui jadis fut le dieu tout entier,
Dont les fragments brisés gisent à présent, morts.
Cette disparition de la réalité elle-même est réelle.

Recueillant sous mon manteau noir les vestiges de la vie
Qui stagnent, déchus, parmi les gens et les lieux,
Je scrute le double désert de ma solitude,
Le monde extérieur mort, et l’esprit stérile.

Jadis Il fut présent, sacré, dans la maison du monde,
Portant le jour comme un vêtement, sa beauté visible
Dans l’homme et le blé lorsqu’Il descendait la rivière fertile.
Il comblait d’amour l’espace de ma nuit.

Je trace le contour de sa main qui disparaît sur un nuage,
Et cela, son sang, coule de la blessure d’un soldat qui meurt.
Dans les champs fracassés son corps est épars, ses membres gisent

Écartelés comme une carlingue naufragée dans le sable.
Son crâne est une cathédrale morte, et les rayons de sa couronne
Brillent dans du fer-blanc et du verre cassé.
Ses yeux bleus se reflètent des lacs dans le ruisseau,
Et sa force est la pierre désolée des cités abattues.

Oh, dans les débris de vaisselle de mes rêves,
Me tournant vers les tessons des jours passés,
Découvrirai-je son visage aimé profané?
Les fonds inexplorés du sommeil sont-ils sa tombe?

Après la fin dangereuse estompée de la nuit
Dans les caveaux de la peur ses os reposent-ils,
Et le dédale du cauchemar mène-t-il vers la puissance qui est là cachée?
Les eaux infernales menaçantes recouvrent-elles le roi ichtien?

Je rassemble les fragments divins dans le mandala
Dont le centre est la puissance créatrice perdue,
Le soleil, le cœur de Dieu, le lotus, l’électron
Qui fait palpiter monde après monde, rayon après rayon
Pour que celui qui vivait au commencement renaisse au dernier jour.

***

ISIS WANDERER

This too is an experience of the soul
The dismembered world that once was the whole god
Whose broken fragments now lie dead.
This passing of reality itself is real.

Gathering under my black cloak the remnants of lift
That lie dishonoured among people and places
I search the twofold desert of my solitude,
The outward perished world, and the barren mind.

Once he was present, numinous, in the bouse of the world,
Wearing day like a garment, bis beauty manifest
In corn and man as he journeyed down the fertile river.
With love he filled my distances of night.

I trace the contour of bis hand fading upon a cloud,
And this bis blond flows from a dying soldier’s wound.
In broken fields bis body is scattered and bis limbs lie
Spreadeagled like wrecked fuselage in the sand.

His skull is a dead cathedral, and bis crown’s rays
Glitter from worthless tins and broken glass.
His blue eyes are reflected from pools in the gutter,
And his strength is the desolate stone of fallen cities.

Oh in the kitchen-midden of my dreams
Turning over the postherds of post days
Shall I uncover his loved desecrated face?
Are the unfathomed depths of sleep his grave?

Beyond the looming dangerous end of night
Beneath the vaults of fear do his bons lie,
And does the mate of nightmare lead to the power within?
Do menacing nether waters cover the fish king?

I piece the divine fragments into the mandala
Wjhose centre is the lost creative power,
The sun, the heart of God, the lotus, the electron
That pulses world upon world, reg upon ray
That he who lived on the first me rire on the hast day.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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PLUIE DE LONDRES (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




PLUIE DE LONDRES

CES sphères de diamant
Infectés de l’air empoisonné qui souffle à l’entour des maisons,
Chaque goutte de pluie aigre suspendue au grillage ou aux barreaux
Capte cependant son rayon pour ouvrir la lumière d’arc-en-ciel
De la promesse céleste avant de tomber
Sur le sol stérile et d’imprégner la mousse patiente
Qui se régénère de vert vivant
Du Paradis, jaillissant de la poussière chassée dans les fenêtres et les crevasses
Pour que des yeux solitaires, abattus, trouvent un lieu familier il y a bien longtemps.

***

LONDON RAIN

THESE diamond spheres
Tainted from poisoned air that blows about the houses,
Each sour raindrop hanging from wire or railings
Yet catches its ray to open the rainbow light
Of heavenly promise before it falls
On sterile ground to moisten the patient moss
That mends with living green
Of Paradise, springing from blown dust in cracks and crevices
For lonely downcast eyes to find a long-ago familiar place.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Souvenirs : feuilles fanées (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018



Souvenirs : feuilles fanées
A retenir ou à jeter.
L’amour ne peut pièce à pièce
Refaire l’arbre abattu.

***

Memories: shrivelled leaves
To keep or throw away.
Love cannot piece by piece
Remake the felled tree.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Les corbeaux (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Les corbeaux

Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus,
Les longs angélus se sont tus…
Sur la nature défleurie
Faites s’abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.

Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous !

Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d’avant-hier,
Tournoyez, n’est-ce pas, l’hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
Ô notre funèbre oiseau noir !

Mais, saints du ciel, en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu’au fond du bois enchaîne,
Dans l’herbe d’où l’on ne peut fuir,
La défaite sans avenir.

(Arthur Rimbaud)

 

Recueil: Rimbaud Cros Corbière Lautréamont Oeuvres Poétiques complètes
Traduction:
Editions: Robert Laffont

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QUAND TU VIENS CHEZ MOI… MON COEUR (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



 

QUAND TU VIENS CHEZ MOI… MON COEUR

Quand tu viens chez moi
Je ne sais pourquoi
Je suis ému comme un enfant
Mon coeur
Je suis angoissé
Jusqu’à ce baiser
Qui vient dissiper
Ma peur profonde
Et quand simplement
Amoureusement
Tu viens te coller contre moi
Mon coeur
A sentir ton corps
Là contre mon corps
Je m’enivre de ta tiédeur
L’envie de s’aimer
Nous prend tout entier
Et comme on le sait d’avance
On baisse les yeux
Et c’est merveilleux
De candeur et d’inconscience
Quand tu viens chez moi
II entre avec toi
Un tourbillon de volupté
Mon coeur
Un je ne sais quoi
Qui fait mal de joie
Qui nous oppresse et nous saisit
Mon coeur
Et quand vient le jour
Abattus d’amour
On s’endort quand tu viens chez moi.

(Charles Aznavour)

Illustration

 

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Comme il fait blanc (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018


moutons[1]neige

Comme il fait beau, comme il fait blanc!
Il a neigé.
sur les jardins et sur les bancs,
Il y a des milliers de moutons.
Ils ont brouté
Tout l’horizon.
Le ciel est tombé sur les champs.
Comme il fait blanc, comme il fait beau!
Mais où vont venir se poser
Les oiseaux qui tournent là-haut?
On ne distingue même plus
Un fossé d’un arbre abattu.

(Maurice Carême)

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UNE PETITE MORTE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018



Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ  Hyacinthos_1

UNE PETITE MORTE

Une petite morte
s’est couchée en travers de la porte.

Nous l’avons trouvée un matin, abattue
sur notre seuil
Comme un arbre de fougère plein de gel.

Nous n’osons plus sortir depuis qu’elle est là
C’est une enfant blanche dans ses jupes mousseuses
D’où rayonne une étrange nuit laiteuse.

Nous nous efforçons de vivre à l’intérieur
Sans faire de bruit
Balayer la chambre
Et ranger l’ennui
Laisser les gestes se balancer tout seuls
Au bout d’un fil invisible
À même nos veines ouvertes.

Nous menons une vie si minuscule et tranquille
Que pas un de nos mouvements lents
Ne dépasse l’envers de ce miroir limpide
Où cette sœur que nous avons
Se baigne bleue sous la lune
Tandis que croît son odeur capiteuse.

(Anne Hébert)

Illustration: Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ 

 

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Je voudrais être un pommier sauvage (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Je voudrais être un sauvage pommier
Et de mon corps volumineux rassasier
Tous les petits enfants chez qui la faim fait rage
Et que je couvrirais d’un amical ombrage.

Viendraient me voir les tendres orphelins.
Leurs pleurs m’arroseraient, libérant leurs chagrins.
Je voudrais être un pommier, oui, sauvage.

Je voudrais être un sauvage pommier
Qui, tout sec, abattu par le père Janvier,
A la fin de son âge
Sécherait de son feu les pleurs des orphelins.

Que sois-je donc, oui, ce pommier sauvage!
Alors, sur cette terre, aux peines, aux chagrins,
Succédera la joie. Alors chaque visage,
Plus jamais assombri par la peur du néant,
Restera souriant.

(Attila Jozsef)

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En rêvant la mort (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration: Odilon Redon
    
En rêvant la mort

Comme la blanche rose
Dont le nimbe dans le noir se dérobe au regard;
Comme le blanc désir
Devant l’amour déchu se lève invisible;
Comme la blanche flamme
Qui en souffle toujours change les mensonges du corps,
Dans la nuit silencieuse ou le jour solitaire
Tu passes, ombre éternelle,
Un doigt sur les lèvres.

Tu es ce blanc nuage qui déjà, s’ourlant d’or,
D’un dieu est devenu l’aile transparente;
Ce blanc coteau, ces vallons
Que veillent les peupliers, verts lévriers mystiques;
Tu passes sur la blanche figure des hommes,
Oubliés toute leur vie entre rêve et folie;
Partout tu te glisses, ombre énigmatique,
Et posément évoques,
Telle une eau, cette fièvre de la vie.

Lorsque je vois la blanche jeunesse abattue,
Tachée et brisée entre les heures grises;
Lorsque je vois la blanche vérité trahie
Par des mains ambitieuses et des bouches éloquentes;
Lorsque je sens la blanche inspiration perdue
Par tant de siècles cruels passés dans la douleur,
Je ne crois plus qu’en toi, ombre vaste,
Par delà les sombres myrtes de ton portique,
Unique et claire réalité du monde.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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