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Poésie

Posts Tagged ‘abdiquer’

Petit air (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



Petit air

Quelconque une solitude
Sans le cygne ni le quai
Mire sa désuétude
Au regard que j’abdiquai

Ici de la gloriole
Haute à ne la pas toucher
Dont main ciel se bariole
Avec les ors de coucher

Mais langoureusement longe
Comme de blanc linge ôté
Tel fugace oiseau si plonge
Exultatrice à côté

Dans l’onde toi devenue
Ta jubilation nue.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Guillaume Seignac

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LA PLAGE D’ANGLE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



 

Alex Alemany_nina-de-agua

LA PLAGE D’ANGLE

Le vent fait basculer jusqu’à nos racines.
Nos dieux de passage abdiquent.
Nos cirques rétrécissent
sous les voûtes de demain.

Puis, nos enfants à venir,
Tiges aux fronts de chair,
Graviront à leur tour
l’esplanade du temps.

Pour eux.
Fauchons le vieil azur,
Échancrons nos murailles,
Dévidons nos édifices jusqu’au pivot.

Pour eux,
Multiplions les salines d’espérance,
Recouvrons pour eux
la ressemblance perdue.

Altéré de ce qui sera,
Quelqu’un en nous s’obstine —
S’obstine vers la plage d’angle
avec ses océans.

(Andrée Chedid)

Illustration: Alex Alemany

 

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PRENDS TON ENVOL, POÈMЕ… (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



    

PRENDS TON ENVOL, POÈMЕ…

Prends ton envol et dis, poème,
A chaque homme séparément,
Que nous vivons, espérons même;
Que l’instant peut saisir le temps.

Paix au riche à la petite âme:
Dans la peur la grâce l’attend.
L’amour, la liberté réclament
La source simple, non le sang.

Gueule de veau mélancolique,
Parle aux pauvres traîne-sabots,
Dis-leur : quand toute chance abdique,
Rien ne sert d’être un héros.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Pluie (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




    
Pluie

Tard,
si tard,
la pluie vint
pour notre soif
et celle de la terre.

Après l’attente sourde et le désir,
enfin ce bruit de bouche et de baiser
sur les feuillages du jardin.

Une passante s’est penchée sur notre corps
et, le touchant du doigt,
l’a tiré de la cendre
et ramené vers la source du fleuve.

Ainsi abdique l’ordre sec
et, pour nos yeux,
c’est le miracle d’un désert
soudain comblé d’immenses fleurs.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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J’abdique tout (Jovette Bernier)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



J’abdique tout

Je ne suis plus qu’un peu de chair qui souffre et saigne.
Je ne sais plus lutter, j’attends le dernier coup,
Le coup de grâce et de pitié que le sort daigne
Assener à ceux-là qui vont mourir debout.

J’abdique tout. J’ai cru que la cause était belle
Et mon être a donné un peu plus que sa part;
La mêlée était rude et mon amour rebelle,
Ma force m’a trahie et je l’ai su trop tard.

Je suis là, sans orgueil, sans rancœur et sans arme;
Mais l’espoir têtu reste en mon être sans foi,
Même si je n’ai plus cette pudeur des larmes
Qui fait qu’on a l’instinct de se cacher en soi.

La vie âpre, insensible, a vu ma plaie béante
Et tous les soubresauts qui ont tordu mon corps;
J’ai crispé mes doigts fous aux chairs indifférentes.
Mon amour résigné a pleuré vers la mort.

Qu’elle vienne, la mort, celle des amoureuses,
La mort qui vous étreint comme des bras d’amant,
Et qu’elle emporte ailleurs cette loque fiévreuse
Qu’est mon être vaincu, magnifique et sanglant.

(Jovette Bernier)

Illustration: Edvard Munch

 

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Ne tourne pas la tête (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016




Ne tourne pas la tête, un miracle est derrière
Qui guette et te voudrait de lui-même altéré :
Cette douceur pourrait outrepasser la Terre
Mais préfère être là, comme un rêve en arrêt.

Reste immobile, et sache attendre que ton cœur
Se détache de toi comme une lourde pierre.

***

Écoute, apprendras-tu à m’écouter de loin,
Il s’agit de pencher le cœur plus que l’oreille,
Tu trouveras en toi des ponts et des chemins
Pour venir jusqu’à moi qui regarde et qui veille.

Qu’importe en sa longueur l’Océan Atlantique,
Les champs, les bois, les monts qui sont entre nous deux ?
L’un après l’autre un jour il faudra qu’ils abdiquent
Lorsque de ce côté tu tourneras les yeux.

(Jules Supervielle)

Illustration: Ikenaga Yasunari

 

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Un instant (Jean-Marc La Frenière)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2016



Un instant

La vie court à la mort
avec les pieds des hommes.
Elle s’ouvre à l’infini
avec la peau des fruits.

Si je n’abdique pas,
c’est à cause d’un loup,
d’une abeille,
d’un mot,
d’une vague odeur de menthe,
des sentiers d’herbe verte
qui prolongent mes jambes.

Je porte en moi les yeux
d’une femme très loin.
Je me nourris du pain des livres
et leurs miettes de lumière.

Un instant, une seconde,
la beauté passe et nous salue,
cela suffit pour continuer.

(Jean-Marc La Frenière)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Quand j’étais à Jersey (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015



Victor Hugo [800x600]

Quand j’étais à Jersey, dans l’île fatidique
Où devant l’Océan l’âme éperdue abdique,
Des syllabes passaient dans les souffles du vent,
Et Dieu resplendissait sous la nature sombre.
Je voyais des clartés sortir des fleurs dans l’ombre ;
Une voix me parlait dans le soleil levant

(Victor Hugo)

 

 

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LA MOTTE ET LE CAILLOU (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2015




LA MOTTE ET LE CAILLOU

« Amour point ne cherche à se satisfaire
Et n’a de soi pas le moindre souci,
Mais pour un autre il abdique ses aises,
Et il bâtit un Ciel au dépit de l’Enfer. »

Ainsi chantait une motte d’argile
Foulée aux pieds par les troupeaux ;
Sur quoi un caillou du ruisseau
Gazouilla ces vers à propos :

« Amour ne cherche qu’à se satisfaire
Et asservir un autre à son plaisir,
Jouit de priver un autre de ses aises,
Et au mépris du Ciel il bâtit un Enfer. »

***

THE CLOD AND THE PEBBLE

`Love seeketh not itself to please,
Nor for itself bath any care,
But for another gives its ease,
And builds a Heaven in Hell’s despair.’

So sang a little clod of clay,
Trodden with the cattle’s feet;
But a pebble of the brook
Warbled out these metres meet:

`Love seeketh only self to please,
To bind another to its delight,
Joys in another’s loss of ease,
And builds a Hell in Heaven’s despite.’

(William Blake)

Illustration: Joséphine Wall

 

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