Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘abject’

L’HOMME NOIR (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
L’HOMME NOIR

Mon ami, mon ami,
je suis si malade, si malade !
D’où me vient ce mal, je ne sais.
Est-ce le sifflement du vent
sur les champs vides et désolés,
est-ce l’alcool qui de matière grise me dépouille
tel en septembre le petit bois s’effeuille ?

Comme l’oiseau, de l’aile
ma tête bat des pavillons,
les jambes l’importunent
bouger est au-dessus de ses forces.
Un homme noir
noir, noir,
un homme noir, sur le lit
près de moi s’est assis,
un homme noir, de la nuit
ne me laisse de répit.

Nasillant au-dessus de moi
comme un moine sur un défunt
l’homme noir
le doigt sur un livre abject
me narre la vie
d’un faquin de noceur,
soufflant sur mon âme alarmes et terreurs.
L’homme noir,
noir, noir…

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Passé ou futur ? (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017



Illustration: Salvador Dali
    
Passé ou futur ? —
le désir connaît
son unique nature, sa
double source
dont l’une plus que l’autre
creusée dans le roc
de la séparation
et triste…
et toi maintenant rempli
d’un manque irrémédiable
vaincu par lui
tu délires : si tu pouvais
dans l’abject labyrinthe
retrouver
le chemin de notre maison —
mais quelle maison était la nôtre ?
ce n’était pas la demeure promise,
c’était comme les autres
une tente instable
plantée dans le désert
pendant l’exode
mais avec beaucoup d’amour
Ce ne peut être là,
beaucoup de larmes.
mon fils, le lieu
de la nouvelle rencontre,
ce n’est pas là
que le désir consomme
sa propre mort —
mort du désir par suprême exaucement,
et tu le sais depuis longtemps.
Et tu connais le « lieu ». C’est vrai,
tu ne le nommes pas, pourtant tu ne l’oublies pas.
Tu ne l’oublies pas.

***

Passato o futuro ? —
conosce il desiderio
la sua unica natura, la sua
doppia fonte,
ma una più dell’altra
incavata nella roccia
della separazione
e triste…
e tu ora ripieno
di una incolmabile mancanza
da essa vinto
farnetichi : potessi
nel turpe labirinto
ritrovare
la strada di casa nostra —
Non plu’) essere quello,
figlio, il luogo
ma che casa era la nostra ?
non era la promessa abitazione,
era come le altre
una tenda poco ferma
piantata nel deserto
durante l’esodo
se non che con moho aurore
con molte lacrime.
del nuovo incontro,
non è li.
che consuma il desiderio
la propria morte —
morte del desiderio per supremo esaudimento,
e lo sai da tempo.
E conosci il « dove ». È vero,
non lo nomini, pero non lo dimentichi.
Non lo dimentichi.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DON QUICHOTTE (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2016




DON QUICHOTTE

Le chevalier de l’éternelle jeunesse
Suivit, vers la cinquantaine,
La raison qui battait dans son coeur.
ll partit un beau matin de juillet
Pour conquérir le beau, le vrai et le juste.
Devant lui c’était le monde
Avec ses géants absurdes et abjects
Et sous lui c’était la Rossinante
Triste et héroïque.

Je sais,
Une fois qu’on tombe dans cette passion
Et qu’on a un coeur d’un poids respectable
Il n’y a rien à faire, mon Don Quichotte, rien à faire,
ll faut se battre avec les moulins à vent.

Tu as raison,
Dulcinée est la plus belle femme du monde,
Bien sûr qu’il fallait crier cela
À la figure des petits marchands de rien du tout,
Bien sûr qu’ils devaient se jeter sur toi
Et te rouer de coups,
Mais tu es l’invincible chevalier de la soif
Tu continueras à vivre comme une flamme
Dans ta lourde coquille de fer
Et Dulcinée sera chaque jour plus belle.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Pablo Picasso

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :