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Posts Tagged ‘(Abraham de Vermeil)’

Puisque tu veux dompter les siècles tout-perdants (Abraham de Vermeil)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Puisque tu veux dompter les siècles tout-perdants
Par le rare portrait de ses grâces divines,
Frise de chrysoliths ses tempes ivoirines,
Fais de corail sa lèvre, et de perle ses dents ;

Fais ses yeux de cristal, y plaçant au dedans
Un cercle de saphirs et d’émeraudes fines,
Puis musse dans ces ronds les embûches mutines
De mille Amours taillés sur deux rubis ardents ;

Fais d’albâtre son sein, sa joue de cinabre,
Son sourcil de jayet, et tout son corps de marbre,
Son haleine de musc, ses paroles d’aimant ;

Et si tu veux encor que le dedans égale
Au naïf du dehors, fais-lui un corps d’opale,
Et que pour mon regard il soit de diamant.

(Abraham de Vermeil)

Illustration: James Sant

 

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Le baiser en l’Amour est l’octave en Musique (Abraham de Vermeil)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



Le baiser en l’Amour est l’octave en Musique,
Vous en avez prins un, et vous en voulez deux ;
Pourquoy enervez-vous les accords amoureux,
C’est pecher, disiez-vous, contre la Theorique.

Non je ne baise point qu’en pure Arithmetique,
Respondis-je soudain, deux baisers savoureux
Font nombre, l’unité est un rien mal heureux
Payez moi, vous devez une chose Physique.

Que vous estes mauvais, repliquastes vous ors,
Qui pourroit resister à argumens si forts,
Qui me font succomber en si juste querelle ?

Moi respondit Amour, et d’un dard furieux,
Qu’il trempa plusieurs fois aux flammes de voz yeux,
Il m’enfonça le coeur d’une playe immortelle.

(Abraham de Vermeil)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Je m’embarque joyeux, et ma voile pompeuse (Abraham de Vermeil)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



Je m’embarque joyeux, et ma voile pompeuse
M’ôte déjà la terre et me donne les mers,
Je ne vois que le ciel uni aux sillons pers :
C’est le premier état de mon âme amoureuse.

Puis je vois s’élever une vapeur confuse,
Ombrageant tout le ciel qui se fend en éclairs,
Le tonnerre grondant s’anime par les airs
C’est le second état dont elle est langoureuse.

Le troisième est le flot hideusement frisé,
Le mât rompu des vents et le timon brisé,
Le navire enfondrant, la perte de courage.

Le quatrième est la mort entre les flots salés,
Abattus, rebattus, vomis et avalés ;
Bref mon amour n’est rien qu’un horrible naufrage.

(Abraham de Vermeil)

Illustration: Omer Charlet

 

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Je chante et pleure, et veux faire et défaire (Abraham de Vermeil)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



Je chante et pleure, et veux faire et défaire,
J’ose et je crains, et je fuis et je suis,
J’heurte et je cède, et j’ombrage et je luis,
J’arrête et cours, je suis pour et contraire,

je veille et dors, et suis grand et vulgaire,
Je brûle et gèle, et je puis et ne puis,
J’aime et je hais, je conforte et je nuis,
Je vis et meurs, j’espère et désespère ;

Puis de ce tout étreint sous le pressoir,
J’en tire un vin ores blanc, ores noir,
Et de ce vin j’enivre ma pauvre âme,

Qui chancelant d’un et d’autre côté,
Va et revient comme esquif tempêté,
Veuf de nocher, de timon et de rame.

(Abraham de Vermeil)

Illustration: William Blake

 

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Ce n’est pas le trépas, c’est un très doux sommeil (Abraham de Vermeil)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



Ce n’est pas le trépas, c’est un très doux sommeil
Qui bannit peu à peu l’éclair de ma paupière,
Adieu ; je vais jouir d’une douce lumière,
Attendant que ce corps s’anime de réveil.

Ami, ne pleure plus, ton amour non pareil
Recevra sa couronne au bout de la carrière :
Ainsi passait ma belle, et sa douce manière
Arrêtait de pitié la course du soleil.

Hélas ! à son partir l’Amour partit du monde,
La clarté chut du ciel et se noya dans l’onde,
La mort depuis ce jour est le miel de mon coeur :

Il ne m’est plus resté qu’une langueur extrême,
Qui me fait méconnaître un chacun et moi-même,
Et le ciel s’embellit de mon long crève-coeur.

(Abraham de Vermeil)

 

 

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