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Posts Tagged ‘abréger’

Les Chemins de Fer (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



 

Les Chemins de Fer

Il m’est impossible de regarder sans une sorte de tristesse
ces chemins merveilleux auxquels notre industrie semble donner des ailes.
Je ne sais si c’est un progrès que de pouvoir fendre ainsi l’espace comme une flèche ;
mais ce qu’il y a de sûr, c’est que cela me rend plus sensible la rapidité de la vie,
qui, avant notre invention, l’était cependant bien assez.
Ces rainures de fer où nous sommes forcés de courir sans dévier d’une ligne,
emportés par une puissance aussi aveugle, presque aussi indomptable que la foudre,
n’est-ce pas une image de cet implacable sort qui nous entraîne,
et dont nous sommes les esclaves alors même que nous croyons les maîtriser ?

On croit gagner du temps parce qu’on l’accélère.
Mais ces voyages étourdissants ne font qu’abréger l’existence,
qui n’est, elle, qu’une traversée.
Ils ne permettent pas la mémoire,
le seul moyen qu’ait l’homme d’allonger et de doubler ses jours.
L’unique souvenir qu’ils nous laissent,
c’est qu’on va vite.
Aller vite, c’est mourir plus tôt.

(Jules Lefèvre-Deumier)

Illustration: Chris Ludlow

 

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CINQ AUTRES CHOSES (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



Johann Wolfgang von Goethe

    

CINQ AUTRES CHOSES

Qu’est-ce qui m’abrège le temps ?
L’activité !
Qu’est-ce qui l’allonge insupportablement ?
L’oisiveté !
Qu’est-ce qui te plonge dans les dettes ?
Attendre et patienter !
Qu’est-ce qui engendre le gain ?
Ne pas délibérer longtemps !
Qu’est-ce qui procure l’honneur ?
Se défendre!

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Goethe Le Divan
Traduction: Henri Lichtenberger
Editions: Gallimard

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Tristesse (Napoléon Aubin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




    
Tristesse

Seul bien que j’envie,
Amour! douce erreur!
Viens, ma triste vie
S’éteint de langueur.
Ô coupe d’ivresse,
Pourquoi te tarir?
Ô fleur de jeunesse,
Pourquoi te flétrir?

Une fièvre ardente
Consume mes os:
Chacun se tourmente
Pour changer de maux,
On suit sa chimère,
On fait des projets…
Et bientôt la terre
Les couvre à jamais.

Comme un flot se brise
Aux rochers du bord,
Ma vigueur s’épuise
A vaincre le sort.
Mal qui me possèdes,
Abrège ton cours!
Combien tu m’obsèdes,
Ô fardeau des jours!

Seul parmi la foule
Je m’en vais en rêvant,
Et sans but je roule
Au pouvoir du vent.
J’offre, en ma détresse,
J’offre à tous la main,
Mais nul ne la presse;
Ils vont leur chemin…

Ô mélancolie
Qui partout me suit,
Vois, mon âme se plie
Au faix des ennuis!
Chaque doux prestige
A fui devant toi:
Monde où tout m’afflige
Que veux-tu de moi?

La joie est donnée
A nos jeunes ans.
La vie et l’année
N’ont qu’un seul printemps.
Malheur à qui chasse
Les tendres plaisirs;
L’hiver bientôt glace
Et fleurs et désirs…

Je vis une rose
Au déclin du jour;
Que ma main t’arrose,
Dis-je, ô fleur d’amour!
Pour qu’elle te cueille
Demain sans retard.
Je vins.. mais sa feuille
Volait au hasard.

(Napoléon Aubin)

 

 

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Pour chaque jour (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration
    
Pour chaque jour

Pour chaque jour une enfance de mots.
La longue phrase est celle d’une vie.
Si l’écriture est un monde en gésine,
elle est la voix du jour ressuscité.

Rêver d’Icare abrège notre chute
et la prolonge en cet autre dessein
de cheminer entre la terre et l’ombre
pour y semer des graines de pensée.

A tant cueillir des étoiles tragiques,
à tant mener cet étrange combat,
nous déroulons l’écharpe de lumière
pour la poser sur notre ultime jour.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Retouches (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2017




    

Très tôt je m’aperçus que les lettres d’amour que j’envoyais
se ressemblaient toutes : demande, attente, merci, nouvel appel,
et que les réponses que l’on y faisait avaient le même tour.

J’abrégeai donc, je contournai les évidences
et ne parlai plus que du décor qui m’entourait,
de l’image ou de l’idée qui me tourmentait autant que mon corps,
mais je trouvai mes descriptions trop longues et mes cachettes bien théâtrales.

Comme j’avais le temps je me suis mis à les réduire et dénuder,
à regarder de biais ou par-dessous
les villes, les êtres, mes sentiments,
tout ce qui me tombait sous la main,
à les concentrer en poèmes,
c’est-à-dire en chambres fortes,
à faire en sorte que le destinataire de ces mots
eût à les forcer, à les prendre et reprendre.

Je les appelai retouches.

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Retouches
Editions: Gallimard

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Dans ma poitrine (Serge Sautreau)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017




    
Dans ma poitrine il y a trois hommes –
un qui ne voudrait pas mourir
maintenant

mais plus tard
plus loin
plus avant –

un autre un aventurier un fou
qui voudrait bien
qui voudrai tout de suite

qui le désire en liberté
si je l’écoute il n’attend que ça
depuis toujours

et il trouve que ça traîne que ça tarde il
me conjure d’accélérer d’abréger
d’asphyxier une bonne fois qu’on passe à autre chose

enfin la fin
s’exclamera-t-il en spécialiste
meurtri de n’avoir pu vérifier ses talents plus tôt

(Serge Sautreau)

 

Recueil: L’ANTAGONIE
Editions: Gallimard

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Avoir tant offert (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2017



 

Illustration: ArbreaPhotos   

    
Avoir tant offert à l’aube
et ne récolter que des lueurs avares
qui abrègent le jour,
disparaître comme des feuilles
consumées par le feu.

Qui répondra à des paroles lézardées,
à une vie sans appel,
transparente après la pluie ?

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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DU GEL (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2015




DU GEL

Le mal-être des mendiants
Qui s’obligent et tendent la main, est-il
Pour le dieu qui nous trie sur la table
Comparable aux tressautements des alevins
Qui respiraient dans les algues
Avant qu’on les sacrifie
Sous prétexte d’abréger leurs souffrances

(Gérard Noiret)

Illustration

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