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Posts Tagged ‘abreuver’

Se souvenir (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2017




Illustration: Mustapha Farroukh
    
Se souvenir

Se souvenir – du bruit du clair de lune,
lorsque la nuit d’été se cogne à la montagne,
et que traîne le vent,
dans la bouche rocheuse des Monts Liban.

Se souvenir – d’un village escarpé,
posé comme une larme au bord d’une paupière;
on y rencontre un grenadier,
et des fleurs plus sonores
qu’un clavier.

Se souvenir – de la vigne sous le figuier,
des chênes gercés que Septembre abreuve,
des fontaines et des muletiers,
du soleil dissous dans les eaux du fleuve.

Se souvenir – du basilic et du pommier,
du sirop de mûres et des amandiers.

Alors chaque fille était hirondelle,
ses yeux remuaient, comme une nacelle,
sur un bâton du coudrier.

Se souvenir – de l’ermite et du chevrier,
des sentiers qui mènent au bout du nuage,
du chant de l’Islam, des châteaux croisés,
et des cloches folles, du mois de juillet.

Se souvenir – de chacun, de tous,
du conteur, du mage, et du boulanger,
des mots de la fête, de ceux des orages,
de la mer qui brille comme une médaille,
dans le paysage.

Se souvenir – d’un souvenir d’enfant,
d’un secret royaume qui avait note âge;
nous ne savions pas lire les présages,
dans ces oiseaux morts au fond de leurs cages,
sur les Monts Liban.

(Nadia Tueni)

 

 

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LES DIMENSIONS DU JOUR (IV) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017



Illustration: Oskar Kokoschka  
    
LES DIMENSIONS DU JOUR (IV)

Chaque jour à la même heure
tu t’abreuves longuement aux vitrines.
Tu peux garder tout le soleil sur tes seins
et il peut toucher tes dents comme un fruit.

Tu es pour mes sens le seul objet
sur lequel ils s’exercent complètement.
C’est contre toi que ma caresse devient tranchante
et que mon corps recouvre ses vraies dimensions.

Tu peux ensoleiller toute une chambre
avec la seule clarté qui bat sur ton ventre
au moment où plus rien ne te relie à la terre
qu’un baiser, qu’une étreinte, qu’un regard.

Pour te dépouiller de ta nudité,
pour que le plaisir te traverse dans toute ta longueur,
il faut mettre à jour les diamants que tu as sous la peau
et les tailler jusqu’à ce que le matin en jaillisse.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Ah ! je t’aime et te remercie (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016




Ah ! je t’aime et te remercie
D’accepter que je me nourrisse
De toi comme d’un coquillage
Au centre du désert trouvé
Et que le flot des millénaires
N’a jamais cessé d’abreuver,
On ne peut pas nous séparer.

(Jean Rousselot)

Illustration: Adolphe La Lyre

 

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Contempler l’azur (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016



Existe-t-il
Des êtres qu’anime la passion
De contempler l’azur,

De s’y plonger,
De s’y incorporer,
De s’en abreuver,

Pour, après un bon moment,
S’en aller
Sûrs d’eux-mêmes.

Et de leur avenir
Couleur d’azur ?

(Guillevic)

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Les Danaïdes (Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2016



Les Danaïdes

Toutes, portant l’amphore, une main sur la hanche,
Théano, Callidie, Amymone, Agavé,
Esclaves d’un labeur sans cesse inachevé,
Courent du puits à l’urne où l’eau vaine s’épanche.

Hélas ! le grès rugueux meurtrit l’épaule blanche,
Et le bras faible est las du fardeau soulevé :
« monstre, que nous avons nuit et jour abreuvé,
Ô gouffre, que nous veut ta soif que rien n’étanche ? »

Elles tombent, le vide épouvante leurs coeurs ;
mais la plus jeune alors, moins triste que ses soeurs,
Chante, et leur rend la force et la persévérance.

Tels sont l’oeuvre et le sort de nos illusions :
Elles tombent toujours, et la jeune Espérance
Leur dit toujours :  » mes soeurs, si nous recommencions ! »

(Sully Prudhomme)

Illustration: John William Waterhouse

 

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La pluie (Jean-Louis Jacob)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2016



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La pluie

Une petite pluie fine
Fertilise le sol
Do – mi – Sol

Une petite pluie fine
Rafraîchit le pré
Do – mi – Ré

Une petite pluie fine
Arrose les lilas
Do – mi – La

Une petite pluie fine
Fait éclater les soucis
Do – mi – Si

Une petite pluie fine
Abreuve les résédas
Do – mi – Fa

(Jean-Louis Jacob)

 

 

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Terre rouge (Daniel Varoujan)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



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Terre rouge

J’ai là, sur ma table, dans une coupe,
un peu de terre d’Arménie.
L’ami qui m’en a fait cadeau croyait
m’offrir son coeur — bien loin de se douter
qu’il me donnait en même temps celui
de ses aïeux.
Je n’en puis détacher mes yeux
— comme s’ils y prenaient racine…
Terre rouge. Je m’interroge :
d’où tient-elle cette rougeur ?
Mais s’abreuvant tout ensemble de vie
et de soleil, épongeant toutes les blessures,
pouvait-elle ne pas rougir ?
Couleur de sang, me dis-je,
terre rouge, bien sûr, car elle est arménienne !
Peut-être y frémissent encore des vestiges
de brasiers millénaires,
les fulgurances des sabots
qui naguère couvrirent d’ardente poussière
les armées d’Arménie…
Y subsiste peut-être un peu de la semence
qui me donna la vie, un reflet de l’aurore
à laquelle je dois ce regard sombre,
ce coeur que hante un feu surgi
des sources mêmes de l’Euphrate,
ce coeur couvrant l’amour non moins que la révolte…
Y scintillent peut-être
quelques paillettes, quelques bribes
de notre livre d’or : un atome de Haïk,
une particule d’Aram, un éclat chu
de l’oeil cosmique d’Anania…
Oui, devant moi, sur ma table, emplissant
à peine une coupe, cette poignée de terre
pourpre résume tout un peuple,
un pays mémorable aujourd’hui revêtu
d’une éclatante chrysalide ;
oui, par le truchement de ce corps minuscule
un pays tout entier me parle, m’interpelle
— comme les astres qui fécondent
les bleus labours de l’infini,
sa poussière de feu illumine mon âme …
Tressaille alors la lyre
de mon impatience et mon désert
soudain verdoie comme sous les caresses
d’un souffle printanier ;
des visages meurtris traversent ma mémoire,
des bouches vengeresses – mon coeur est la proie
de griffes inconnues …
Cette poignée de terre, cet amas de poudre,
je le conserve avec bien plus d’amour
que n’en aurait après la mort mon âme
en recueillant les cendres de mon corps
dispersées par le vent …
Terre rouge, exilée – héritage, relique,
offrande, talisman – alors
même que sous ma plume un poème
est en train de naître, souvent je pleure
à la vue de cet infime lambeau
d’Arménie, je rugis — me rivant l’âme
dans le creux de la main,
j’arme mon poing !

(Daniel Varoujan)

 Illustration

 

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Comme un grand animal non visible (José Àngel Valente)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2016



Comme un grand animal non visible l’air
descendait
abreuver les cieux.
Et nous, nous le contemplions émerveillés
dans la cabane humide de la peur.
La nuit recouvrit notre misère
L’air ouvrait
la totale extension du matin,
déployait la lumière, les cavaliers venaient
et à la vue des eaux ils descendaient.

(José Àngel Valente)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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