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Posts Tagged ‘abreuvoir’

Tenebrae (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



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Tenebrae

Proches nous sommes, seigneur,
Proches et saisissables. Déjà saisi, seigneur,
Agrippés l’un à l’autre, comme si
Le corps de chacun d’entre nous
Était ton corps, seigneur. Prie, seigneur,
Prie-nous,
Nous sommes proches. Déformés nous sommes allés,
Nous sommes allés, pour nous baisser
Vers l’auge et les trous.

Vers l’abreuvoir nous sommes allés, seigneur.

C’était du sang, c’était ce que tu avais
Fait couler, seigneur. Cela brillait.
Cela nous jetait ton image dans les yeux, seigneur. Nous avons bu, seigneur.
Le sang et l’image, qui était dans le sang, seigneur. Prie, seigneur.
Nous sommes proches.

(Paul Celan)

 

 

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INFINIMENT (Émile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



INFINIMENT

Voici très longuement, très lentement, les râles
D’hiver et les grands soirs dressés en bûchers d’or
Rouge sur des fleuves et les mers novembrales
Pleines de pleurs, pleines d’affres, pleines de mort.

Les chiens du désespoir, les chiens du vent d’automne
Mordent de leurs abois les échos noirs des soirs,
Et l’ombre, immensément, dans le vide, tâtonne
Vers la lune, mirée au clair des abreuvoirs.

De point en point, là-bas, des lumières lointaines,
Fixes. Et par-dessus, toujours, comme des voix,
À travers l’infini des dunes et des plaines,
Des voix, nocturnement, à travers les grands bois.

Et des routes de soir continûment unies,
Qui se croisent, ainsi que des voiles, sans bruit,
Et s’allongent et s’écoulent indéfinies
Par au delà des loins et des loins de la nuit.

(Émile Verhaeren)

 

 

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Ma Maison (Yakoub Kolass)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2017



Ma Maison

A peine un sentier dans les champs
Où je m’avance lentement
Tout en regardant alentour.
A l’abri d’un toit bleu foncé
Par une main attentionnée
M’attend une vaste maison.

I1 y fait bon et on y voit
D’une sagesse silencieuse
Partout la trace séculaire
Au gré des vents, vagues du ciel,
Vont les nuages enchanteurs.
Où allez-vous? Mais ils se taisent.

Là-bas la rivière d’argent
Court dans l’abreuvoir qu’elle ronge
Portant la lumière du monde,
Et la prairie de velours vert,
Brochée de couronnes dorées
Étale sa magnificence.

Les chênes, amis du solitaire,
S’élancent vers les cieux si hauts
Jetant leurs branches alentour.
Quelle harmonie, quelle tendresse
Dans l’or des sables qui s’étalent
Près des barques dans la vallée !

Quelle liberté, quel élan !
Que de chansons, de bruits, de cloches
S’offrent aux oreilles et aux yeux !
Chaque chanson à sa manière,
Avec ses sons, avec ses lois,
Offre son écho de l’espace.

Je me parle tout en marchant
Et je contemple ma maison
Avec un tel repos dans l’âme !
Et quelque part une chanson
Chante en harmonie amicale
Avec la terre, avec les cieux.

(Yakoub Kolass)


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LA SOURCE (Sire de Chambley)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration
    
LA SOURCE

Source vénérienne où vont boire les mâles !
Fissure de porphyre où frise un brun gazon,
Qui, fin comme un duvet, chaud comme une toison,
Moutonne dans un bain de senteurs animales.
Quand un homme a trempé dans tes eaux baptismales
Les désirs turgescents qui troublaient sa raison,
Il en garde à jamais la soif du cher poison
Dont s’imprègne sa peau dans tes lèvres thermales.
Jouvence des cœurs ! Fontaine des plaisirs !
Abreuvoir où descend le troupeau des désirs
Pour s’y gorger d’amour, de parfums et d’extases !
Il coule de tes flancs, le nectar enchanté,
Elixir de langueur, crème de volupté…
Et pour le recueillir, nos baisers sont des vases !

(Sire de Chambley)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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L’Abreuvoir (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2017



L’Abreuvoir

Tous ces jolis canards,
le soir,
tirant d’une eau qu’ils font légère
des frissons bus
d’un cheval noir

Les étoiles y reposent,
sans rien qui les trouble,
la nuit,
dans cet abreuvoir
près des roses.

(Paul Fort)


Illustration

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J’ai tendrement aimé l’eau, les herbes (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2016




J’ai tendrement aimé
L’eau, les herbes,
J’avais dans mon coeur une source très fraîche
Et un cheval penché
Sur l’abreuvoir après une fatigue qu’il ne pouvait pas délasser.

(Armand Robin)

Illustration: Edgar Degas (sculptures)

 

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Inscriptions champêtres (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



Inscriptions champêtres

Printemps, ô frêle et bleue anémone,
Dans la langueur pâle de tes yeux clairs
L’amour a mis son âme éphémère,
Mais le vent passe et tu frissonnes.

Eté, quand l’orgueil des roseaux sur la rive
Marque le cours du fleuve vers la mer, le soir
On voit dans l’eau des ombres se coucher pensives :
Lents et doux, les bœufs s’en vont à l’abreuvoir.

Automne, il pleut des feuilles, il pleut des âmes,
Il pleut des âmes mortes d’amour, les femmes
Contemplent l’occident avec mélancolie,
Les arbres font dans l’air de grands gestes d’oubli.

Hiver, femme aux yeux verts tombés sous le linceul des neiges,
Tes cheveux sont poudrés de gel, d’amertume et de sel,
O momie, et ton cœur vaincu, docile aux sortilèges,
Dort, escarboucle triste, au fond de ta chair immortelle.

(Remy de Gourmont)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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La vie, le rêve, la mort (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2015



 

La vie, le rêve, la mort
La barque avance doucement…
Vert talus des rives
Humides à l’heure du couchant…
Abreuvoir des chevaux tranquilles…
Des chevaux privés de maîtres.
La barque avance doucement.

Elle avance le long du parc…
Fleurs rouges, mois de Mai…
Qui donc est là sous la feuillée ?
Dis-moi qui dort dans l’herbe ?
Cheveux d’or ? Lèvres rouges?
La vie, le rêve, la mort.

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration: Georges Jeanclos

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